jeudi 6 décembre 2018

Contre la pulsion de mort, oui à la pulsion de vie !

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Je viens de finir de lire Le Mal qui vient, de Pierre-Henri Castel (éditions du Cerf). L'auteur, sans fournir précisément ses raisons -- sans doute considère-t-il que chacun aujourd'hui sait à quoi s'en tenir -- affirme que la fin de l'humanité est proche. Nous faisons partie des dernières générations de notre espèce, avant l'apocalypse finale, que l'auteur situe, non pas dans quelques millions d'années, mais dans quelques siècles, trois ou quatre au mieux. Les effets sur les comportements individuels et collectifs de cet anéantissement de l'espèce seront catastrophiques : les derniers humains s'abandonneront à leurs penchants les plus cruels, les plus antisociaux, trouvant dans l'exercice du Mal, sous ses formes les plus abominables, les jouissances qu'un Bien désormais vaincu et inutile ne leur fournira plus. Ainsi triomphera cette pulsion de mort, découverte -- inventée -- par Freud et qu'il oppose à la pulsion de vie. Pierre-Henri Castel, psychanalyste de son état, n'a garde de l'oublier.

Pourtant, il ne faudrait pas sous-estimer la force de cette pulsion de vie, capable de contrebalancer à tout instant la violence de la pulsion de mort, même au moment où celle-ci paraît sur le point de tout submerger. Cette pulsion de vie, l'auteur l'évoque armée de griffes acérées et quelques peu sanglantes,  car ce n'est pas un pacifisme bêlant prêt à tendre la joue gauche qui permettra de faire reculer l'adversaire.

Je me figure qu'à chaque instant de notre vie pulsion de vie et pulsion de mort s'affrontent et que l'une, incessamment, l'emporte sur l'autre. La pulsion de mort est consentement à la mort, consentement souvent installé dans l'être depuis longtemps ; la pulsion de vie, je la vois comme un sursaut incessamment renouvelé, comme un choix violent, joyeux, exalté dans le moment présent.

A la table où nous dînons chaque soir, ma femme et moi, notre commensal est un septuagénaire affecté d'une toux grasse, crachotante, irrépressible, résultat d'années de tabagisme et de consommation d'alcool. Il nous avouait ce soir que, faute d'avoir été fourni en temps voulu de sa ration de clopes, il avait moins toussé et respiré mieux. Je lui ai donné le conseil suivant : la prochaine fois que vous serez sur le point d'avaler la fumée d'une cigarette, prenez celle-ci et jetez-la loin de vous, ou, mieux, piétinez-la avec rage en la couvrant d'imprécation, dans un accès de haine aussi joyeux que furibard. Ainsi triompherez-vous de cette pulsion de mort tapie en vous sous la forme du poison nicotinien, produit de ces industriels du tabac dont les profits sont inséparables de votre lente mise à mort, sans compter que vous pourrez consacrer à des achats plus heureux les sommes ahurissantes que vous déposez sur l'autel de la mort.

Je me suis avisé, ce disant, que l'attitude des pouvoirs publics à l'égard de la consommation de tabac ne manquait pas d'hypocrisie. La seule attitude véritablement saine et irréprochable serait de l'interdire purement et simplement ; au lieu de quoi, on prélève dans la poche du contribuables des sommes considérables sous la forme de taxes. Le pouvoir politique exploite ainsi -- ce n'est pas le seul cas -- la pulsion de mort dissimulée dans l'inconscient de chacun.

De taxes ? Tiens, tiens. sujet d'actualité s'il en est. L'hypocrisie de ceux qui nous gouvernent n'est pas moins grande quand ils dénoncent la violence des (de certains) gilets jaunes. Car enfin, cette violence, ce sont eux qui l'ont suscitée en exerçant sur le peuple une violence non moins grande. Car enfin, qui nous a demandé notre avis au moment de supprimer l'ISF, d'augmenter lourdement la CSG, puis d'inventer cette malencontreuse taxe "écologique" sur les carburants ? Les gilets jaunes (souvent des femmes chargées de famille) aux revenus plus que modestes veulent préserver les moyens financiers réduits qui leur permettent de vivre. De vivre, en somme de permettre à leur pulsion de vie de triompher sur la pulsion de mort, qui est renoncement, soumission et abandon passif au désespoir. Les promoteurs d'une fiscalité injuste, écrasante, sont au service de la mort et de la pulsion de mort.

En somme, dans son principe, la révolte des gilets jaunes me paraît des plus saines, en tant qu'elle est manifestation collective éclatante de la pulsion de vie, dans toute sa force.

Tout le problème, sans doute, dans notre société comme dans toute autre, reste à concilier la pulsion de vie des uns avec celle des autres. Si possible dans l'harmonie et dans la joie. On s'y met tous ?

mercredi 21 novembre 2018

La fin des manuscrits d'écrivains ?

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J'ai appris que la BNF avait acheté récemment une série de manuscrits d'écrivains célèbres, dont celui de Zazie dans le métro. Je doute que la cote de tous ces manuscrits réunis approche celle d'un dinosaure récemment exhumé des sables d'un désert des U.S.A., qui a largement dépassé le million d'euros en salle des ventes. Peut-être celle d'une des vertèbres de la bestiole ?

Pourtant le manuscrit d'écrivain fera bientôt figure de dinosaure d'un autre âge et la hausse de sa cote devrait suivre celle de sa rareté. La fin du XIXe siècle en aura sans doute sonné le glas. Quel écriveron se soucie aujourd'hui de coucher ses pensées au bic sur papier hygiénique non dentelé ? Prend-il seulement la peine de noter la succession des variantes du work in progress ? C'est peu probable. Nous n'aurons plus droit qu'à la version définitive. Ce sera triste car les variantes sont les seules traces de la maturation d'une oeuvre dans le cervelas de son producteur.

A moins que des écrivants, dédaigneux de droits d'auteur qui, de toute façon, resteront fort inférieurs aux revenus non déclarés d'un PDG de multinationale expert dans l'art de frauder le fisc, ne proposent sur la toile ces variantes successives aux intervenautes qu'ils autoriseront  peut-être même à proposer leurs propres variantes. On verrait là naître un genre littéraire nouveau.

lundi 19 novembre 2018

Faut-il soutenir les gilets jaunes ?


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C'est que je suis déjà un fervent supporter des gilets de flanelle, des jaquettes flottantes et des chaussettes noires. Ce serait par trop me disperser.

Et puis, cette couleur jaune, c'est pas beau. S'ils avaient choisi d'arborer des gilets rose fuschia ou vert amande, je me serais sans doute laissé séduire. Mais ce jaune, ça fait vraiment pisseux ; c'est pas une trouvaille.

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Il y a des gens qui soutiennent les gilets jaunes. Il y en a qui, sans les soutenir, les "comprennent". Quant à moi, je m'interroge. Depuis que j'écoute les explications que nous ont fournies M. Macron et son premier ministre, j'avoue qu'elles ne m'ont guère éclairé sur les justifications de ces nouvelles taxes sur les carburants. Leur raison d'être est, paraît-il écologique. Soit. Mais fallait-il s'obstiner à les maintenir, et même à les décider, en une période où toujours plus nombreux sont nos compatriotes qui se demandent comment ils vont parvenir à joindre les deux bouts jusqu'à la fin du mois ? Qu'est-ce qui est le plus important et le plus urgent ? Promulguer des taxes "écologiques" qui ne produiront leurs effets qu'à moyen terme (et encore) ou tâcher de protéger le pouvoir d'achat des Français les plus démunis ( soit la grande majorité d'entre eux). Macron  tient des discours de premier de la  classe et de technocrate averti, sans se soucier apparemment de savoir s'ils seront de nature à éclairer et à convaincre ceux auxquels il prétend les adresser. Son discours se veut pédagogique, mais la première vertu d'une pédagogie, c'est d'être adaptée à son auditoire. On en est loin.

Et puis, si l'on veut éviter de faire descendre dans la rue des gens furieux des mesures qu'on veut leur appliquer, il existe pour cela une disposition dans notre Constitution : le referendum. On me dira qu'organiser un referendum pour une simple histoire de taxes sur les carburants, c'est se compliquer la vie pour pas grand-chose. Mais peut-être notre pratique du referendum est-elle désuète à l'époque d'internet et du numérique tous azimuts. Pourquoi ne pas installer, dans chaque mairie, un ou plusieurs guichets électroniques auxquels des cartes d'électeur new-look (sur le modèle des cartes bleues) donneraient accès. On pourrait ainsi multiplier à moindre frais les occasions de recourir au referendum. Un gouvernement projetant de prendre des mesures dont il craindrait l'impopularité pourrait se prémunir contre les conséquences nuisibles d'une décision trop rapide en soumettant son projet à l'avis des électeurs, dans un délai suffisant : êtes-vous d'accord pour que soient instituées ces nouvelles taxes sur les carburants ? Voici nos raisons. Vous avez un mois pour donner votre avis. Si le résultat du vote était négatif, on s'abstiendrait. Après tout,  dans une démocratie, c'est le citoyen qui décide. On ne voit pas pourquoi on exigerait de lui une confiance aveugle et une morne obéissance à un président élu pour cinq ans, sous prétexte qu'on l'a élu.

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Additum  ( 30 novembre 2018)  --

Décidément, je ne soutiens pas les gilets jaunes, même si, comme d'aucuns, je les "comprends". C'est que ce mouvement à peine organisé a multiplié, depuis son apparition, les dérapages plus ou moins graves, et que trop nombreux sont ceux de ses membres qui se sont mis, à diverses occasions, et de diverses façons, hors-la-loi, et aussi en dehors des règles écrites et non écrites qui régissent la vie en société, qui plus est, dans une société démocratique. Comme tous les citoyens de ce pays, je vis en paix avec mes concitoyens, grâce à des règles et des lois inséparables des institutions  qui permettent le bon fonctionnement de notre démocratie. Les violer quotidiennement et massivement met gravement en danger l'existence même de cette démocratie et la possibilité du vivre ensemble. Que l'actuel gouvernement ait, jusqu'ici, traité sans intelligence les revendications des gilets jaunes est une chose, mais il existe, pour contester sa politique, des procédures prévues par la loi.

Je respecte les lois de mon pays et j'attends de mes concitoyens qu'ils les respectent aussi. Les gilets jaunes, qui ne les respectent pas, ne peuvent donc, selon moi, être soutenus.

J'ai entendu l'autre jour à la radio que près de 50% des Français ne saisissaient pas la raison d'être de l'impôt. Si la chose est vraie, ce serait le signe d'un recul effarant de l'esprit civique, conséquence d'un recul encore plus effarant du minimum de culture politique qu'on est en droit d'espérer des citoyens dans un pays civilisé. Rappelons à ceux que gêne le mot "impôt" qu'il a un synonyme : "contribution". Les contribuables sont des contributeurs à l'effort collectif. Que leur contribution soit proportionnée à leurs ressources est inséparable de la justice sociale : c'est peut-être ce que l'actuel gouvernement a, de plusieurs façons, ignoré.

Peut-être une bonne façon de sensibiliser à l'utilité de l'impôt ceux qui la nient serait-elle, d'une part, de les exempter d'impôt, et d'autre part, parallèlement, de les exclure de toutes les formes d'aide sociale qui n'existent pas sans l'impôt. Je vois d'ici la tête furibarde qu'ils feraient.

En attendant, vive l'instruction civique, et pas seulement pour les jeunes scolarisés. Reconnaissons toutefois que l'actuel gouvernement, qui nous a tant parlé de pédagogie, n'a vraiment jusqu'ici guère brillé dans ce domaine.

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Additum  ( 30 novembre au soir) --

Comme il serait aisé, quand on y songe, de mettre fin à la crise des gilets jaunes et de rétablir du même coup l’ordre et la paix sociale dans ce pays. Un petit groupe d’hommes d’accord entre eux et résolus à prendre le petit lot de décisions qui s’imposent ( on devinera aisément à qui et à quoi je pense) y suffirait. Le sieur Macron s’est définitivement déconsidéré par son absence de sens politique et son obstination. Par chance, il se trouve ce soir loin de la France. Il faut que ceux et celles qui en ont la possibilité grâce à leur place dans nos institutions politiques saisissent cette occasion sans perdre un instant. Demain matin, tout ébaubis, les citoyens de ce pays apprendraient par les étranges lucarnes la fin de la crise mais aussi celle du régime présidentiel de la Ve République. L’entrée en scène des forces armées dans le cadre de l’état de siège suffirait à rétablir l’ordre sans violences, ou presque. C’est l’issue que je souhaite de tout mon coeur de citoyen aimant son pays. Je crois que je vais rêver cette nuit d’un conseil des ministres impromptu au cours duquel, Edouard Philipe ayant été mis en minorité, l’incapacité mentale de l’actuel président ayant conduit à sa destitution, le général de Villiers ayant été nommé chef d’état-major de nos armées, les bonnes décisions seraient prises. Putsch (presque) parfaitement légal, en somme. Dieu des chrétiens, si tu permets cette issue, je jure de croire en toi !

Traiter le problème des gilets jaunes

1533 ---


J'ai vivement apprécié les propos d'Edouard Philipe sur la  2 à 20 heures dimanche. Maintenant les positions du gouvernement, il n'a pas cédé un pouce de terrain. On s'en félicite, pour l'instant. Cependant, si les gesticulations des gilets jaunes se poursuivent et, sans doute, s'aggravent, il va bien falloir se résoudre à leur casser la gueule, en donnant la troupe, ne serait-ce que pour éviter que des citoyens lambda justement indignés ne s'en chargent. Il n'y a pas qu'aux Etats-Unis qu'on décroche les fusils du râtelier quand cela devient vraiment nécessaire. Une guerre civile commence quand les uns ne considèrent plus les autres comme leurs compatriotes ni leurs concitoyens et réciproquement, mais seulement comme de foutus salauds à éliminer. Tirer dans le tas devient alors pour les membres des deux camps une incomparable source de plaisirs.

Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie
N'ont pas encore brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C'est que notre âme, hélas ! n'est pas assez hardie.

Mais rassurons-nous : la hardiesse, comme l'appétit, vient en mangeant.

L'avantage de ces gilets jaunes, c'est qu'ils désignent à tout un chacun ceux qui les portent comme des cibles de choix et aisées à atteindre. Je m'étonne que quelques citoyens, isolés ou en groupe, n'aient pas encore ouvert le feu. surtout que, leurs barrages continuant d'être maintenus après la tombée de la nuit, il devient possible de contourner les manifestants sans grand risque pour en aligner quelques uns tout en se ménageant une retraite sûre. Je possède pour ma part des fusils et armes de poings en excellent état et j'ai dû me raisonner (me raisonner!) plusieurs fois ces jours derniers pour renoncer à partir en chasse. Et puis seul, c'est moins drôle. Il faudrait que je me trouve quelques joyeux partenaires. On se répartirait les cibles. moi, je me chargerais des femmes.



Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !
Quoi qu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde ;

C'est l'Ennui ! -- l'oeil chargé d'un pleur involontaire
Il rêve d'échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
-- Hypocrite lecteur, -- mon semblable, -- mon frère !








vendredi 16 novembre 2018

Vive les gilets blancs !

1533 ---


Je l'avoue, je suis un fervent partisan du mouvement des gilets jaunes. mais, tout désireux que j'étais de leur manifester ma sympathie, je n'ai pu joindre aucun responsable. Heureusement, j'ai remarqué que les membres du mouvement arboraient leur fameux gilet sur leur tableau de bord, ce qui permettait de les repérer aisément.

Je me suis donc rendu en ville ce matin et ai prospecté plusieurs grands parkings, après avoir fait l'emplette d'un lot de gros feutres indélébiles  et de bombes de peinture. Puis j'ai orné les carrosseries de véhicules ornés du gilet en les couvrant d'inscriptions enthousiastes à la gloire du mouvement ( "Il faut tuer Macron", "Brûlons la Préfecture", "Ecr... les flics", etc.), de caricatures de Macron, j'en passe et des meilleures. Dans l'excès de ma ferveur, j'ai bien dû balancer quelques coups de talon dans les portières et quelques coups de poinçon dans les pneus, mais c'est secondaire. En une matinée, j'ai pu traiter une bonne cinquantaine de véhicules.

Ce serait drôle si d'autres enthousiastes suivaient mon exemple.

Vive les gilets jaunes !

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Disciple d'Epicure, je me demande si casser la gueule à un gilet jaune est un plaisir naturel et nécessaire, un plaisir naturel mais non nécessaire, ou un plaisir ni naturel ni nécessaire. Un plaisir à coup sûr, certes, pour beaucoup  de mes compatriotes. C'est pourquoi je conçois qu'ils souhaitent de tout leur coeur que demain, ça saigne abondamment et que bon nombre de gilets jaunes restent au tapis. Et que ce ne soient ni la police ni l'armée qui fassent le travail mais des citoyens légitimement exaspérés comme ils le sont eux-mêmes. Après tout, le mouvement des gilets jaunes semble spontané : un mouvement anti-gilets jaunes -- le mouvement des gilets rouges par exemple -- ne le serait pas moins. C'est ainsi que débutent les guerres civiles. En tout cas, voir nombre de ces affreux gilets jaunes virer au rouge sang, quelle volupté ce serait peut-être pour un épicurien confirmé .

J'en doute.  Les plaisirs nés de de la haine sont incontestables. mais la haine est une passion, sans doute la plus violente de toutes, dont les effets sur l'âme sont comparables à ceux d'un alcool très fort. Or, comme toutes les passions, la haine génère chez celui qui s'y abandonne troubles et souffrances, l'éloignant donc d'autant de cet état d'ataraxie qui doit être le but du sage. Comment donc se prémunir contre la haine, comment éloigner de soi ce breuvage impur et toxique dans un monde où les brandons du proche incendie couvent incessamment sous les cendres du précédent ?

En fait, la sagesse épicurienne, telle du moins que je me la figure, consiste à se tenir à distance de la vulgaire agitation d'un monde au sein duquel nous sommes, bon gré mal gré, contraints de vivre. J'avoue que si l'agitation des gilets jaunes était réprimée dans le sang, au fusil d'assaut, à la mitrailleuse, au bazooka, j'en aurais peut-être (qui sait...) un plaisir extrême, que j'aurais cependant la décence et la prudence de garder pour moi. Divertissons-nous à petit bruit, à l'instar du Dom Juan de Molière au cinquième acte. Mais pour que cette éventualité prenne vraiment forme, il y faudrait sans doute un coup d'Etat qui jetterait à la poubelle nos actuelles institutions démocratiques et la Déclaration des Droits. Je n'y verrais certes aucun inconvénient. Mais il ne semble pas que le mollasson Macron ait envisagé cette option. Il en est à s'excuser d'avoir été aussi piteux. Ce n'était vraiment pas la peine d'avoir cultivé pendant des années, en bon technocrate qu'il est, un mépris de fer pour la populace que l'élite, dont il fait partie, a pourtant eu, depuis toujours, la vocation de mener droit, fût-ce à la schlague. Il n'aura pas eu le courage d'assumer celui qu'il est, tant pis pour lui et pour nous.

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Une morte en Savoie et quelque 200 blessés : bilan modeste encore mais qui peut encore être amélioré. Le combat n'est pas terminé. D'aucuns (je n'en suis pas) saluent les courageux automobilistes qui ont  tenté de forcer les barrages, et notamment cette mère de famille qui a expédié une manifestante chez Saint Pierre, voir si des fois il porterait un gilet jaune. Quant à moi, je me suis borné à taguer au total une bonne centaine de véhicules arborant sur leur tableau de bord le fameux gilet. Leurs propriétaires en seront pour les frais de remise en état.

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Avis à mes concitoyens intéressés : je lance ce soir le mouvement des gilets blancs. Blanc écru : on est écolo ou on ne l'est pas. Les gilets blancs se donnent pour consigne de promouvoir la sagesse épicurienne sous la forme la plus pacifique et amicale qui soit. Certains objecteront que ce qui précède peut donner l'impression que je ne suis pas la personne la plus qualifiée pour lancer ce mouvement. Il n'empêche : on peut toujours progresser sur la voie de la sagesse. Et je donne l'exemple, en lançant cette proclamation solennelle : la paix soit sur les gilets jaunes !

Dès demain, je la tague en série sur leurs bagnoles !



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mercredi 14 novembre 2018

La meilleure défense contre l'antisémitisme (et d'autres aberrations)

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Je suppose que, pour un antisémite,  son antisémitisme est une source de plaisirs. Casser du Juif est pour lui une source de ces plaisirs spécifiques. Ainsi, l'attentat de Pittsburgh a-t-il dû le jeter dans la jubilation.

Je me considère comme un modeste disciple d'Epicure. On sait que, pour les épicuriens, la recherche du plaisir est fondamentale. C'est le but de la vie. Mais Epicure distingue trois sortes de plaisirs : les plaisirs naturels et nécessaires, les plaisirs naturels et non nécessaires, les plaisirs non naturels et non nécessaires. Il conviendrait que le sage s'en tienne aux premiers, et, s'il n'y parvient pas, à tout le moins aux deux premiers des trois ; mais qu'il s'abstienne rigoureusement, en tout cas, des plaisirs qui ne sont ni naturels ni nécessaires, car ils sont inévitablement une source de troubles et de souffrances.

A l'évidence, les plaisirs de l'antisémitisme ne sont ni naturels ni nécessaires car, si c'était le cas, tous les humains en éprouveraient le désir, en tant que plaisirs naturels, comme ceux de manger à sa faim, apaiser sa soif, se prémunir du froid ; or ce n'est manifestement pas le cas. Le sage doit donc s'en abstenir, comme d'une inévitable source de troubles et de souffrances. Le sage ne saurait donc être antisémite (entre autres aberrations -- elles sont nombreuses --).

Il est une autre valeur fondamentale de l'épicurien qui le prémunit de l'aberration antisémite : l'amitié. Sans elle, pas de plaisir de vivre.  L'amitié, source des plaisirs les plus naturels et les plus nécessaires qui soient. L'épicurien reconnaît en lui comme primordiale la disposition naturelle à l'amitié. Cette disposition s'adresse, en principe, à tous les humains. Cela ne veut pas dire que l'épicurien s'écriera, à l'instar d'un personnage de Molière : "Messieurs, ami de tout le monde !", mais il sera l'ami sincère de tous les humains qui manifesteront envers lui des dispositions amicales sincères. Il ne sera donc pas l'ami de tous les Juifs ; pour des tas de raisons légitimes, il refusera son amitié à certains d'entre eux, comme à bien d'autres humains ; mais il proposera son amitié à la plupart d'entre eux, comme à la plupart des humains. Mais, en tout cas, il s'abstiendra de nouer des amitiés fondées sur la culture d'une haine commune.

Etre à la fois épicurien et antisémite est donc rigoureusement impossible. L'antisémitisme est une des nombreuses aberrations dont la sagesse épicurienne nous prémunit rigoureusement, comme elle nous prémunit de toutes les passions qui sont source de troubles et de souffrances, et parmi elles, au premier chef, la haine. La haine : de toutes les passions la moins compatible avec la sagesse épicurienne.



mardi 13 novembre 2018

La fin d'Israël

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J'ai rêvé qu'à la suite d'une illumination collective, la population israélienne se convertissait massivement à l'Islam. Baptisé P.M.U. (Palestine Musulmane Unifiée), le nouvel Etat s'apprêtait à jouer un rôle régional de premier plan. Malheureusement, la moitié de la population s'étant ralliée au sunnisme et l'autre au chi-isme, ça tournait tout de suite mal. N'empêche : Netanyahou recyclé en Mohammed ben Mohammed, c'était farce. J'en ris encore.