vendredi 7 janvier 2011

Une expérience de la mort heureuse

Je suis hospitalisé en clinique pour une intervention bénigne, mais qui nécessite une anesthésie générale légère.

Préparé pour l'intervention, le cathéter fixé à l'avant- bras gauche, couché sur le lit du bloc opératoire, je suis entouré d'une équipe soignante prévenante et souriante. Un infirmier vient me poser un masque à oxygène. Un instant après, une infirmière vient m'injecter le produit anesthésiant. "Vous allez dormir", me dit-elle.

Un haut-parleur diffuse en douceur de la musique classique (Vivaldi, Concerti grossi). L'équipe soignante discute de choses et  d 'autres. Mon masque sur le nez,  toujours couché dans la même position, j'écoute la musique, j'enregistre tous les bruits. Toutefois, je trouve le temps un peu long. Va-t-on me faire attendre encore longtemps? M'aurait-on  oublié? Peut-être le médecin qui doit pratiquer l'intervention et que j'ai salué tout à l'heure a-t-i l été retardé par une urgence.

Une infirmière vient me retirer le masque à oxygène. Je m'enquiers : quand va-t-on m'endormir? Quand l'intervention va-t-elle avoir lieu?

"Mais elle a eu lieu, me répond-elle. Vous avez dormi vingt minutes. Vous venez de vous réveiller."

Je suis stupéfait. Il me faudra un certain temps pour me rendre compte que ma conscience, avec une précision chirurgicale exemplaire, a suturé sans laisser aucune  trace l'instant qui a précédé l'endormissement et celui qui a immédiatement suivi le réveil, comme si ces vingt minutes d'un sommeil sans rêve, d'un sommeil parfait, n'avaient jamais  existé.

Ah si, tout de même : tout à l'heure, il n'y avait pas la musique.

C'est ainsi que je voudrais mourir : plonger sans m'en rendre compte dans un sommeil parfait, sans qu'aucune suture ne relie l'instant d'avant à un instant futur.


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