lundi 27 décembre 2010

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” Bien qu’il ne sache rien de sa vie, Jed fut un peu surpris de voir Jasselin arriver au volant d’une Mercedes Classe A. La Mercedes Classe A est la voiture idéale d’un vieux couple sans enfants, vivant en zone urbaine ou périurbaine, ne rechignant cependant pas à s’offrir de temps à autre une escapade dans un hôtel de charme; mais elle peut également convenir à un jeune couple de tempérament conservateur — ce sera souvent, alors, leur première Mercedes. Entrée de gamme de la firme à l’étoile, c’est une voiture discrètement décalée; la Mercedes berline Classe C, la Mercedes berline Classe E sont davantage paradigmatiques. La Mercedes en général est la voiture de ceux qui ne s’intéressent pas tellement aux voitures, qui privilégient la sécurité et le confort aux sensations de conduite — de ceux aussi, bien sûr, qui ont des moyens suffisamment élevés. Depuis plus de cinquante ans — malgré l’impressionnante force de frappe commerciale de Toyota, malgré la pugnacité d’Audi — la bourgeoisie mondiale était, dans son ensemble, demeurée fidèle à Mercedes.”

(Michel Houellebecq La Carte et le territoire , page 355 


Eh bien, moi qui roule au volant d’une Citroen ZX break millésime 1996 et qui ne rechigne pas à m’offrir une fois par an une semaine au Camping des flots bleus, eh bien moi, ça me fait rêver.

Il serait intéressant de savoir si, pour écrire cette page, Michel Houellebecq a été — comme aurait dit l’agité du bocal — “payé” (par l’industrie automobile allemande).

Au fait, ça me fait penser que, pour écrire la page 355 de mon nouveau roman, “le Prospectus et le Concessionnaire”, faut que je passe chez Citroen voir s’il leur en reste, des prospectus du break ZX modèle 1996 (avec barres de toit).

Et puisque j’en suis au rayon réclame, je ne saurais trop conseiller à Michel Houellebecq de se faire offrir pour le Nouvel an un exemplaire du  Bescherelle  (édition 2011). Parce que “Bien qu’il ne sache rien de sa vie, Jed fut un peu surpris…”, ça concorde médiocrement. Je sais bien que, comme le fit remarquer Raymond Queneau, les subjonctifs imparfaits du type “que je visse…”, “que je susse…”, n’ont pas résisté aux plaisanteries les plus élémentaires, n’empêche qu’une phrase comme celle-là peut vous faire louper un prix Goncourt. 

Houellebecq en écrira ce qu'il voudra, la Mecedes Classe A C ou E, ça ne vaudra jamais la 300 SL.

Mercedes 300 SL (1954)

Je précise que je n'ai pas été payé par Mercedes.

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