vendredi 14 janvier 2011

Le trésor de Nouans-les-Fontaines

Nouans-les-Fontaines est un village d'Indre-et-Loire, après Montrésor quand on vient de Loches. Je n'y suis passé qu'une fois. Je garde le souvenir d'un village semblable à tant de villages de cette région, avec sa rue principale bordée de maisons au crépi gris un peu triste. L'église dont le porche, si j'ai bonne mémoire, donne sur cette rue, est une église sans caractère, apparemment assez récente, dans le style néo-gothique qui a beaucoup sévi en France au XIXe siècle. C'est pourtant dans cette église qu'on peut admirer une extraordinaire merveille.

J'avais beau savoir ce que je venais voir, ce fut un choc.

Le tableau est posé au niveau du dallage, à l'entrée du choeur (peut-être a-t-il été déplacé depuis), protégé par une vitre. C'est une descente de croix, peinte sur bois. On dit souvent que c'est une Pietà, mais ce n'est  pas exactement cela. Le Christ mort est déposé sur les genoux de la Vierge par Joseph d'Arimathie et Nicodème. Debout derrière la Vierge, Saint-Jean effleure son épaule d'un geste plein de délicat respect. Autour de la croix, un groupe de femmes. A droite, agenouillé dans un ample vêtement blanc, le donateur, dont on ignore encore le nom.

Les personnages sont peints pratiquement grandeur nature. La scène est déployée dans un espace resserré, sans arrière-plan, ce qui contribue à donner à l'ensemble une puissante présence. La maîtrise de la composition, d'une savante mais lisible géométrie (groupe du Christ, de la Vierge et de Saint-Jean), de la répartition des couleurs, la fine utilisation de l'éclairage (qui met en lumière le groupe principal) sont admirables. L'expression des visages est rendue avec justesse et délicatesse à la fois. Les visages du Christ, de la Vierge, du Donateur, sont inoubliables. La finesse virtuose de l'artiste éclate notamment dans le rendu des étoffes, des cheveux, des barbes (Joseph d'Arimathie, le donateur).

L'oeuvre dégage une impression de tristesse sereine. Le Christ mort semble dormir. On est aux antipodes de la vision naturaliste du Christ mort d'Holbein. La vie et la mort semblent réconciliées. Il flotte sur cette scène comme un parfum d'éternité.

Ce tableau, à coup sûr un des plus beaux du monde, a été peint Jean Fouquet  vers 1460. C'est une des oeuvres majeures de la jeune Renaissance française. On connaît Fouquet aujourd'hui surtout pour ses merveilleuses miniatures. Mais son oeuvre peint se réduit aujourd'hui à quelques tableaux, tous magistraux (Diptyque de Melun, portrait de Charles VII, portrait de Guillaume Jouvenel des Ursins), dont celui-ci, peut-être le plus beau de tous.

L'autoportrait de Jean Fouquet (médaillon sur émail) me touche particulièrement. Ce visage un peu triste, au regard douloureusement intense, tient à  la fois de l'aristocrate et du voyou. Je l'aurais bien vu dans une mise en scène de Lorenzaccio par Lavaudant.

Jean FouquetPietà  (vers 1460-1465), église de Nouans-les-Fontaines

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Nous avons vu ce pieta ajourd'hui. Bravo pour votre description exacte et respectueuse.