mardi 31 août 2010

L'inconnue des pentes Nord

Certaines pentes de la vallée de l'Ubaye, raides et boisées, exposées au Nord, sont bien plus fraîches et fleuries en cette saison (fin août) que la plupart des versants de l'Embrunais, du Queyras ou du Briançonnais. C'est ainsi que j'eus la surprise de rencontrer, au-dessus du beau hameau du Villard, vers 1500m, quelques exemplaires de cette charmante inconnue, que je pris d'abord pour une fleur double, alors que ce que je pris d'abord pour des pétales, d'un beau bleu-mauve, étaient en réalité des feuilles (en voie de flétrissement?), mais différentes des feuilles situées plus bas sur la tige. Ce n'est qu'en examinant le cliché (agrandi) que je me suis aperçu de mon erreur. Une fois de plus, je constate que l'oeil de l'appareil  est souvent moins trompeur que le regard humain. Et pourtant, sur le terrain, je l'ai regardée de près. Le nom scientifique de la belle me reste inconnu.

Une aimable et attentive lectrice me signale que la belle est en réalité un beau : il s'agit du mélampyre des bois, plante herbacée annuelle de la famille des orobanchacées (anciennement scrophulariacées). Quant à mon erreur sur les "feuilles" que je prenais pour des "fleurs", à cause de leur coloris, ce n'était qu'une demi-erreur : il s'agit en réalité de bractées, appendice de nature intermédiaire entre la fleur et la feuille, que leur forme apparente à des feuilles et leur coloris à des fleurs; leur fonction est mal connue; dans certaines espèces, elles serviraient à attirer les insectes pollinisateurs.


( Posté par : Peregrinus )


Huysmans revisité par Boris Vian

On sait que le recours à l'imitation comme stimulant de l'inspiration et source de la création littéraire a été un problème central des doctrines et des pratiques littéraires de la Renaissance à la fin du Classicisme.

On sait peut-être moins que Boris Vian fut, lui aussi, un adepte de l'imitation intelligente, même s'il ne l'a sans doute jamais reconnu. Lecteur sans doute attentif et enthousiaste de Joris-Karl Huysmans, il lui a fait au moins deux emprunts. Le premier est sans doute le plus connu (si tant est qu'il le soit) : c'est le fameux pianococktail de l'Ecume des jours, ce piano inventé par Chick et qui fabrique un cocktail en harmonie avec le morceau de jazz au fur et à mesure qu'on le joue. Dans A Rebours, Des Esseintes a fait construire selon ses plans un orgue qui concocte des liqueurs assorties à l'oeuvre interprétée. C'est encore à un passage de A Rebours que Vian a emprunté le thème d'une de ses plus célèbres chansons : le Blues du dentiste, qu'interpréta Henri Salvador. L'hyocondriaque dandy qu'est Des Esseintes échappe momentanément à son spleen un jour que les douleurs furieuses engendrées par un abcès dentaire le conduisent chez un arracheur de dents. Après avoir gravi les marches souillées de sang et de salive qui conduisent à l'officine de Gatonax  (c'est le nom du "spécialiste"!) il se retrouve renversé brutalement dans un fauteuil et, tandis que l'affreux Gatonax l'y maintient d'une poigne de fer, il lui arrache la dent malade à la tenaille. On ne saura pas si, comme dans la chanson de Vian, Gatonax est, en réalité, plombier! Tel qu'il est raconté par Huysmans, cet épisode de A Rebours n'est pas moins hilarant que le fameux Blues du dentiste. Le plus drôle est que, débarrassé de son chicot et malgré l'énormité de la douleur, Des Esseintes ressort de chez Gatonax tout joyeux , momentanément guéri de sa mélancolie et réconcilié avec la réalité!


( Posté par : Jules de Congourd , avatar eugènique agréé)

Joris-Karl Huysmans

Sagesse

Je me faisais la réflexion qu'au fond, je ne suis pas très éloigné de l'homme dans l'état de Nature tel que le décrit Jean-Jacques dans le Second Discours. Comme lui, en effet, je me reconnais trois besoins majeurs : la nourriture, une femelle, le repos. J'y ajouterais cependant la lecture, la randonnée dans les belles montagnes, et un peu de musique. Voilà, dira-t-on, ce qui fait de moi un individu déjà bien éloigné du pur état de Nature.
Une chose me chiffonne encore dans la définition que Rousseau propose des trois besoins : c'est le singulier. Surtout en ce qui concerne le second. Une femelle? J'aimerais autant plusieurs, et même plusieurs à la fois. Mais en somme, un tel souhait suffirait à lui seul à distinguer l'individu ordinaire que je suis, du Sage...


( Posté par : Jambon )

Jean Jacques Rousseau, pastel par Maurice Quentin de la Tour

lundi 30 août 2010

Forte pensée pour temps de rentrée

" L'école n'a pas de tâche plus importante que d'enseigner la rigueur de la pensée, la prudence du jugement, la logique du raisonnement : aussi doit-elle faire abstraction de tout ce qui ne saurait servir à ces opérations, la religion par exemple. Elle peut même compter que la confusion, l'accoutumance et le besoin humains reviendront détendre plus tard et malgré tout l'arc d'une pensée trop tendue. Mais, aussi longtemps que son influence s'exerce, son devoir est de provoquer l'éclosion de ce que l'homme a d'essentiel et de distinctif : "la raison et la science, vertus suprêmes de l'homme" -- au jugement de Goethe en tout cas."
          Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain , V, 265


Voilà un programme qui n'a rien perdu de son actualité ni de son urgence. Quel dommage qu'il soit si peu au goût du jour...


(Posté par : Homo paedagogicus )

mardi 24 août 2010

La caverne d'Ali-Baba

C'est le printemps. Je croise Douglas à la pharmacie. Il en sortait. Il m'a pas vu. Hyper-concentré qu'il était, comme hypnotisé.

Elle sortait de la pharmacie devant lui. Grande, brune, la peau dorée. Sous les épaules superbes, la taille se resserre adorablement, pour mettre en valeur une croupe magnifique, un cul de jument ondulant, dans le pantalon blanc qu'il remplit à ras bord.

Il se voit incontinent baisser ce pantalon, puis la culotte. Debout au bord du lit, sur lequel elle se penche, elle lui présente sa caverne d'Ali-Baba, odorante et ouverte. Il y plonge le mufle, y enfonce sa langue. Longuement, il lèche, il tète. Il se régale, il se repaît.

Et c'est bien une grotte aux trésors, en effet.

Gonocoques à gogo, chlamydia, candida albicans, herpès et staphylos  dorés à point dans leur coque,  sans oublier cette bonne vieille escherichia coli.

Bon appétit, pépère !

Fin août, j'ai croisé Douglas à nouveau par hasard.

A la pharmacie.


( Posté par : Microbios )





Escherichia coli

Ecrémage

Pour la rentrée littéraire, les éditeurs annoncent quelque sept cents titres inédits, rien que pour le rayon des romans et nouvelles.

De tous ces auteurs qui auront eu le privilège d'être publiés et de voir leur livre proposé aux chalands sur les étals des libraires, combien, à la fin du siècle, auront résisté à l'oubli, une fois le tri effectué par le consensus renouvelé des critiques et des lecteurs? Une poignée, quelques dizaines, tout au plus, en comptant très large. C'est dire la férocité de l'écrémage. Pour la plupart des lecteurs, la si riche littérature française du XIXe siècle -- tous genres confondus --se réduit à une cinquantaine de noms.

La culture ressemble à ces églises de pèlerinage où l'on peut voir, accrochés aux murs, les ex-voto des béquillards miraculés, des marins échappés aux périls de la mer , mais jamais ceux des malades qui en sont morts ni ceux des naufragés qui ont coulé.


( Posté par : Criticosse )

Ex-voto (le Beausset-en-Provence)

dimanche 22 août 2010

Le bonheur de faire la vaisselle

J'ai découvert pourquoi j'aimais faire la vaisselle. C'est presque toujours moi qui fais la vaisselle à la maison. Avec le repassage, c'est ma spécialité. Bien sûr, je considère que ma femme se tape suffisamment de boulot ménager comme ça. Mais ce plaisir de faire la vaisselle est un héritage familial, voire régional. Dans ma famille, j'ai toujours vu les hommes aider les femmes à faire la vaisselle. Les jours de grande réunion de famille, après le repas, c'était toujours un grand remue-ménage autour de l'évier. Quand je suis arrivé dans le Midi, j'ai pu constater que cette habitude y était beaucoup moins présente. Un ami monégasque fut tout étonné de me voir si volontiers manier lavette et torchon. Chez lui, et autour de chez lui, ça ne se faisait pas, les hommes devaient trouver cela au-dessous de leur dignité. 

Et puis, j'aime assurer seul toutes les opérations de la vaisselle. J'aime gérer les deux bacs de l'évier. J'aime gérer l'ordre dans lequel je lave les objets, en commençant par le plus petit, en finissant par le plus gros. J'aime décider du moment où je vais changer l'eau. J'aime l'alternance d'eau chaude et d'eau froide. La vaisselle est une opération à la fois sensuelle, joyeuse et intellectuelle. Tout repas, surtout si les convives sont nombreux et les plats variés, génère une entropie considérable : casseroles, poêles, assiettes, verres et couverts, s'amoncellent en piles hétéroclites et souillées. C'est alors qu'il faut faire preuve de méthode, de patience et de persévérance. Peu à peu, le désordre recule, les objets nettoyés rejoignent la place prescrite, la propreté gagne du terrain. La vaisselle  est un combat plein de gaieté, un combat pour la bonne cause. Il faut faire preuve de qualités opposées, être à la fois preste et précautionneux, méthodique, mais avec un brin de fantaisie, car la vaisselle est aussi un art du spectacle, pas très loin du ballet. Sans  me prendre pour le Nijinsky du torchon, j'ai connu des moments de gesticulation véritablement inspirée.

La vaisselle s'ordonne en une chorégraphie dense et complexe. C'est fou ce qu'en peu de temps on peut faire de gestes et accomplir d'actions; aucun temps mort; on ne s'ennuie pas. Sans compter qu'à la vaisselle proprement dite s'ajoutent des tâches annexes: rangement du frigo, nettoyage de la cuisinière, coup de balai, passage de serpillère, récurage de l'évier. Le tout dans un espace restreint, mais occupé et aménagé de façon complexe. Il s'agit de s'y mouvoir avec efficacité et, si possible, avec grâce, de tout prévoir, de ne rien oublier... A toute personne dépressive, je recommanderais de pratiquer assidûment l'exercice de la vaisselle et des tâches associées. D'autant plus qu'on peut chanter en faisant la vaisselle. Je dispose personnellement d'un répertoire assez vaste, allant des  vieux standards du jazz à l'opéra et aux mélodies pour baryton (ou pour soprano, adaptées par mes soins à la tessiture du baryton). Devant mon évier, je danse et je chante. Je suis le Fred Astaire, le Gene Kelly de la vaisselle. D'ailleurs, si je me souviens bien, il y a, dans Chantons sous la pluie, une scène de vaisselle. On peut aussi jongler. J'ai fait quelques tentatives dans ce sens.

Une session de vaisselle doit être rondement menée. On a intérêt à la boucler en un laps de temps calculé au plus juste. On n'a pas que ça à faire. La vaisselle doit être considérée comme une mise en jambes, un préliminaire à d'autres activités : grimper un sentier de montagne, faire l'amour, lire, cueillir des figues ou des prunes, faire une partie de rami, écrire sur son blog un article sur la vaisselle.

L'introduction du lave-vaisselle représente évidemment, dans cette perspective, un recul de la civilisation. Je n'aurai jamais de lave-vaisselle chez moi.


( Posté par :  Jacob Belafonte, avatar eugènique agréé )

Jean Siméon Chardin, Nature morte (1760)

vendredi 20 août 2010

"L'enterrement à Ornans", de Courbet : le choix du format

Le choix du format du tableau est, pour un peintre, uns des paramètres essentiels de sa création. Certains peintres (Paul Klee par exemple) ont une préférence marquée pour les petits formats, d'autres ont besoin de beaucoup plus de place pour donner la mesure de leurs dons. La première fois que j'ai vu Un enterrement à Ornans, de Gustave Courbet, au Musée d'Orsay, j'ai été stupéfait. Jusqu'à ce moment, je ne connaissais l'oeuvre que par des reproductions dont les dimensions atteignaient au plus celles d'un livre d'art de grand format. Quand j'ai vu cette toile immense (plus de 6m de long sur 3 de haut), j'ai pu mieux la comprendre. Pour une scène de la vie quotidienne dans une petite ville, presque un village, Courbet choisit un format réservé jusque là aux "grands" sujets (histoire, mythologie...). Du coup, ces villageois, ce curé, assemblés autour d'une tombe,  acquièrent une monumentalité, une stature tragique impressionnantes. La force, la rudesse de cette scène, presque violente dans son immobilité, doivent beaucoup aussi à la frontalité, à la maîtrise avec laquelle les couleurs sont réparties. Mais le format contribue fortement à conférer à l'oeuvre la valeur d'un manifeste de la peinture moderne ainsi que sa charge d'humanité, indissociable de son sens politique.

Sens politique... Lorsque le tableau fut exposé pour la première fois, la critique bien pensante se déchaîna contre cette oeuvre qu'elle jugeait triviale, vulgaire, ignoble! Comment pouvait-on peindre des gens si laids? Ces gens si laids n'étaient autres que les concitoyens de Courbet à Ornans; beaucoup d'entre eux ont d'ailleurs pu être identifiés. Ils sont vus ici de face, à quelques mètres, et ils sont peints grandeur nature. Celui qui les peint est un d'entre eux, il est avec eux. Ce que peint Courbet, c'est la réalité et la vie telle qu'elles sont, dans leur dignité rude, sans chichis. Et il le fait juste après la Révolution de 1848, juste avant le coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte. Son art est une arme dans un combat idéologique et politique.

Quand j'ai vu le tableau à Orsay, il était accroché à une certaine hauteur, si bien que le spectateur voyait la scène, en quelque sorte, "en contre-plongée". A mon avis, c'était une erreur. Il faut voir ce tableau comme l'artiste l'a peint : à hauteur d'homme.


( Posté par : J.-C. Azerty , avatar eugènique agréé )

Gustave Courbet, Un Enterrement à Ornans  (Musée d'Orsay)

jeudi 19 août 2010

Eve Hanska et les huîtres

A la mort de son grand homme, Eve Hanska feuilleta pour la première fois ce carnet de travail qu'il appelait son "garde-manger". Elle tomba sur cette réflexion :

" Les grands hommes sont comme les rochers de la mer. Il ne peut s'y attacher que des huîtres."

En marge, l'Etrangère, s'apercevant sans doute que, malgré le mariage,  elle l'était un peu restée, nota :

" Je suis donc une huître ".

Et quand bien même. Il vaut déjà bien mieux être une huître qu'une moule.


 Pensées, sujets, fragmens, le carnet que tint Balzac de 1830 à 1847, sera bientôt exposé au Musée des lettres et manuscrits (Paris, 7e)


( Posté par : Jambrun )


Huitres, par Edouard Manet (National Gallery of Art, Washington)

mercredi 18 août 2010

Nietzsche et l'art de l'interprète

" Le pianiste qui exécute l'oeuvre d'un maître aura joué le mieux possible s'il a fait oublier le maître et donné l'illusion qu'il racontait un événement de sa vie ou qu'il vivait juste alors un grand instant. Certes, s'il n'est rien lui-même que d'insignifiant, tout le monde maudira cette loquacité avec laquelle il nous entretient de sa vie. Il lui faut donc savoir séduire l'imagination de l'auditeur. C'est par là que s 'expliquent à leur tour toutes les faiblesses et les extravagances de la virtuosité"
Friedrich Nietzsche, Humain trop humain, IV, 172 (traduit par Robert Rovini)

Peu des grands artistes qui ont marqué l'histoire de l'interprétation au piano depuis le début du XXème siècle souscriraient, j'imagine à ces lignes de Nietzsche. Tout l'effort des grands interprètes a été, au contraire, de tenter de se faire oublier pour laisser toute la place au maître. Cette remarque de Nietzsche, du reste, semble tributaire de l'image que certains interprètes de son époque -- interprètes d'ailleurs de leurs propres oeuvres --comme Chopin, et surtout Liszt -- ont donnée du pianiste virtuose. Aujourd'hui, ces "extravagances de la virtuosité" dont parlait Nietzsche sont fuies par les interprètes autant que par les mélomanes. J'ai encore dans l'oreille l'interprétation des Variations Diabelli par Rudolf Serkin, dans un concert radiodiffusé. Ce n'était pas Serkin que j'avais l'impression d'entendre, mais véritablement Beethoven, improvisant pour moi cette oeuvre extraordinaire. J'avais la sensation d'être introduit par l'interprète dans l'atelier du compositeur en train d'inventer une musique véritablement inouïe. Pourtant, les Variations Diabelli, pas plus que le autres oeuvres de Beethoven, ne sont une oeuvre improvisée, mais le résultat d'un travail acharné. Le génie de l'interprète avait été, ce soir-là, de retrouver sans doute l'inspiration première de la partition.
Comme toute oeuvre d'art, littéraire ou picturale, une composition musicale n'existe que parce qu'un lecteur / interprète lui donne vie, lui donne une nouvelle vie. Mais la particularité de l'oeuvre musicale est qu'elle n'existe vraiment qu'à la faveur d'une double interprétation, que grâce à l'intervention de deux médiums associés : celle du pianiste (du violoniste, etc.), mais celle aussi de l'instrument, qui, lui aussi, est un interprète. L'interprétation musicale partage cette particularité avec l'interprétation théâtrale, où l'acteur propose, lui aussi, son interprétation par le médium d'un instrument : son propre corps. Or l'instrument (violon, piano pour le musicien, corps pour l'acteur) sans doute consent à dire ce que l'interprète veut lui faire dire, mais il dit encore beaucoup d'autres choses, que l'interprète ne contrôle que très partiellement. Il est troublant que la "vérité" de Racine ou de Koltès ne passe pas seulement par le texte ni seulement par la voix de l'acteur (la voix, instrument lui-même très partiellement maîtrisé, et qui, de toute façon, impose sa façon toute charnelle d'exister), mais par tout son corps.


( Posté par : Sébastien )

Rudolf Serkin



lundi 16 août 2010

Derain et la danse des arbres

André Derain a beau avoir été, pendant cinquante ans, un des plus brillants peintres français, sa renommée, en France du moins, reste discrète. Il continue peut-être de payer l'étiquette de collaborateur que lui valut le fait de s'être laissé courtiser par les responsables de la propagande allemande. Mais l'oeuvre est passionnante, comme en témoigne cette toile de 1905, Arbres à Collioure.

Ne pas savoir regarder les arbres constitue à mes yeux, pour un peintre, et d'ailleurs pour tout être humain, une infirmité rédhibitoire. Tout arbre a une personnalité. Tout arbre est un danseur (ou une danseuse) immobile, et d'ailleurs pas immobile du tout; de temps en temps, il  se repose, c'est tout. Dans cette toile de Derain, chaque arbre a sa personnalité, et chaque arbre danse. Chacun danse sa propre danse.



( Posté par : La grande Colette sur son pliant )


Vive l'amour platonique !

On sait que l'amour platonique est un amour spiritualisé, d'où les relations charnelles sont exclues. On s'extasie des belles qualités et des vertus de la personne aimée, mais on évite le contact. On se contente de relations à distance, épistolaires de préférence (ou, à notre époque moderne, par e-mail), d'autant plus passionnées et durables qu'on se garde de se rencontrer pour passer à l'acte.

Eh bé, l'amour platonique, c'est vachement bien. Surtout à mon âge. D'abord, ça évite les fatigues excessives, et ça vous dispense de multiplier les explications vaseuses en cas de panne d 'érection. Et puis, en se contentant d'échanger des missives plus enflammées les unes que les autres, on ne dérange pas ses petites habitudes, et, à mon âge, forcément, j'ai accumulé les petites habitudes, auxquelles je ne renoncerais pour rien au monde. Enfin --et, en période de crise et de restrictions, c'est un point à considérer -- l'amour platonique coûte bien moins cher. J'ai fait mes comptes, et j'ai vite  vu que, si je ne me contentais pas d'une relation purement platonique avec Caroline, eh bé, un amour non platonique avec elle allait vite me coûter bonbon en sorties, hôtel et cadeaux. Je me suis dit aussi qu'en me contentant de complimenter Caroline par écrit et de faire mousser (je sais faire) toutes les excellentes raisons que j'ai de l'aimer et toutes les merveilles que je ne cesse de découvrir en elle, j'évite soigneusement d'avoir à vérifier de visu et de auditu si la Caroline réelle est à la hauteur de la Caroline fantasmée. Si  d'aventure je découvrais que ce n'est pas le cas et que, du coup, mes ardeurs retombaient (déjà qu'avec mes pannes d'érection, c'est pas gagné), quelle déception et quelle amertume, quelle rancoeur même, pour les deux partenaires, et quelles complications en perspective!

Sans compter que l'amour platonique se révèle, à l'usage, un incomparable outil de perfectionnement intellectuel et moral. En le pratiquant assidument, on découvre en soi et on fortifie un trésor de générosité,  de désintéressement, de délicatesse, de finesse -- autant de qualités qu'on serait bien en peine de traduire en actes si, dans la réalité vécue, la chérie s'avisait de vous sommer de lui en administrer des preuves concrètes. Moi, par exemple, depuis que j'ai commencé à pratiquer (pas encore suffisamment) l'amour platonique, j'ai fait de grands progrès dans le maniement de la langue française.

Inutile de rappeler combien une pratique à grande échelle de l'amour platonique aurait contribué à faire reculer la faim dans le monde et les maladies vénériennes, à diminuer les problèmes suscités par la pollution, la raréfaction des ressources naturelles etc... etc.

Vive l'amour platonique qui, comme la pile Wonder, ne s'use que si l'on s'en sert !


( Posté par : Babal )

Qu'y sont cons, ces Russes !

Lu sur Internet ce titre : "Après la canicule, la Russie frappée par des orages et des vents violents". Avec, en prime, une photo d'une ville russe avec de la flotte partout.

Qu'y sont cons, ces Russes! non, mais qu'y sont-t-y donc cons!

Tiens, j'en tousse de rire. C'est vrai qu'y m'en faut peu.


Ce post a reçu le prix du post le plus nul toutes catégories des mains d'un jury composé de moi-moi. (20/01/2012)


( Rédigé par : Momus )

dimanche 15 août 2010

Contre-productif

Assomption. Comme chaque année, en ce matin du 15 août, l'archiprêtre a organisé une procession dans les rues du village. Départ de la Collégiale et retour. En tête après la grande croix de rigueur, ballotte mollement, sur un brancard, une statue de la Vierge en plâtre blanchâtre du plus mauvais goût, qu'on a dû aller pêcher dans un placard de la sacristie. Suit l'archiprêtre, débitant d'une voix de châtré un cantique gnangnan, comme on n'ose plus en chanter dans les églises depuis au moins quarante ans, repris en choeur par une cinquantaine de paroissiens dont on se demande si la mine accablée est à mettre au compte de la chaleur ou de la gêne d'avoir à déambuler devant leurs concitoyens, dont quelques uns, sur les trottoirs, ne se gênent pas pour ricaner bassement. "Tiens, les rats sont sortis de leur trou", commente un sexagénaire bedonnant. Décidément, la France n'est plus la fille aînée de l'Eglise.


Joris-Karl Huysmans,   La Cathédrale



( Posté par : John Brown )

Bannière de l'Assomption. Si encore l'archiprêtre s 'était débrouillé pour en dégoter une aussi regardable...

samedi 14 août 2010

Elle et lui

Lui  -  Mais je suis vieux, laid, égoïste, avare, et d'ailleurs pauvre, homosexuel à mes heures, impuissant...
           Et marié, de surcroît !  Et en plus, j'ai quatre maîtresses!

Elle -  Personne n'est parfait.


( Posté par : Linda )



Billy Wilder, Some like it hot

Zone inondable

Au printemps dernier, cette ville du Midi de la France, en grande partie construite en zone inondable, avait été dévastée par le débordement furieux de la petite rivière qui la traverse.

Les habitants passèrent le plus clair de l'été à nettoyer et à réparer les dégâts.

Au premier orage d'automne, tandis que les rares derniers touristes fuyaient en hâte vers le nord, une bonne partie de la population de la ville se retrouvait sur les toits. On manqua de parapluies.

Et l'automne ne faisait que commencer.

Ce que c'est que d'habiter en zone inondable. Forcément, ça vous rend nerveux.

L'alerte passé, il y eut quelques membres cassés et un crâne fracassé. Peut-être qu'on aurait pu se contenter d'embarquer dans le canot pneumatique qu'on emporte à la plage, en attendant une hypothétique mise à flot.


( Posté par : Guy-le-Mômô )


jeudi 12 août 2010

Livres de chevet : " Pavot et mémoire ", de Paul Celan

Paul Celan, Pavot et mémoire.

Je l'avais emprunté dans une bibliothèque, en me promettant de l'acheter, estimant ne plus pouvoir me passer de ce livre-là : trop de mystère; trop de difficultés; trop de beautés; trop d'attractive puissance. Et puis, d'autres rencontres me l'ont fait oublier, d'autres attractions ont fait dévier ma trajectoire. Le goût des livres a ceci de commun avec celui des femmes qu'une nouvelle rencontre, exerçant à son tour un attrait puissant, vous fait oublier la précédente...
Pourtant survivent des fidélités. Ce sont ces livres qu'on appelle "de chevet". Comme Ulysse, à portée de ma main sur une étagère. Aurai-je le temps d 'une troisième lecture intégrale, à nouveau dans la belle traduction de Jacques Aubert? Suivrai-je encore jusqu'au bout les errances de Bloom? Entrerai- je un peu plus dans la compréhension de ce livre difficile, encore souvent pour moi énigmatique?
 Ils sont tous là, si nombreux, sur les rayonnages autour de moi, dans une entropie toujours renaissante, qui n'est pas signe de froid mortel, mais de chaleur vivante.. Béatrix... Relire Béatrix avant les pissenlits. Ce n'était pas une urgence il y a dix ans, ça l'est devenu. Le problème avec la passion de la littérature, c'est que tout choix est douloureux, entre ce qu'on ne connaît pas encore, et ce qu'on voudrait connaître à nouveau. Baudelaire chante discrètement dans mon dos, sur la tablette du fond (pour l'atteindre, il faut déranger tous les volumes qui le masquent). Faulkner attend son heure, et Conrad, bien sûr. Relire Nostromo dans la traduction de Le Moal, sûrement supérieure à celle de Néel, c'est important.

Barques chargées de souvenirs, d'émotions et d'énigmes, toujours prêtes à appareiller.

Aucun autre amour ne m'aura fait vivre une telle continuité d'émotions, de joies, sans aucune ombre. Aucun autre n'aura su conjuguer, comme lui, passion et sérénité.

Bien  sûr, il y a l'extase, entre les cuisses de Caroline.
Bien sûr, il y a la rencontre des êtres bons, de ceux dont la beauté vous change la vie, rayonnant modèle. La bonté de ceux qui vous avouent avoir encore plus mal dans le corps des autres que dans le leur. Michaux l'a dit, dans un texte qui rayonne toujours pour moi. Mais elle, c'est pour moi qu'elle l'a dit.

Mais, à sa juste place, la passion de la littérature est une passion honorable.


( Posté par : J.-B. Pontozanne )

lundi 9 août 2010

Lectures, chroniques du New-Yorker (George Steiner)



Il est rare que l'article d'un critique nous plonge dans une admiration sans réserve et que son texte nous paraisse aussi remarquable que le livre dont il parle, quand ce livre est lui-même remarquable. Nous lisons le plus souvent les articles des critiques, même talentueux, comme autant d'introductions utiles, destinées, le plus souvent, à être rapidement oubliées.
Rien de tel quand le critique s'appelle George Steiner. Lecteur exemplairement attentif, perspicace, sensible et cultivé, il est aussi un admirable écrivain. Ses textes ne sont jamais aussi beaux que lorsqu'il parle d'un livre et d'un auteur qu'il admire et il prouve alors la supériorité de la critique dans une attitude d'empathie avec son objet. C'est le cas dans le texte qu'il consacre à l'écrivain sarde  Salvatore Satta et à son roman, Il Giorno del Giudizio. Dire tant de choses avec tant de justesse et de pouvoir d'évocation, dans l'espace de quelques pages, cela est d'un grand maître.

J'ignorais tout de Salvatore Satta et de son oeuvre. Maintenant que j'ai lu ce que dit de lui  Steiner, je vais me précipiter chez mon libraire! Et filer en Sardaigne, toutes affaires cessantes!

Pendant trente ans (de 1967 à 1997) George Steiner donna au New Yorker  pas moins de cent trente chroniques. Ces articles viennent d'être réunis, dans des traductions apparemment  bonnes de Pierre-Emmanuel Dauzat (malgré un petit nombre d'équivalences plutôt étranges ou incompréhensibles), et publiés chez Gallimard.

Tout le livre, ou presque, est du niveau de ce compte-rendu brillantissime du roman de Satta. Au hasard : la rencontre manquée (d'un cheveu), dans une réception londonienne, entre Malraux et un éminent historien de l'art (non nommé) qui avait démoli, arguments imparables à l'appui, les vaticinations du Maître; le bref récit qu'en fait Steiner est à mourir de rire. Ou encore, le compte-rendu du livre d'Albert Speer, qui fit partie du premier cercle des favoris du monstre, et qui paya de vingt années d'enfermement à Spandau sa "gestion" des travailleurs esclaves. Dans ce que retient Steiner du livre, il y a cette anecdote :
"Seize ans passèrent avant que Speer, à la faveur d'une bienveillante inadvertance, se retrouvât seul avec sa femme. Trop hébété, il ne parvint pas même à lui effleurer la main".
Ces quelques pages, écrites par un homme qui ne dut de survivre, lui et sa famille, qu'à la clairvoyance et à l'esprit de décision de son père, sont exemplaires d'humanité et de noblesse.

Parmi les rares scories du livre, je note cette allusion à Mort à crédit, classé avec Bagatelles pour un massacre parmi les livres de Céline à oublier. Ou bien il ne l'avait pas lu (ce dont je doute), ou bien il faut mettre cette remarque au compte d'une erreur de référence... Mais, même quand on n'est pas d'accord avec lui (à propos de Cioran, par exemple), ses arguments sont à prendre en considération.

Un  recueil magnifique,  indispensable, comme le sont la plupart des livres de l'auteur des Antigones (Folio Essais), un des intellectuels les plus brillants de notre temps.

George Steiner, Lectures, chroniques du New Yorker, introduction de Robert Boyers, traduction de Pierre-Emmanuel Dauzat  / Gallimard, collection "Arcades"

( Posté par : La grande Colette sur son pliant )



George Steiner

Sur une observation de Nietzsche

Notons que, dans cette remarque 58 de la deuxième section de Humain, trop humain, Nietzsche ne pose évidemment aucune règle mais se borne à formuler quelques observations logiquement liées, dans le droit fil des aphorismes de ces moralistes français qu'il aime tant ( La Rochefoucauld, Chamfort)

" L'amour, tel qu'il existe dans la Société, n'est que l'échange de deux fantaisies et le contact de deux épidermes. "   
(Chamfort)


( Posté par : Delphine )

dimanche 8 août 2010

Ce que l'on peut promettre (suite)

Nietzsche poursuit :

" La promesse de toujours aimer quelqu'un signifie donc : aussi longtemps que je t'aimerai, je te le témoignerai par des actes d'amour; si je ne t'aime plus, tu n'en continueras pas moins à être de ma part l'objet des mêmes actes, quoique pour d 'autres motifs : de sorte qu'il persistera dans la tête de nos semblables l'illusion que l'amour demeure inchangé et pareil à lui-même. -- On promet donc la continuité des apparences de l'amour lorsque, sans s'aveugler soi-même, on jure à quelqu'un un éternel amour ".

Le passage que je souligne ne peut se comprendre que si l'on admet que Nietzsche songe à une situation comme le mariage ou comme une liaison "officialisée" (telle que celle qui a uni pendant des années Zola à sa maîtresse). Ce me suggère cette remarque de Nietzsche, c'est que, tant que ce lien n'est pas officiellement dénoncé par l'un des deux ou par les deux partenaires, celui ou celle qui a fait (parfois il y a bien des années) une promesse d'amour reste engagé par cette promesse, et devrait se faire une règle de l'honorer, au moins par ses actes, même si l'amour n'existe plus. Autrement, s'il ne s'en estime pas capable, il s'en va.

On pourrait penser que Nietzsche exprime ici une position sceptique et cynique: on ne peut fonder une vie, une relation, sur des sentiments, nécessairement fragiles, éphémères, fugaces; ce qui compte, c'est de sauver les apparences, seule façon de sauver une continuité et une durée.
Mais je pense que ce serait en rester à une compréhension admissible, certes, mais superficielle. Au vrai, cette description par Nietzsche du sens et des implications de la promesse d'amour n'est pas seulement logique et claire; elle recèle potentiellement une grande beauté et une grande noblesse. Sa remarque  peut conduire à exclure de sa vie les petits arrangements, la chèvre et le chou ménagés, la mesquinerie et la bassesse où vous conduisent nécessairement les choix qu'on remet toujours à plus tard. Dans ces lignes, la rigueur philosophique informe avec éclat la vie courante. A condition, évidemment, de tirer une règle de vie de ce qui se présente comme une observation. Nietzsche, observateur critique des comportements moraux, se garde bien d'édicter lui-même des règles.

"...si je ne t'aime plus..." ..
... à moins que je ne t'aime toujours....   " quoique, comme écrit le philosophe, pour d'autres motifs..."

Pour leur anniversaire, qui, par un heureux hasard, tombait le même jour, chacun offrit à l'aimé un  même cadeau emballé dans un papier kraft des plus sobres sur lequel était simplement écrit : "Je t'aime". A l'intérieur, ils découvrirent les pièces d'un puzzle d'une complexité vraiment infernale. Cinquante ans plus tard, ni l'un ni l'autre n'était parvenu à le reconstituer.


( Posté par : Delphine )

Ce que l'on peut promettre

" On peut promettre des actes, mais non des sentiments; car ceux-ci sont involontaires. Qui promet à l'autre de l'aimer toujours ou de le haïr toujours ou de lui être toujours fidèle promet quelque chose qui n'est pas en son pouvoir; ce qu'il peut pourtant promettre, ce sont des actes qui sont d'ordinaire, sans doute, les suites de l'amour, de la haine, de la fidélité, mais peuvent aussi bien découler d'autres motifs; car les motifs et les voies sont multiples qui mènent à un même acte. "

Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain, II, 58
(traduction de Robert Rovini, Folio-Essais)


( Posté par : Delphine )

jeudi 5 août 2010

La masse, c'est grave !

Rien de plus excitant (pour moi du moins) que le problème de la masse. La notion de masse est pour moi une des plus abstraites qui soient. Différence entre masse et poids, entre masse grave et masse inertielle, entre masse et quantité de matière... Ce qu'on voit, dans l'expérience courante, ce qui est tangible, c'est la quantité de matière. Et l'expérience du poids est concrètement vécue à chaque instant. Mais la masse , elle, ne peut être appréhendée que par l'intercession de définitions abstraites.

Est-ce que la masse existe, seulement? Aux dernières nouvelles, peut-être pas, sinon de façon indirecte... Les hypothèses font rage, surtout depuis qu'est entré en service le fameux LHC, qui a plongé dans une excitation de puce historique -- qu'est-ce que je dis... hystérique! -- l'élite mondiale des physiciens. On va voir ce qu'on va voir... ou ne pas voir!

Il y a intérêt à ce que l'on voie quelque chose, d'ailleurs, et, si possible, quelque chose de nouveau, sinon, dans l'avenir, la chasse aux bailleurs de fonds sera autrement plus ardue que la chasse au boson de Higgs !

E=mc2. L'équation la plus célèbre de la physique nous  enseigne qu'à chaque instant la masse est convertible en énergie. Et réciproquement. L'énergie, c'est intégralement de la masse. La masse, c'est intégralement de l'énergie. Plus l'énergie est grande, plus la masse est grande, et réciproquement. Pas d'énergie, pas de masse.
Un radiateur électrique allumé dissipe de l'énergie dans l'espace sous la forme de rayonnement infra-rouge. Donc, il perd de la masse. Mais, prétendent d'aucuns, le photon n'a pas de masse! Damned! Pourtant, répondrai-je, en Candide de la physique que je suis, il faut bien qu'il ait une masse, sinon, il n'aurait pas d'énergie. Un photon gamma est infiniment plus énergétique qu'un photon infra-rouge, donc sa masse est infiniment plus grande. Un photon sans énergie, en revanche, serait effectivement  un photon sans masse. Mais  peut-on concevoir un photon sans énergie? Un monde de photons sans énergie (donc sans masse) serait un monde de non-photons, de photons morts, le monde de l'entropie, le monde de la nuit éternelle, de l'immobilité éternelle, du froid absolu, de la mort absolue. Un photon ne peut se concevoir sans énergie.  En fait, l'équation d'Einstein implique que la masse d'un photon n'est pas autre chose que son énergie. Sa masse, c'est son énergie.
Dans la théorie d'Einstein, la masse ne peut se concevoir sans l'énergie et toutes deux sont fonction de la vitesse. L'équation d'Einstein nous donne la clé triple et unique du réel et de la vie. E=mc2...Fiat lux!

Paru dans le numéro de juillet/août 2010 de l'excellente revue Etudes (vive les Jésuites!) un article d'Etienne Klein, un des meilleurs spécialistes  français, fait le  point, de façon abordable, sur la question de la masse, dans la perspective du programme de recherches du LHC..

Le LHC, une nouvelle ère pour la physique, par Etienne Klein, revue Etudes (juillet/août 2010)

 ( Posté par : SgrA° )

lundi 2 août 2010

Un métaphysicien de dix ans

Je devais avoir dix ans. C'était dans la voiture des parents, un matin, dans les environs de la Mure, en été. Je me souviens même que c'était dans une longue descente, avec un grand virage au bout qui remontait à gauche la pente.

Le problème que j'agitais dans ma petite tête était celui de l'existence de Dieu. Au bas de la descente, j'avais définitivement conclu, de l'absence de preuves de son existence, que Dieu n'existait pas.

Depuis, ma position n'a guère changé. Tout le monde sait que ni la nature ni les plus grands philosophes n'ont jamais fourni de preuve irréfutable de l'existence de Dieu. Certains philosophes et théologiens ont imaginé des preuves fort ingénieuses, mais elles n'ont jamais convaincu personne. Croire en Dieu implique toujours un acte de foi, non un recours à la raison.

Rien ni personne n'a jamais prouvé non plus que Dieu n'existait pas. Mais, comme on sait, s'il est presque toujours possible de prouver que quelque chose existe (généralement par l'observation et l'expérience), il est pratiquement impossible de prouver que quelque chose n'existe pas.

Cependant, de la constatation que ni la nature ni les hommes ne m'ont jamais fourni le moindre début d'une preuve de l'existence de Dieu, je tire une présomption : je présume qu'il n'existe pas. Je présume qu'aucune forme de surnaturel n'existe. Cette présomption est très forte.

De cette présomption, je tire un postulat. On sait ce qu'est un postulat en mathématiques. C'est une proposition dont on ne peut démontrer qu'elle est vraie, mais qu'on pose comme vraie. Elle reste non démontrée, mais elle permet de démontrer autre chose.

Je pose donc le postulat suivant : ni Dieu (le dieu des religions monothéistes) ni aucune forme de surnaturel n'existe.

A la lumière de mon postulat, j'entreprends de comprendre le monde qui m'entoure, mon existence, et de conduire ma vie.
Je constate que ça marche. Je n'ai pas besoin de Dieu pour comprendre la nature ni pour comprendre mon existence. La science, l'observation , l'expérience, sont là pour ça. Je n'ai pas besoin de Dieu pour régler mes rapports avec mes semblables ni avec le monde : la raison, appuyée sur l'observation et  l'expérience, est là pour ça. Je n'ai pas besoin de Dieu pour définir des règles de comportement, c'est-à-dire des règles morales.

L'hypothèse de l'existence de Dieu ne m'a jamais servi à rien. Le postulat de sa non-existence m'a été, au contraire, fort utile, et continue de l'être. Je peux même dire que toute ma vie s'est construite à partir de et à la lumière de ce postulat. Le gamin qui, en ce matin d'été, dans la voiture de papa-maman, concluait tranquillement à la non-existence de Dieu, ne se rendait pas clairement compte que, sur cette conclusion, toute sa vie serait fondée et développerait sa singularité.

Les physiciens connaissent bien ce problème. Ce fut, à la fin du XIXème siècle, le problème de l'éther. A cette époque, la plupart des physiciens supposaient que, pour expliquer la pesanteur, le mouvement des astres, il était nécessaire de poser l'existence d'une substance invisible et subtile : l'éther. Personne n'a jamais réussi à démontrer que l'éther n'existait pas. Mais un jour, on  découvrit qu'on  pouvait et qu'on devait se passer de lui pour expliquer l'Univers. Et l'éther fut pour toujours relégué au placard des hypothèses sans utilité ni avenir parce que sans appui dans la réalité.

Je suis un athée heureux, tranquille et (je l'espère) conséquent. Et être conséquent dans son athéisme , c'est ce qu'il y a de plus difficile. C'est une vraie tâche. Exaltante. Dans les Mots, Sartre se félicite d'avoir pincé l'Eternel dans les caves et de l'en avoir expulsé. C'est en effet le devoir et la tâche ardue de tout athée conséquent de faire le ménage dans ses caves. Dieu s'y cache en effet, et Dieu est tout aussi nocif que le gaz radon.


( Posté par : John Brown )

Rêve



J'ai rêvé qu'au jour du jugement Dernier, au moment de faire le bilan de ma vie sexuelle,  et en raison du  caractère résolument cochon de mes confidences, le Bon Dieu décrétait le huis clos.


( Posté par : Momus )

dimanche 1 août 2010

La plus haute et la plus belle des passions

" Enfin, pour conclusion de cette morale, je m'avisai de faire une revue sur les diverses occupations qu'ont les hommes en cette vie, pour tâcher à faire choix de la meilleure; et sans que je veuille rien dire de celles des autres, je pensai que je ne pouvais mieux que de continuer en celle-là même où je me trouvais, c'est-à-dire que d'employer toute ma vie à cultiver ma raison, et m'avancer, autant que je pourrais, en la connaissance de la vérité, suivant la méthode que je m'étais prescrite. J'avais éprouvé de si extrêmes contentements, depuis que j'avais commencé à me servir de cette méthode, que je ne croyais pas qu'on en pût recevoir de plus doux, ni de plus innocents en cette vie; et découvrant tous les jours par son moyen quelques vérités, qui me semblaient assez importantes, et communément ignorées des autres hommes, la satisfaction que j'en avais remplissait tellement mon esprit que tout le reste ne me touchait point."

René Descartes, Discours de la méthode (Troisième partie)


Portrait de Descartes, par Frans Hals