mardi 11 janvier 2011

La Malédiction du Jardin

Il y a pas mal d'années, Pascal Jardin, dans La guerre à neuf ans, évoquait la figure de son père, Jean Jardin, éminence grise de Pierre Laval. Dans ce livre, d'une qualité littéraire moyenne, la fascination, faite d'un mélange d'admiration et de réprobation, exercée par le père sur le fils, était assez frappante.

C'est aujourd'hui au tour du petit-fils, Alexandre Jardin, de nous parler de son grand-père dans Des Gens très bien . Alexandre Jardin a manifestement beaucoup souffert de devoir se coltiner un pareil grand-père, dont il voudrait faire le collaborateur le plus actif de la mise en oeuvre de la Solution Finale en France.

En somme, le portrait de Jean est beaucoup moins flatté dans le livre d'Alexandre qu'il ne l'était dans celui de Pascal. En revanche, le livre d'Alexandre semble loin d'atteindre la qualité littéraire du livre de son père.

Il existe des familles comme ça, dotées d’un orgueil clanique tel que même le salaud de la famille, quand on en repère un, ne saurait être un salaud ordinaire et qu’il importe de le faire savoir, de le trompetter urbi et orbi, pour l’édification du vulgum pecus. La famille Jardin me semble affectée d’un mal que je nommerais volontiers le syndrome de l’ancêtre insortable, et qui se manifeste paradoxalement par la manie de le sortir à tout bout de champ, comme certains exhibitionnistes sortent leur quéquette en public à la moindre occasion. Peut-être la lignée mâle des Jardin est-elle soumise à une étrange fatalité qui voudrait qu’à chaque génération, l’ancêtre maudit descende un degré supplémentaire dans l’abjection, tandis que son descendant, chargé de renouveler la malédiction, le fasse avec de moins en moins de talent. Le soleil noir de Pépé monte graduellement au zénith, éclairant le dernier homoncule littéraire du nom de Jardin qui dresse contre lui son petit poing, de plus en plus ridiculement petit.. Pascal, le premier, dans un livre moyen, avait mis en scène avec un certain talent son admiration mitigée pour son père. Alexandre, le petit-fils, franchit un pas supplémentaire à la fois dans la détestation et la médiocrité littéraire. 

On n’imagine pas sans effroi le degré de nullité qu’atteindra dans quelques générations l’expression de cet affrontement, version renouvelée, dans un genre burlesque, du  Saturne dévorant ses enfants de Goya.

Un seul moyen pour échapper à cette malédiction, aussi funeste que celle des Pharaons : changer de sujet. C'est ce que je m'empresse de faire. 


 Goya, Saturne dévorant ses enfants

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