dimanche 16 juin 2019

Pour le faire court : de Régis Jauffret à Hubert Reeves

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Ma bibliothèque regorge de livres. Il y en partout, jusque dans les placards où il m'arrive d'en retrouver que je croyais avoir lus sans l'avoir jamais fait ou dont j'ai oublié totalement le contenu juste après les avoir lus. Naguère (jadis) il m'arrivait de passer des heures à lire, au point de dévorer des pavés en quelques jours. Aujourd'hui, je n'ai plus guère que l'envie et la force nécessaires pour ingurgiter quelques pages. C'est pourquoi je me rabats volontiers sur des ouvrages qui n'ont besoin que de ces quelques pages pour épuiser (voire...) leur sujet. C'est le cas des Microfictions 2018 de Régis Jauffret. J'avais lu autrefois ses Microfictions (sans date) qui m'avaient donné du plaisir sans me donner le moyen de ne pas les oublier. Dans cette resucée, aucune des histoires (elles sont nombreuses!) ne dépasse les deux pages : c'est à la portée d'un cacochyme tel que moi. Par contre, il faut avoir envie d'y revenir, ce qui n'est pas toujours le cas, selon l'humeur du moment : il arrive que je ne parvienne pas à en rire, et c'est l'antidote indispensable pour s'accommoder de cet humour noir (si humour il y a) dont l'auteur semble avoir fait sa spécialité. Ces histoires en formes de confidences rédigées à la première personne vous dégoûteraient en effet rapidement de la vie de famille, de la vie de couple et, à vrai dire, de toute forme de vie. Elles abondent en épisodes scabreux, macabres, épouvantables : de quoi mitonner d'innombrables sujets à l'intention d'auteurs de polars en mal d'imagination. Elles ne sont pas  sans vous donner l'envie de leur ajouter une suite, par exemple sous la  forme de réponses qu'adresseraient à qui les met en scène les personnages qu'on y voue aux gémonies. 

Lire Microfictions 2018 à petites gorgées, comme je le fais, exige qu'on leur oppose un antidote. Je le trouve par exemple dans J'ai vu une fleur sauvage /  l'Herbier de Malicorne, d'Hubert Reeves. Le célèbre astrophysicien y décrit une série de plantes sauvages, plus belles et passionnantes les unes que les autres, qui poussent au bord des chemins ou dans les sous-bois de ce village de Bourgogne où il vit : ses descriptions, soutenues par une écriture harmonieuse et sereine, à la vérité opposée en tous points à l'écriture de Jauffret, sont illustrées par des photographies, elles aussi fort  belles . De quoi vous réconcilier avec une vie dont l'autre semble résolu à nous dégoûter. Et comme, dans le pavé de Jauffret, y a pas photo, le choix est vite fait. Découvrir, guidé par Reeves et  sa photographe, la merveilleuse existence de la berce commune, c'est autrement jouissif que suivre les aventures et mésaventures moisies des tordus sortis de l'imagination de Jauffret. " J'ai vu une  fleur sauvage " : il y a voir et voir. Hubert Reeves nous apprend à bien voir. Tout un art, humblement attentif, le même que celui que notre astrophysicien met en oeuvre pour découvrir le cosmos.

En tout cas, vivez la lecture à petites doses, c'est une façon de vous réconcilier avec elle et avec la vie !


N.B. -- Signalons au marseillais Jauffret qu'on ne dit pas " Le Lubéron mais "Le Luberon"/


Régis Jauffret ,    Microfictions 2018     (Gallimard)

Hubert Reeves ,   J'ai vu une fleur sauvage / L'Herbier de Malicorne  (Seuil/Points)

dimanche 9 juin 2019

Caroline renvoie l'ascenseur

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Dans la dernière décennie du siècle dernier, j'ai animé, avec un collègue, un atelier-théâtre dans le lycée de l'Est-Varois où j'enseignais les lettres. Caroline et son frère Laurent étaient élèves de ce lycée. Ils habitaient avec leurs parents un beau village qui propose chaque année un festival de théâtre scolaire aux premières sessions duquel nos troupes participèrent. Laurent, le frère aîné, puis Caroline, nous firent l'honneur et l'amitié de monter sur les planches avec leur camarades.

Depuis, tous deux ont fait  leur chemin dans le théâtre. J'ai vu que Laurent participait aux activités de la compagnie que sa soeur a fondée.

De mon côté, j'ai pris ma retraite, il y aura bientôt dix-neuf ans. Le souvenir de ces années heureuses où mes élèves et moi communiâmes dans la fièvre d'une activité créatrice m'aide à tenir le coup dans le combat que je mène depuis quelques années contre une de ces maladies "chroniques" auxquelles la médecine n'a pas encore tout-à-fait trouvé la parade. Chaque jour, je m'en vais rejoindre, à l'EHPAD distant seulement de quelques centaines de mètres de notre domicile, celle qui a partagé ma vie, et qui la partage encore dans la mesure où les séquelles des AVC qu'elle a subis le lui permettent. Je suis devenu, comme on dit, un "aidant".

Comme tous ceux qui fréquentent un de ces établissements qui accueillent celles et  ceux que leur âge et leur état de santé empêche de rester à leur domicile, je sais quels sont les grands ennemis des résidents : la solitude, l'inactivité, l'insuffisante sollicitation des ressources en énergie, en imagination, en créativité, le silence. Et cela quels que soient les moyens mis en oeuvre par les responsables des EHPAD pour y remédier. Et Dieu sait si celui qui accueille ma femme dispose d'un personnel dévoué, actif et imaginatif. Les sessions et les modalités des diverses formes d' animation y sont nombreuses et attrayantes. N'empêche ; on peut toujours faire mieux, et les aidants comme moi peuvent offrir leur contribution.

C'est là qu'après toutes ces années Caroline m'a sans doute renvoyé l'ascenseur. Ayant fait du théâtre son activité professionnelle après d'être formée au TNS, elle est intervenue, notamment, dans un EHPAD. Dans un récent entretien avec une journaliste du Monde, elle évoque cette expérience en ces termes :

"  [...] Je suis allée faire une pièce avec des dames en maison de retraite, et tout s'est débloqué chez moi. Là, j'avais un autre grain de voix, d'autres histoires, d'autres visages, un autre lieu, un autre rythme. Cette expérience m'a ouverte sur ce que je voulais faire : rencontrer des gens qui allaient venir peupler mes récits. "

L'entretien de Caroline avec Fabienne Darge porte pour titre une de ses formules :  " Il est urgent de remettre l'imaginaire en marche ". Or, faire du théâtre, c'est toujours remettre l'imaginaire en marche. L'imaginaire, mais aussi, forcément, le corps qui l'exprime, le rend vivant, le communique.

Il se trouve qu'une de nos anciennes à l'atelier-théâtre du lycée travaille à l'EHPAD où j'ai mes habitudes. Je lui ai proposé de se joindre à moi pour y faire vivre un atelier, avec l'aval des responsables de l'établissement.

Merci, Caroline.


" Il est urgent de remettre l'imaginaire en marche "    ( Le Monde du 6 juin 2019 )


( Posté par : le petit théâtreux épisodique, avatr eugènique agréé )





dimanche 2 juin 2019

Une espèce en voie de disparition : le gilet jaune

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Parmi les nombreuses espèces en voie de disparition, l'une d'elles, endémique sur notre territoire, semble affectée par un  déclin particulièrement rapide : il s'agit du Gilet Jaune (Gilet Jaune Vulgaris) dont le nombre d'exemplaires se montait, au dernier recensement, à moins de dix mille, soit une petite centaine par département (bien moins que les moustiques tigres). On s'interroge sur les causes du phénomène,  sans doute lié -- outre les facteurs environnementaux -- à des facteurs génétiques engendrant une dégénérescence accélérée. Justement, je me suis laissé dire que, ce dimanche, les services zoologiques du Jardin des Plantes ont pris le parti d'exhiber dans les rues de Paris, histoire d'éclairer la lanterne de nos concitoyens, quelques uns de ces spécimens dégénérés, parmi lesquels le Pipo-N'A- Qu'-Un-Oeil et le Mollo-le-Manchot.

Certes, le Gilet Jaune est fréquemment classé parmi les espèces nuisibles, et d'aucuns estiment qu'on peut légitimement se féliciter de sa disparition. Mais, ne serait-ce qu'à titre de curiosité muséale, on pourrait  conserver -- en cage -- quelques individus. Cela compenserait la disparition des dinosaures.


( Posté par : le petit entomologiste amateur, avatar eugènique agréé )


mercredi 22 mai 2019

Mon opinion sur l'affaire Vincent Lambert

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Sans être végétarien au sens strict, j'apprécie les légumes. Tout dépend des variétés. S'agissant de celle-ci, plutôt que fraîche en salade, je la préfère hachée menu en conserve.

J'ai lu sur les réseaux sociaux que certains pensent que la meilleure façon de mettre un terme à l'affaire Vincent Lambert serait d'euthanasier les parents. Je leur laisse la responsabilité de cette opinion, que je ne partage pas.


( Posté par : Tata Nasique, avatar eugèthananique )

mercredi 8 mai 2019

Né le 9 mai 1940, que faisais-je le 8 mai 1945 ?

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Il est clair que je ne fêtais pas la capitulation de l'Allemagne, que nous venions, au mieux, d'apprendre. Les premiers défilés, décorations et apéros commémoratifs, ce serait pour l'année suivante. Je devais plutôt me préparer à fêter mon cinquième anniversaire, qui aurait lieu le lendemain.

Je ne me souviens donc plus ce que je pouvais faire ce huit mai 45, ni où j'étais. Pour pallier cette regrettable lacune, j'ai décidé d'écrire un roman autobiographique provisoirement intitulé : "Moi et le huit mai ou les aléas du destin". En voici l'esquisse résumée :

Chapitre 1/

Né  le 9 mai 1940,  je n'étais pas en France le 8 mai 45, mais en Espagne que mes parents, adonnés à la dénonciation militante des Juifs et des résistants aux représentants locaux de la  Gestapo, avaient décidé de rallier, quelques mois auparavant, avec la bénédiction de Franco. De ce séjour, qui se prolongea quelques années après la "libération", je conserve une maîtrise fort convenable de la langue de Cervantès et une prédilection pour le Moscatel.

Chapitre 2/

Né à Paris le 9 mai 1940, je n'étais pas en France le 8 mai 45, mais à Los Angeles, que mes parents, Juifs Allemands, avaient rallié, quelques jours après ma naissance. De ce séjour, qui se prolongea quelques années après la Libération, je conserve une maîtrise fort convenable de la langue d'Edgar Poe et une prédilection pour le bourbon.

Chapitre 3/

Né à Paris le 9 mai 1940, je n'étais pas en France le 8 mai 1945 mais à Moscou, où mes parents, militants communistes, avaient rejoint Maurice Thorez, peu après la brouille avec nos éphémères amis allemands. De ce séjour, qui se prolongea quelques années après la Libération, je conserve une maîtrise fort convenable de la langue de Pouchkine et une prédilection pour la vodka.

Chapitre 4/

Je nais le 9 mai 1940. Aussitôt informé par les services secrets, l'état-major allemand, donne l'ordre d'attaque pour le lendemain : effectivement, il n'y avait pas de temps à perdre. Peu me chaut : le 8 mai 1945 à Berlin, je reçois l'acte de capitulation allemande des mains du général Von Bronchitt soi-même. De cette journée mémorable je conserve une prédilection marquée pour le schnaps.

Chapitre 5/

Né le 9 mai 1940 dans un patelin de la Sarthe, situé approximativement à mi-distance des limites Ouest et Est du département, des oeuvres d'une mère venue de Sillé-le-Guillaume (sur la frontière Ouest) et d'un père accouru de La Ferté-Bernard (sur les confins Est), je suis l'enfant des contraires et des extrêmes ; on devine sans peine à quelles difficultés je me heurtai au cours de mes années d'enfance et d'adolescence. Après avoir passé le 8 mai 45 dans ce trou du cul du monde, je vécus sans broncher nombre d'années dans ces contrées plouquesques. J'en conserve une maîtrise approximative de la langue de Scarron (1) et une prédilection pour le cidre bouché.


Note 1 -  Et pourquoi Scarron et pas Molière ? Cherchez, tas d'incultes !


( Posté par : L'Enfant du désastre (2), avatar eugènique historique  )


Note 2 -- Et pourquoi "l'Enfant du désastre" ?  Le 9 mai 40, c'est pas le 8 mai 45, tas d'ignares !

dimanche 5 mai 2019

Les malicieux Plick et Plock

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Nous sommes à peu près tous beaucoup trop jeunes pour nous souvenir des Malices de Plick et Plock, série de bandes dessinées publiées par Christophe jusqu'en 1904. Cependant, je me suis avisé qu'entre les black blocs et les flics flak, une place était à prendre pour les activistes résolus, dont je fais partie. J'ai donc décidé de créer un group(uscul)e éventuellement (dés)armé que je baptise incontinent Les Malicieux plick plocks. Ni le programme de nos interventions ni leurs finalités ne sont encore clairement établis mais ça devrait déménager ; ça fait du reste un moment que je déménage.

Rejoignez-nous ! Longue vie aux Malicieux plick plocks !







samedi 4 mai 2019

Suicider les black blocs et les gilets jaunes radicaux ?

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Les débordements violents provoqués régulièrement par les black blocs appuyés par  les gilets jaunes les plus radicaux incitent certainement un grand nombre de citoyens, soucieux de voir rétabli l'ordre public dans l'intérêt de toute la société, à prêter main forte aux forces de police pour y contribuer. On peut imaginer la création de groupes structurés, bénéficiant des informations fournies par des membres de la police et de la justice, et intervenant dans les manifestations et, surtout, en-dehors d'elles. C'est ainsi que j'ai rêvé cette nuit que je participais à quelques unes de ces interventions. Vêtus de noir et masqués, tels les black blocs eux-mêmes, mais pouvant nous repérer grâce à des signes de reconnaissance discrets, nous intervenions dans les manifestations, notamment en traitant au couteau (dans le dos) les fauteurs de troubles. Puis, dûment informés, nous nous rendions nuitamment au domicile de black blocs/gilets jaunes pour les éliminer. Dans une de séquences de mon rêve, quelques membres du groupe et moi, après nous être introduits dans l'appartement d'un couple de black blocs/gilets jaunes, saisissaient par les pieds leurs deux moutards en bas âge avant de leur fracasser la tête contre les murs sous les yeux des parents. Nous  procédions ensuite à l'exécution de ces derniers, en les égorgeant après les avoir suspendus par les pieds, au-dessus d'un récipient qui recueillait leur sang (1), que nous nous proposions de donner à boire à nos chiens. Je me suis réveillé dans un état d'extase qui n'a pas été sans m'inquiéter. On peut penser cependant que mon rêve était prémonitoire. On verra.


Note 1 -- Le détail du bol de soupe semble avoir été inspiré par une scène particulièrement gore de La Débâcle,  roman d' Emile Zola . La victime y est un soldat allemand capturé par des paysans français. Il est vrai que black-blocs et gilets jaunes radicalisés peuvent être assimilés par certains à des ennemis de la France, envahisseurs de notre pays. On comprend que leur liquidation puisse être envisagée par d'aucuns comme un acte patriotique.

Un de mes bons amis me souffle : " Péter la gueule d'un gilet jaune, c'est utile, c'est facile et c'est jouissif  " : voilà en tout cas un mot d'ordre facile à retenir.


( Posté par : un malicieux plic-ploc, avatar eugènique résvolu)


Quiz : ce personnage est-il : a/ un gilet jaune moyen - b/ le même radicalisé  - c/ un vilain black-bloc - d/ un faux black-bloc membre des birigades spéciales  - e/ un sot zizi de Macron   - f/ un malicieux plic-ploc ? - g/ autre