lundi 4 juin 2018

Croisons, croisez ... 1/ : Jean-Claude Boulard

Je viens d'avoir 78 ans. Né le 9 mai 1940, le jour de l'entrée en France de l'armée allemande à Sedan, je suis, en somme, l'enfant du malheur. J'ai fait récemment la connaissance d'un ancien militaire né, quant à lui, le jour de la déclaration de guerre : l'enfant du malheur lui aussi. Nous avons fraternisé. Lui et moi faisons partie des quelque 15 % de Français de plus de 75 ans. Puisse-t-il revenir en bonne forme de cet hôpital où le déclin de ses forces l'a récemment conduit. De mon côté, j' ai survécu de huit ans à une maladie "chronique" comme on dit. A nos âges, mieux vaut ne pas trop hasarder de pronostics favorables.

C'est d'une maladie de ce genre qu'est probablement décédé, le 31 mai dernier, Jean-Claude Boulard, le maire du Mans. L'article du Monde parle "des suites d'une longue maladie" : formule consacrée.

Je n'ai pas fait personnellement la connaissance de Jean-Claude Boulard, et je le regrette bien. Mais nous nous sommes sans doute croisés dans les couloirs et les cours du noble lycée Montesquieu du Mans. Il devait être en seconde quand je faisais ma terminale. Plus tard, à Paris, où nous poursuivîmes nos étude, lui au lycée de la place du Panthéon, moi à celui de la rue Saint-Jacques, nous n'étions  pas non plus loin de l'autre. Plus tard, lui à Sciences Po, moi à l'ENS de Saint-Cloud, nous avons bien dû poser nos fesses le même jour à la même heure dans quelque ciné du Quartier Latin ou quelque théâtre parisien. J'ai réussi l'agrégation des lettres l'année qui précéda son entrée à l'ENA (promotion Turgot).

A partir de la fin de mes études, je ne suis plus retourné au Mans. Je n'ai donc pas eu l'occasion de connaître la carrière politique régionale de Jean-Claude Boulard. Je le regrette d'autant plus que j'ai découvert les qualités d'élu et d'homme -- d'homme, donc d'élu -- de >Jean-Claude Boulard, qualités sur lesquelles l'article du Monde insiste avec raison. C'est d'hommes de sa qualité que notre pâys a besoin.

Honneur à sa mémoire.



vendredi 4 mai 2018

Aujourd'hui comme hier : la vraie cause de l'antisémitisme

1506 -


Lu dans  Le Monde  d’ aujourd’hui un ensemble de quatre articles sur la résurgence de l’antisémitisme en France et en Europe. Quel que soit l’intérêt de ces articles, il me semble qu’ils font tous l’impasse sur la cause profonde — unique ? — de l’antisémitisme. On dénonce à juste titre les stéréotypes et préjugés véhiculés par les antisémites. Mais la médiocrité même de ces pseudo-justifications dévoile qu’elles ne sont là que comme alibis, destinés à justifier la multiplicité des actes et propos antisémites, mais surtout à masquer la vraie raison des agressions diverses contre les Juifs. Or, la vraie raison, on la connaît fort bien, au moins depuis Mircea Eliade et René Girard : c’est la pratique du bouc émissaire.

Au cours de l’Histoire, la stratégie du bouc émissaire, stratégie collective, n’a pas concerné que les seuls Juifs. Pour en comprendre l’utilité — à supposer qu’elle soit utile — on relira avec profit les pages que, dans  Léviathan , Thomas Hobbes consacre à ce qu’il appelle « l’état de nature », dont il donne une définition essentiellement politique : l’état de nature, c’est celui où les hommes, en l’absence de tout pouvoir politique organisé, sont contraints de défendre leurs intérêts et leur vie par leurs seuls moyens ; tous ayant les mêmes intérêts, les mêmes désirs, les mêmes craintes, l’état de nature, c’est la guerre permanente de tous contre tous. Pour en sortir, les hommes ont délégué à l’Etat (quelle que forme qu’il prenne) le pouvoir de les défendre par la force, dont il possède le monopole légal.

Cependant, dans les situations de crise où les craintes et les angoisses renaissent avec force, le pouvoir de l’Etat ne suffit pas. C’est là que le recours à la stratégie du bouc émissaire s’avère utile : on va détourner la colère et la violence des foules contre un groupe, désigné comme responsable de tous les maux.

Avec les Juifs, l’Europe chrétienne s’est découvert, il y a quelque deux mille ans, un bouc émissaire d’une remarquable efficacité, compte tenu des données idéologiques. Le jour où les justifications religieuses ont commencé à battre de l’aile, on en a trouvé d’autres. Ce qui me paraît sûr, en tout cas, c’est que les Juifs restent le bouc émissaire de l’Europe et du monde musulman, sans que jamais ni les responsables politiques ni les intellectuels (même les plus hostiles à l’antisémitisme) n’osent l’avouer.

Montrer que les arguments des antisémites ne valent pas un clou est évidemment nécessaire. Mais dénoncer l’archaïque politique du bouc émissaire ne l’est pas moins. Archaïque et inconsciente — ce qui la rend d’autant plus redoutable.

Je suis de ceux qui trouvent que, dans le rôle du bouc émissaire de nos sociétés, les Juifs ont assez donné. Mais si on les exonère de cette fonction sociale inavouable, ou bien on renonce consciemment à l’inefficace et hypocrite politique du bouc émissaire -- ce qui suppose un considérable effort pour en identifier les formes actuelles et analyser les causes réelles des situations actuelles d'impuissance -- ou on remplace les Juifs dans ce rôle historique : devra-t-on, dans ce cas, organiser un turn-over ? Certains se disent qu’après tout, ce ne serait que justice.

dimanche 29 avril 2018

L'espace-mouvement

1505 -


De l’autre côté de la baie vitrée qui me fait face, les feuillages s’inclinent doucement dans le vent, s’abaissent, se redressent, miroitant çà et là au gré de la lumière ; si je regarde à gauche, dans la grande salle d'à-côté, les mêmes se font voir sous un autre angle, plus sombres mais plus imposants, en reflet sur le jeu complexe des vitrages intérieurs qui découpent l'espace, démultiplient les images,   me découvrant aussi, tantôt la croupe de Patricia, tantôt le profil adorable de Martine. La symphonie des conversations, mêlées de chansons de rires et et de cris, atteint un pic puis retombe, pour s’élancer encore. Je suis le mouvement de ses beaux yeux à elle, attentifs à tout. Je devine ce qu'elle regarde, comme, hier, le reflet dans le toit blanc du sol de la terrasse où  furetait un chat blanc, presque le sosie du sien qu'elle n'a plus revu que photographié ; mais peut-être était-ce lui, venu nous faire la grâce de se montrer. Je suis mêlé à tout ce mouvement, emporté par tous ces mouvements, partie prenante de tout ce que je perçois. Je pense à la joie tragique célébrée par Clément Rosset. Je me dis qu’il fallait être culotté comme le jeune homme de vingt ans qu’il était alors pour parfumer de tragique une joie d’exister qui, à cet âge, en général, se fout bien du tragique. C’est plutôt là un sentiment de vieillard. Mais peut-être Rosset, même à cet âge, avait-il expérimenté des situations qui vous font vivre tragiquement votre joie de vivre. La philosophie d’un homme est toujours fonction de sa situation, comme eût dit Jean-Paul. Moi, tout à ma joie de l’instant, sans aucune préoccupation du passé ni de l’avenir, emporté par le mouvement du monde, je suis loin de tout sentiment du tragique. A la faveur d’un changement d’orientation d’un des vitrages intérieurs, le profil de Martine se dessine maintenant sur la croupe de Christiane, sur un fond de feuillages agités par le vent, se détachant eux-mêmes sur le fond verdoyant des collines. Les nuages viennent masquer le soleil. Quelques gouttes viennent toquer sur le toit léger de la véranda. Vive le changement dans le mouvement, plus émouvant que le mélo qui fait pleurer Margot !

mercredi 25 avril 2018

Eloge de l'hypocrisie

1504


Je viens d’achever la lecture d’un ouvrage que je recommande,  Eloge de l’hypocrisie ,     d’Olivier Babeau. Ouvrage d’un grand intérêt, même si les démonstrations ne sont pas toujours suffisamment approfondies, surtout dans la seconde partie. La principale vertu de l’hypocrisie, selon l’auteur,    est de mettre de l’huile dans les rouages de la vie sociale, de façon à la rendre supportable, et même possible.  Un exemple simple en est la politesse puérile et honnête :     « Comment allez-vous, cher ami »  peut  masquer  utilement    un moins amène  «  T’as toujours ta tronche de crétin, pauvre gond  ».     Cette forme d’hypocrisie  nécessaire touche tous les aspects de la vie sociale (économiques, politiques, religieux etc.). Elle permet   de   tourner ce qu’ont d’abusivement contraignant les règles officiellement en vigueur, les détails de la législation ,   de façon à rendre à la vie sa souplesse et son inventivité nécessaires.     Nous connaissons tous les ravages du politiquement, idéologiquement, moralement correct.

Je suispartisan d’un assouplissement des interdits, d’une levée des inhibitions, indispensables pour savoir ce que pensent réellement les gens.  Tous les aspects de la vie sont concernés.

Une arme favorite de l’hypocrisie vertueuse, c est évidemment l’arsenal  des  figures   de style, métaphore, litote, antiphrase (vide supra). Un exemple simple : si je dis « Macron est un fils de femme honorable », il est aisé de décrypter ma véritable pensée. Un effet secondaire positif de cette manipulation des figures du discours est qu’il suscite la rage impuissante des gens que vous visez. Kssss Kssss…

Le  contraire de cette hypocrisie vertueuse et socialement bienfaisante,  c’est l’ hypocrisie  qui ne se prend pas pour ce qu’elle est.  L’hypocrisie de Tartuffe, en somme. 

Tartuffe, en effet, ne se reconnaît pas pour un hypocrite. Il est persuadé, au contraire, que son droit est le bon.     Selon Olivier Babeau, les ravages historiques de cette hypocrisie tartuffesque ont été gigantesques : C’est en effet, entre autres exemples, l’hypocrisie de Staline et de ses acolytes. Notre auteur est persuadé qu’elle est en train de resurgir en force dans nos sociétés.    Sous la forme, par exemple , de   la résurgence d’un ordre moral  "nouveau   " (  si pouveau que ça ?  ),          à la suite de l’affaire Weinstein,            avec les milices « féministes » du genre #metoo et #balancetonporc.

Cultivons l’hypocrisie du premier type. Haro sur la seconde !


Olivier BabeauEloge de l'hypocrisie    ( les éditions du Cerf )

dimanche 1 avril 2018

La blague à Pépé moisi(e) du jour

1503 -


A matin, au petit dej, Pépé a l'oeil allumé des mauvais jours. Comme je déguste mon caoua, il me dit :

" Ce qui me choque dans l’horrible assassinat de la mère Knoll, c’est que les assassins aient brûlé le corps dans l’appartement, au risque de foutre le feu à tout l’immeuble. Alors que découper le corps dans la cuisine à l’aide d’un couteau électrique, entasser les morceaux dans un sac poubelle, le déposer dans le container affecté à cet usage, aurait été déjà plus conforme aux exigences de salubrité et de sécurité publiques. Et puisque l’on parle de cuisine, organiser une plancha sur le pouce entre amis aurait été dans l’ordre des choses possible. Mon Dieu, quand j’y pense… Mais on ne doit pas trop attendre de ces jeunes écervelés, tout juste capables d’accompagner d’un « Ali Babar » de pacotille leurs horreurs antisémites. "

Et le voilà qui barbote dans son bol sans attendre ma réponse.

In petto, je me dis que la santé mentale de Pépé ne s'arrange pas. C'est sans doute ce qu'il appelle de l'humiaour. Magdane soi-même n'eût pas osé.

mardi 27 mars 2018

Les larâneries de Catherine Lara

1502 -


Sur RTL le samedi 24 mars dernier, Catherine Lara a évoqué les conditions de séjour des résidents des EPHAD. Elle qualifie tout uniment ces établissements de "mouroirs". Elle  pointe l'indifférence du personnel aux conditions de vie des personnes âgées et dénonce la mauvaise qualité de la nourriture "qui est l'horreur". Selon elle, on entasse dans les EHPAD nos anciens "où on les laisse tomber carrément".

Si l'article de la page d'accueil Orange de mon ordinateur n'a pas déformé ses propos, Catherine Lara commet la bourde trop fréquente de généraliser des cas particuliers. Si certains EPHAD ne sont guère en effet que d'indignes mouroirs, c'est bien loin d'être le cas de tous. Je puis en témoigner, moi qui puis observer quotidiennement ce qui se passe dans un de ces établissements où quelqu'un qui m'est très proche et très cher a été admis. Le dévouement, la gentillesse du personnel (certes en sous-effectif), la qualité des soins, de la nourriture, des multiples activités d'animation, suscitent mon admiration. Il ne s'agit pourtant pas d'un établissement privé aux tarifs prohibitifs.

Catherine Lara n'a fait que reprendre, en le simplifiant jusqu'à la caricature, le discours actuellement dominant sur le sujet. Elle devrait pourtant se dire que, si sa mère est morte à 102 ans, la qualité des soins qu'on lui a dispensés doit bien y être pour quelque chose.

Quel que soit le sujet, ne cédons pas à la tentation de reprendre sans réfléchir le discours moralement, politiquement, idéologiquement correct et à la mode.

dimanche 25 mars 2018

La blague à Pépé du jour

1501 -


Mr et Mrs Megraath, honorable coupe de Londoniens ( si, si, en dépit de certaines apparences Megraath est un patronyme typiquement anglo-saxon ) ont un fils et une fille : comment qu'ils s'appellent ?

-- ???????

-- Mike et Kate.  Mike et Kate Megraath !


N.B. -

On aura soin de prononcer correctement Megraath : Meuhgraath