lundi 15 octobre 2018

Une belle saison pour les champignons

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D'aucuns racontent que, faute de pluies suffisante, on manquera de champipis cet automne.

Je m'inscris en faux contre cette ânerie.

La preuve : ce bolet de taille exceptionnelle.

Hauteur : 2m20

Largeur : 1m50

De quoi se préparer une belle omelette pour 4.



dimanche 14 octobre 2018

Canonnisons le Pape

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Le 10 octobre dernier, le Pape François a déclaré qu'avoir recours à l'avortement était assimilable au recours à un tueur à gages.

Pour avoir carillonné une des plus belles çonneries de l'année, je propose de canonniser le Pape François.

Dans le cul, au 75 sans recul.

A blanc, bien entendu : couleur favorite du vieux niais.



dimanche 7 octobre 2018

#balancetonchat

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A matin, prétextant une pluie diluvienne et sa prétendue incapacité à se servir d'une litière, Monsieur Bébé (c'est son nom !) a pissé dans la véranda.

Je le hais !

Aidez-moi !



vendredi 5 octobre 2018

On a les héros nationaux qu'on peut

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Après le braillard Johnny, c'est au tour du crooner Aznavour de recevoir les honneurs nationaux, avec présence et discours de l'ineffable macaron. La France de ce début du XXIe siècle se reconnaît dans les zéros qu'elle peut. Il est décidément bien fini le temps où ce pays célébrait en grande pompe un Victor Hugo ou, à la rigueur, un Malraux. Les écrivains de l'envergure d'un Camus, d'un Sartre ou d'un Claude Simon se sont fait la malle depuis belle lurette. Peut-être un jour un Modiano ? En attendant, nous n'avons plus à nous mettre sous la dent que des producteurs de rengaines. Line Renaud bientôt au Panthéon ? Il est vrai que l'Académie Nobel a couronné Bob Dylan, et c'est vrai que la chansonnette, c'est aussi de la poésie, et souvent d'excellente qualité. Et c'est vrai qu'une seule chanson d'Aznavour laisse loin derrière elle les oeuvres complètes d'un Bernard-Henry Lévy. Mais enfin, au braillard Johnny ou au crooner Aznavour, j'ai toujours préféré Brassens, Brel ou Léo Ferré qui, eux, n'eurent droit à aucun hommage national. C'est ma préférence à moi, comme chante un autre de mes préférés.

Mais quoi : le nonagénaire Aznavour dans la cour des Invalides, cela vaut tout de même mieux que le dernier de nos jeunes soldats tués au Mali ou ailleurs. Faites l'Aznamour, pas la guerre.

lundi 24 septembre 2018

Le nom de Zemmour : une insulte à la France ?

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" Les cons, ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît "  (Michel Audiard)


Sur un plateau de télévision, Eric Zemmour a déclaré à l'animatrice Hapsatou Sy que son prénom était " une insulte à la France ".

L'intéressé n'en est pas à sa première énormité, ayant déjà été condamné en justice pour incitation à la haine raciale. Ses propos récents ont en tout cas soulevé une vague d'indignation, en particulier parmi les journalistes du Figaro, qui emploie Zemmour comme chroniqueur.

Eric Zemmour aurait pourtant dû, avant de les tenir, se rappeler qu'il fut une époque, pas très lointaine, où le patronyme de Zemmour était très officiellement considéré comme une insulte à la France. Le porter vous valait d'être mis à l'écart de la communauté des Français, avant de recevoir son ticket d'accès aux chambres à gaz.

Tout de même, qu'un Juif tienne des propos dignes d'un Nazi, cela laisse rêveur. Passe encore s'il réserve à ses proches ses insanités, mais qu'il les profère publiquement dans les médias, sans être aussitôt mis sur la touche avant d'en répondre devant la justice, voilà qui pose problème.

Les propos plus récents de Zemmour sur Pétain et les Juifs, sur Maurice Audin, achèvent de le poser en tenant des positions de la droite la plus réactionnaire, la plus obtuse, la plus simpliste, la plus dédaigneuse de la réalité des faits, la plus nostalgique des choix les moins défendables de gouvernants d'une époque récente. C'est à peu près à quoi se résume l'intérêt du personnage.


On lira avec profit les textes de Guy Sorman, de Tania de Montaigne et de Gérard Noiriel, très éclairants sur le cas Zemmour, dans Le Monde du 30 septembre 2018.

La seule question qui importe  est de savoir quelle proportion de citoyens français se reconnaît dans les opinions de Zemmour. Le danger des connards de son espèce, c'est qu'ils font bloc. On voit ce que ça a donné au plan politique, par exemple dans les présidentielles aux Etats-Unis, et plus récemment au Brésil.

Zemmour m'apparaît comme un spécialiste du bullshit, tel que l'a défini Harry Frankfurt dans l'Art de dire des conneries. Jean-François Marmion, dans Psychologie de la connerie, décrit ainsi le bullshit :

" Le bullshit est un type de discours qui consiste littéralement à dire n'importe quoi, sans se soucier de savoir si c'est vrai ou faux. La forme typique en est le bavardage, mondain ou du café du commerce, mais qu'on rencontre le plus souvent dans le journalisme et la publicité. Le bullshitter est celui qui "dit des conneries", raison pour laquelle le livre de Frankfurt a été traduit par L'Art de dire des conneries. mais pratiquer le bullshit n'est pas faire, ni même dire des choses absurdes ou connes. C'est mépriser systématiquement non seulement les règles du vrai et du faux, mais la valeur du vrai lui-même. Frankfurt insiste sur le fait que le bullshitter n'est pas un menteur, car le menteur respecte la norme du vrai et en a besoin pour accomplir son mensonge. Le bullshitter au contraire n'en a cure. Mais il est tout sauf con, ou producteur de connerie. Il est au contraire intelligent, mais il se fout de la vérité. C'est pourquoi il est plus approprié de désigner le bullshit par le terme de foutaise."

dimanche 16 septembre 2018

Aussaresses = Barbie

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L'EHPAD que je fréquente régulièrement accueille deux anciens soldats de l'armée française qui, tous deux,  participèrent aux opérations en Algérie. L'un appartenait à un régiment parachutiste qui fut engagé dans la bataille d'Alger. Ont-ils eux-mêmes torturé ? Je n'en sais rien et ils ne se sont pas confiés à moi à ce sujet. Mais, alors que je leur faisais part de mon approbation des récentes déclarations d'Emmanuel Macron, ils ne m'ont pas caché leur hostilité à sa prise de position. L'un d'eux, désireux de justifier l'emploi de la torture, l'a présentée comme une réponse aux atrocités perpétrées contre les soldats et civils français par les rebelles algériens, reprenant ainsi un argument soutenu à l'époque par le colonel Trinquier dans son livre La Guerre moderne : selon lui, ces "terroristes" ou "guerilleros", dissimulés au sein de la population, s'excluaient de la protection des lois de la guerre proclamées par la Convention de Genève, dont la France était signataire. Un tel argument devrait pouvoir être identifié sans difficulté dans les propos tenus, pour se justifier, par les agents de la Gestapo et  autres sbires nazis, militaires notamment, en particulier par ceux qui furent traduits en justice après la guerre.

Si  des acteurs de la torture en Algérie avaient été traduits en justice après 1962 -- sanction à laquelle tous échappèrent en vertu des lois successives d'amnistie, notamment dans l'affaire Audin -- certains d'entre eux auraient certainement eu recours à un argument qu'on retrouve  dans la défense d'un Klaus Barbie ou d'un Adolf Eichmann : j'obéissais aux ordres ; je ne pouvais m'y soustraire sous peine de m'exposer -- ainsi que ma famille -- à de lourdes représailles.

On peut trouver sidérant qu'une dizaine d'années seulement après la chute du nazisme et la révélation des sinistres méthodes utilisées par la Gestapo contre la Résistance, les opposants politiques, les Juifs, les forces armées de la France, Etat démocratique signataire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme inspirée par notre propre Déclaration des Droits, se soient abaissées à les reprendre, tout en les "perfectionnant". Elles n'avaient d'ailleurs pas attendu le début de la guerre d'Algérie pour les mettre en oeuvre, notamment en Indochine. Dès 1951, dans un article du Nouvel Observateur, Claude Bourdet posait la question : Y a-t-il une Gestapo en Algérie ?

Cette question du reniement par la France des principes fondateurs et fondamentaux de sa démocratie et des responsabilités multiples et complexes des uns et des autres reste largement ouverte, même si beaucoup de recherches et de découvertes ont fait avancer la cause de la vérité. L'ouverture des archives officielles, annoncée par le Président de la République, notamment dans l'affaire Maurice Audin, y contribuera grandement.

Mais sans aucun doute l'avancée essentielle de la déclaration d'Emmanuel Macron, c'est la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat français. Si la torture a été systématiquement utilisée en Algérie contre des Algériens et contre des Français, c'est que l'Etat l'a permis, c'est que l'Etat l'a voulu. L'Etat : non une abstraction mais les responsables politiques de l'époque, membres du gouvernement, députés des Assemblées, membres notamment d'un parti socialiste qui, en cette affaire, tourna le dos à ses principes humanistes.

Cependant, ceux qui torturèrent en Algérie ne sauraient s'exonérer de leurs propres responsabilités, en les rejetant sur ceux qui le leur permirent et le leur commandèrent : ils renieraient ainsi leur propre liberté. Ils pouvaient toujours refuser d'exécuter des ordres injustes et humainement monstrueux, même s'ils n'étaient pas protégés, comme le sont nos soldats d'aujourd'hui, par la reconnaissance du droit de refuser d'exécuter des ordres contraires aux conventions internationales existantes. Certains le firent, du reste. Le cas le plus connu est celui du général Pâris de Bollardière, mais il fut loin d'être le seul . Gloire et honneur à lui et à eux.

Le caractère systématique de l'emploi de la torture en Algérie est frappant. Systématique aussi fut son emploi par la Gestapo. Des deux côtés, les arguments pour le justifier sont au fond les mêmes. Il y eut bien, comme le pressentait Claude Bourdet, une Gestapo française en Algérie. Pourtant, un monde semble séparer la démocratie française des années 50/60 et la dictature nazie. Comment deux systèmes apparemment antagonistes ont-ils pu se rejoindre pour exercer contre des êtres humains la pire des violences ? C'est  que l'emploi systématique de la torture en Algérie est lui aussi, parmi d'autres formes de violence, le produit d'un système fondé sur la violence, produit de la  violence et ne subsistant que par la violence : le système colonial. Jusqu'au milieu des années 60, les diverses formes que prend l'Etat français après 1945 sont prises au piège d'une situation qui remonte au milieu du XIXe siècle. C'est en 1848 que le territoire de l'Algérie est divisé en départements français. Aucun régime, aucun gouvernement, jusqu'en 1962, n'a osé remettre en question cette monstruosité. Applaudissons Emmanuel Macron pour avoir déclaré, lors d'une visite en Algérie, que le colonialisme est un crime contre l'humanité. Quand on a volé sa terre à un peuple et qu'on lui dénie tout droit sur elle, on peut s'attendre au pire. Le pire aurait été pour la France le triomphe, sur son sol, d'une tyrannie militaire semblable à ce qu'ont connu divers pays d'Amérique latine.

Il n'y a pas de différence entre un Klaus Barbie et un général Aussaresses. C'est qu'il n'y a pas de différence entre les Résistants français, entre 1940 et 1944, et les patriotes algériens qui combattirent pour la libération de leur terre. Les uns et les autres embrassèrent la même cause et, dans une lutte inégale, eurent recours aux mêmes armes.

Crime contre l'humanité, la torture en Algérie fut le produit de cet autre crime contre l'humanité : la colonisation de l'Algérie.


On lira avec profit sur la question (sans jeu de mots) le remarquable article de l'encyclopédie en ligne Wikipedia, Torture pendant la guerre d'Algérie .


Frédéric GrosDésobéir    ( Albin Michel )

samedi 15 septembre 2018

Totem et ta bague

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J'ai suivi, l'autre soir, sur la 5, un reportage sur la localisation de la tombe de Gengis Khan dans un massif montagneux de Mongolie. J'ai appris que les Mongols d'hier et d'aujourd'hui, chez qui les croyances chamaniques et bouddhiques font bon ménage, divinisent et vénèrent des entités naturelles telles que les massifs montagneux ou les forêts. Gengis Khan vénérait une montagne où il était né et où il se réfugiait occasionnellement pour échapper à ses ennemis.

La conviction où stagnent les desservants et les croyants des trois monothéismes, judaïque, chrétien et islamique, d'adhérer à la seule religion vraie m'a toujours laissé rêveur. Car après tout, ils n'ont jamais été en mesure de fournir leurs preuves. Surtout, ils sont convaincus que leur religion est supérieure à toutes les formes de polythéisme.

Dans un petit bouquin publié aux Belles Lettres, Maurizio Bettini a récemment  développé  un éloge du polythéisme très convaincant. Il y montre notamment à quel point le monde païen a pratiqué une vertu à peu près ignorée des monothéistes : la tolérance.

L'autre jour, mon fils et sa compagne sont allés se promener dans une de nos belles forêts, dans la montagne du Haut Var. Ils y ont repéré une agréable clairière et s'y sont installés. Mon fils a repéré un morceau de bois "mort" ( à peu près 50 cm de long ) aux formes séduisantes. Sculpteur sur bois à ses heures, il l'a modifié pour en faire une sorte de statue-totem. Au moment de repartir, au lieu d'emporter son oeuvre, il a préféré l'offrir à la forêt, qui les avait si bien accueillis. Il l'a donc déposée sur le sol, en remerciant la forêt, à haute et intelligible voix. Puis, ayant fait quelques pas au moment de partir, baissant les yeux, il a aperçu quelque chose qui brillait dans l'herbe, à ses pieds. C'était une bague, en or, finement gravée, ornée d'une pierre semi-précieuse.

On peut préférer voir là une simple coïncidence. On peut aussi se dire que la forêt, remerciant à son tour mon fils, lui faisait ce cadeau, en forme d'alliance, qu'il porte à présent au doigt. C'est ce que, pour ma part, je crois.


Maurizio BettiniEloge du polythéisme  ( Les Belles Lettres )

Richard PowersL'Arbre-Monde  (Le Cherche-Midi )