mardi 11 janvier 2011

Michaux sur le chemin de la mort

Appréhender ce qu'on ne peut ni approcher ni connaître  (métaphysique).

Conjurer ce qu'on ne peut éviter (magie).

Apprivoiser la souffrance sauvage (thérapeutique).

Accepter l'inacceptable (sagesse).

Voir une dernière fois ce qu'on ne verra plus (tendresse).

Toucher une dernière fois ce qu'on ne touchera plus (amour).

Se séparer (déchirure).

Accomplir cette ultime étape du deuil qu'est la sublimation de l'expérience dans un poème.





SUR LE CHEMIN DE LA MORT




Sur le chemin de la Mort,
Ma mère rencontra une grande banquise;
Elle voulut parler,
Il était déjà tard;
Une grande banquise d'ouate.


Elle nous regarda, mon frère et moi,
Et puis elle pleura.

Nous lui dîmes -- mensonge vraiment absurde -- que nous comprenions bien.
Elle eut alors ce si gracieux sourire de toute jeune fille,
Qui était vraiment elle,
Un si joli sourire presque espiègle;
Ensuite elle fut prise dans l'Opaque.


Henri Michaux,   Plume (1930)


Il semble que Michaux n'ait pas eu de bons rapports avec ses parents, spécialement avec sa mère. Incompréhension réciproque. Pourtant, que de tendresse dans ce poème, admirable en tous points, tout d'empathie et de mystère. Rythmique subtile et toujours juste, travail magistral sur les sonorités ( voir notamment le rôle du (a] et du [ã] , auxquels s'opposent les voyelles claires des vers 9 à 11 ).



Peinture de Joseph Sima





















Aucun commentaire: