vendredi 23 juillet 2010

Un grand théologien

A sa manière, impertinente et truculente, Jean Yanne exposa fort bien naguère un "point de détail" (comme disait l'autre) qui, dans le texte de l'Ancien Testament, ne manque pas d'intriguer.

Il s'agit des enfants de Caïn.

Caïn, on le sait, est l'un  des deux fils d'Adam et Eve.

L'Ancien Testament nous dit que Caïn eut des enfants.

Avec qui?

Jean Yanne résumait fort bien le problème : " Si c'est avec sa mère, disait-il, c'est pas convenable. Si c'est avec son frère (ou son père), c'est pas pratique."

Wikipedia croit s'en tirer en indiquant que Caïn aurait procréé avec le concours d' une fille (non nommée) d'Eve.

Dans ce cas, Caïn aurait fait l'amour avec sa soeur. Et si c'est pas avec sa soeur, ce serait forcément avec sa mère.

Mettons de côté l'humour douteux de Jean Yanne. Ses remarques sont, en tout cas, typiques d'une démarche de critique rationaliste à l'égard du texte biblique. Elles mettent en lumière les conséquences logiques des "lacunes" ou des "inconséquences" bibliques.

Je suppose que Jean Yanne n'est pas le premier à avoir relevé cette bizarrerie.

Si j'étais historien des religions, spécialiste de l'exégèse biblique, elle ne laisserait pas de m'intriguer.

Dans tous les cas de figure, l'histoire des enfants de Caïn suppose un inceste.

Or, dans la plupart des mythologies, les histoires d'inceste ont une place importante (rappelons-nous Oedipe).

On connaît, d'autre part, les accointances du peuple Juif avec l'Egypte pharaonique (voir Moïse). On sait que plus d'un pharaon épousa sa soeur, voire sa mère.

Cette "bizarrerie" biblique suggère aussi, à mon avis, que le texte de la Genèse n'est pas un texte continu écrit d'une seule main, mais un montage de textes d'auteurs différents écrivant à des époques différentes. C'est ainsi, d'ailleurs, que, dès le début, on repère deux récits de la Création différents. Les responsables de ce montage n'eurent pas le souci de gommer les disparités et les incohérences de textes qui, à leurs yeux, appartenaient à des traditions également vénérables et sacrées, et dans lesquels, au demeurant, le surnaturel et le mystère occupaient une place essentielle.

Quelle que soit l'importance des grands textes du monothéisme (Ancien Testament, Nouveau Testament, Coran ) dans l'Histoire de l'Humanité, quel que soit leur intérêt sur un plan largement humain, ils ne cessent de se dérober aux exigences de la raison, tout en se proposant comme parole de vérité. Dans ces conditions, un choix clair s'impose. Le mien est fait, depuis longtemps. Qu'il s'agisse de l'origine du monde ou de celle de l'Humanité, ou des réponses à apporter aux questions morales, je n'attends  pas de ces textes des éclaircissements pertinents et utiles. Ils sont pour moi des témoins d'une étape lointaine et depuis longtemps dépassée de la longue marche de l'Humanité vers la connaissance.

( Rédigé par : Jambrun )

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