samedi 22 janvier 2011

Glissez, mortels, n'appuyez pas

Parmi les reproches que je puis me faire et les défauts que je me trouve, il en est un que je crois bien avoir été le pire de tous : être lourd. Lourd. Tellement lourd. Lourd et opaque. Si pauvre en subtilité. D'un sérieux massif, égocentrique.  Pesant. Sentencieux. M'écoutant parler. Indisponible aux autres, aspiré que je suis  vers le bas par la gravité bête. Capable d'écouter, d'apprendre, mais si peu. Gros morceau de plomb informe. Grosse bûche rétive à flamber. Epais verre grossier laissant  parcimonieusement passer la lumière.

Etre léger. D'une légèreté gaie, rieuse, attentive à tout, et tendre. D'une transparence de vitre pure. D'un sérieux sans pesanteur. Responsable, avec quelque chose d'aérien. Attaché et détaché à la fois. Accédant peu à peu, toujours davantage, à la compassion. D'une compassion agissante. Unissant la compréhension lucide du réel à la rêverie créatrice. Aspirant de tous mes poumons l'air subtil.

Parfois, je rêve que je vole. Je survole le paysage, je descends et je m'enlève, comme un oiseau. Ce sont des rêves heureux.

(Posté par : John Brown )

Nicolas de Staël, le piano (1955)

1 commentaire:

Skaphandreos a dit…

Comme je me sens présent dans cette description ! Comment les maux de mon esprit sont-ils devenus les mots de ce poète ?