samedi 15 janvier 2011

Symphonie matinale

Ce matin de bonne heure, dans le soleil levant, j'ai remonté la rue qui conduit au centre de mon village.

Toutes sortes de bruits, successifs, superposés, me parvenaient : des conversations à voix douce dans les maisons, de temps en temps un choc sourd, le ronron lointain d'un moteur, des oiseaux,  nombreux, le roucoulement des tourterelles (une de mes madeleines); plus loin, dans la rue étroite et solitaire, résonnait un peu le bruit de mes pas...

Il existe un exercice de théâtre qui consiste, étendu au sol, les yeux fermé, à identifier les bruits de l'environnement, des plus proches aux plus éloignés, en finissant par des bruits excessivement lointains : écouter le bruit du ressac sur la côte normande (quand on habite le Haut-Var!). Cet exercice développe l'attention et la concentration.

Au retour, par le même chemin, tous les bruits avaient monté d'un cran : un couple haussait le ton, au bord de l'engueulade, des enfants criaient, une voiture démarrait rageusement, on n'entendait plus les oiseaux.

Bruits toxiques de la vie moderne : circulation automobile, musique "d'ambiance" des supermarchés...

Dans L'auto de l'avenue de l'Opéra ( La Nuit remue ), Henri Michaux évoque les bruits, toujours les mêmes, des autos. Bruits si répétitifs qu'on pourrait réduire cette multitude d'autos, qui passent sans interruption en bas de chez soi, à une seule, qui ne cesserait pas de produire sa série de bruits crétins. Il écrit :

"Louis XIV aimait,  là où il venait, faire savoir  avec éclat qu'il y était. Mais jamais il n'eut vent d'un pareil engin à faire du bruit. La recette manquait. En son temps, le plus snob (et Dieu sait s'il y en avait!) n'aurait pu lui proposer une auto."

Les bruits de la vie et de la nature, dans leur infinie diversité, sont heureusement autrement poétiques. Des compositeurs s'en sont inspirés, comme Luc Ferrari, dans Presque rien, superbe évocation d'un paysage sonore nocturne à partir d'un enregistrement sur bande magnétique retravaillé.


Luc Ferrari, Presque rien, 1 et 2  (INA/GRM)


( Posté par : Onésiphore de Prébois )

Le bruit du ressac sur la côte normande

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