lundi 31 janvier 2011

Une règle pour vivre

Serai-je un jour capable d 'écrire seulement trois lignes -- qui n'en soient pas trop indignes -- sur ce livre austère, d'une lucidité amère et fière, qu'est Ostinato, de Louis-René des Forêts ? Fragments d'une autobiographie qui est avant tout une autobiographie spirituelle et affective, d'un homme qui préféra le silence à des succès faciles qu'il  savait à sa portée, à une réussite qui n'aurait été que le masque et l'alibi de l'échec. Silence relatif d'ailleurs, puisqu'il a tout de même publié plusieurs livres, et qui d'ailleurs ne pouvait plus servir de refuge "à qui en a rompu le voeu et presque oublié l'usage ", parce qu'il s'est résolu à "en  passer par  la misère des mots", ne serait-ce que parce que "taire le malheur serait manquer plus gravement encore à ce qu'il eut d'indicible". Méditation sur l'échec, qui ne prétend pas, avec une fière modestie, se retourner vaniteusement en réussite par un tour de passe-passe que d 'autres n'auraient pas eu la pudeur de ne pas tenter. Méditation sur le doute, sur le deuil, la mémoire et la mort. Livre poignant et altier. Impossible de prendre congé de lui en quelques lignes. Impossible de ne pas peser longuement chaque mot qui lui fasse écho, pour qui tente d'approcher  une expérience spirituelle si singulière que le premier devoir, quand on a l'audace d'en parler, rompant à son tour la révérence prudente du silence,  est de fuir tout risque, sous couleur de la "comprendre", de réduction banalisante de cette expérience au déjà connu, au déjà lu.

Au moins ferai-je mienne, ce soir, cette règle de vie qu'il se proposa :

" Va de l'avant sans te soucier du lendemain comme le nomade qui ne voit pas plus loin que le bout de ses semelles. Que gagnerais-tu à savoir où te mènent les tiennes ? "


Louis-René des Forêts

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