jeudi 24 février 2011

Le Diable et le Bon Dieu

J'ai l'impression d 'avoir beaucoup changé, depuis quelques temps, à l'égard des croyances religieuses. Je comprends mieux que tant d'êtres humains ne puissent s'en passer. Il faut du sens. Il faut de l'espérance. Il faut de la sagesse. Comment blâmer ceux qui vont les  trouver dans une croyance religieuse?  Si j'avais plus de temps devant moi, je me lancerais certainement dans l'étude sérieuse des religions. Ce que je continue de haïr, en revanche, c'est l'intolérance religieuse, c'est le fanatisme borné et meurtrier, c'est l'intégrisme à oeillères. C'est pourquoi une spiritualité comme celle du bouddhisme jaïn attire ma sympathie.

Dès l'enfance, l'athéisme a été mon option personnelle. Je n'ai jamais pu croire à l'existence d'un Dieu créateur ni à celle d'un principe spirituel régissant l'Univers. Pour moi, il n'y a que les hommes sur la Terre, responsables de leur destin, dans les limites que la Nature leur fixe. Je partage la conviction de Goetz, dans Le Diable et le Bon Dieu, de Sartre : " Il n'y a rien, Nasty, rien : nous n'avons que notre vie. ".

Belle pièce que Le Diable et le Bon Dieu, mais qui ne tente guère les metteurs en scène d 'aujourd'hui :  c'est d'abord qu'il s'agit d'une grosse machine, avec beaucoup de personnages. Et puis, on n'oserait plus écrire comme cela pour le théâtre. C'est une écriture aujourd'hui aussi datée que celle des pièces à peu près contemporaines de Camus. Et  on ne fait pas plus didactique : avec son impeccable construction dialectique -- thèse, antithèse et dépassement de la contradiction, une vraie pièce pour élèves de terminale au stade de l'initiation à la dialectique hégéliano-marxiste.

Pourtant, oui c'est une belle pièce,  vivante, colorée, émouvante et drôle, brillamment écrite. Et une leçon de lucidité, d'énergie et de courage. Oui, nous sommes seuls, nous n'avons que notre vie, mais avec tous les hommes autour de nous et avec nous. Ou contre nous. Pas question de faire dans l'angélisme : tous les hommes sont frères, certes, mais Sartre comprend cette fraternité d'une toute autre manière que le Christianisme : "Crève donc, mon frère", dit Goetz, en poignardant  l'homme qui refuse de reconnaître son autorité. S'aimer sur la terre, c'est le plus souvent haïr le même ennemi. Il n'y a de fraternité vraie que celle qui unit ceux qui combattent pour les mêmes valeurs. Toute vie est un combat. Un combat pour la vie. Les derniers mots de Goetz, par lesquels se clôt la pièce, restent pour tout athée une leçon de lucidité et de courage :

"...je resterai seul avec ce ciel vide au-dessus de ma tête, puisque je n'ai pas d'autre manière d'être avec tous. Il y a cette guerre à faire et je la ferai. "


Jean-Paul Sartre Le Diable et le Bon Dieu   (1951)


( Posté par : Jambrun )

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