jeudi 22 juillet 2010

Le syndrome de la malle de Hambourg

Je suis décidément un survivant.Je fais en effet partie de ceux (ils commencent à se faire rares) qui eurent le privilège de suivre, vers le milieu des années soixante, tout au long d'un été, sur une chaîne de la télé publique, le feuilleton de la Malle de Hambourg.

C'était l'époque des premières émissions grand public en couleurs. Les postes de télé se multipliaient dans les familles comme les petits pains de Jésus, à la vitesse grand V. Les concepteurs de programmes testèrent alors diverses formules qui, depuis, ont fait la preuve de leur efficacité, et donnèrent à divers problèmes des solutions fiables: par exemple, comment fidéliser devant leur poste, au moins un soir par semaine pendant deux mois, des millions de cornichons ahuris, en les faisant assister aux péripéties d'un feuilleton vaguement policier, débile et glauque à souhait. On avait engagé pour l'occasion les scénaristes les plus totalement dépourvus d'idées, et une équipe d'acteurs spécialisés dans les rôles de policiers vaguement ripoux ou de ratés visqueux... ah! Paul Le Person! ah! Jacques Monod! Ce fut donc La malle de Hambourg.

Pendant des semaines, j'ai suivi sans débander les épisodes de ce feuilleton imbécile, chiant, mal tourné, incompréhensible. Les années ont passé. Mais, en dépit d'intenses efforts de réflexion, je n'ai toujours rien compris à la malle de Hambourg.

Ce feuilleton cul est pourtant devenu, paraît-il, un feuilleton culte. Je suppose qu'un paquet d'abrutis dans mon genre continuent de se demander désespérément : mais qu'y avait-il donc à comprendre dans la Malle de Hambourg?

Rien.

C'est la clé de son succès.

La malle de Hambourg a montré la voie. Chaque été ou presque, les télévisions, en mal de programmes originaux, nous servent des feuilletons, prétendus "inédits", qui tous concourent pour le Grand prix de la débilité.

Par exemple, ce feuilleton, dont j'ai oublié le titre, mélange d'intrigue vaguement policière et  d'ingrédients vaguement fantastiques, qui se passait en Bretagne,  et dont l'héroïne était interprétée par une actrice probablement incapable de jouer autre chose, mais supérieurement douée pour jouer dans ce genre d'âneries, et qui répondait au patronyme d'Ingrid Gros-Seins.

Ingrid Gros-Seins n'avait à peu près aucun talent, mais alors, maman, quels nichons! quels roberts!quels roploplos! C'était son seul talent, mais quel talent.

Dès que l'intérêt du feuilleton faiblissait, ce qui se produisait à peu près toutes les deux minutes, on nous servait un gros plan des roploplos d'Ingrid. Ce n'était pas désagréable, ça faisait patienter, on en oubliait presque l'indigence de l'histoire et l'imbécillité des scénaristes.

Mais la magie des rondeurs d'Ingrid Gros Seins finit tout de même par s'épuiser. Le feuilleton prit fin, avec l'été et la rentrée des classes.

Hier soir, on a eu droit, sur Antenne 2, à une resucée de la recette magique : ça s'appelait Double enquête. On retrouvait, dans cette "dramatique", en deux épisodes, présentée comme inédite, les principaux ingrédients du genre : intrigue policière et secrets de famille, le tout mixé dans un scénario délirant et crétin, et interprété par des acteurs de seconde zone qui semblaient tous appliquer le mot d'ordre : surtout, faites-en trop, faites-en des tonnes, c'est ce qui leur plaît,à tous ces cons.

Du temps où j'étais prof , j'avais accepté de tourner, à l'intention de mes collègues débutants, dans un petit film où j'interprétais un examinateur au bac qui accumulait toutes les erreurs à ne pas faire : souffler la fumée d'un cigare dans le nez du candidat, lui faire des réflexions désobligeantes sur sa tenue vestimentaire, etc. etc. De telles dérives ne sont pas aussi rares qu'on pourrait le croire, et elles ne sont guère le fait d'examinateurs débutants. C'est plutôt à quelques vieux briscards des sessions d'oral qu'il aurait fallu montrer ce film !

Eh bien , le feuilleton d'hier, on devrait le montrer dans toutes les écoles de police à des fins pédagogiques, pour montrer toutes les fautes professionnelles à éviter! Dans le domaine de l'incompétence professionnelle, il était difficile d'aller plus loin que ces personnages de policiers qu'on nous montrait dans un état  d'égarement qui  faisait peine à voir. Ils pratiquaient avec constance l'art  de se jeter à tout bout de champ dans la gueule du loup. Maman!

Comme lesdits policiers étaient des policières, l'histoire se retrouvait délicatement parfumée de misogynie. Après tout, elles n'ont que ce qu'elles méritent, ces connes!

Si on avait voulu déconsidérer en même temps  les femmes et la police française, on ne s'y serait pas pris autrement.

L'été, ne regardez pas la télé : lisez!


( Posté par : Jambrun )







2 commentaires:

Polly a dit…

Je me souviens de ce feuilleton et vous avez raison, l'histoire ne tenait pas la route, et la fin (que j'ai complètement oubliée) ne pouvait être que décevante. Pourtant j'aimais ce feuilleton et je le reverrais avec plaisir, pas pour le scenario bien sûr, mais pour l'ambiance qui était attachante. Il y a bien longtemps que je ne regarde plus aucun feuilleton, mais quand je pense à ce qu'on nous a débité dans les décennies suivantes, les Dallas, Dynasty, et tous les soap operas débiles du genre Top Models, eh bien je trouve qu'à côté de ça la Malle de Hambourg était encore un chef d'oeuvre.

Anonyme a dit…

Monsieur

si vous le permettez (mais aprés tout vous le faites en éditant un blog) vous êtes un pédant, dont la suffisance prouve une fois de plus que le chien, et l'animal en général, est supérieur à l'homme.
Car à cette époque Catherine Langeais (qui tenait le rôle du chien) annonçait à propos de cette série " chers téléspectateurs, aprés les frères Lassenave, voici les soeurs Kessler" toute une époque où la vulgarisation de la culture avait encore un sens.
Les chiens aboient, la caravane passe, mais il s'abstiennent toujours de porter jugement sur les voyageurs qui la forment.