jeudi 24 février 2011

Un euphorisant sans effets secondaires

-- Vous n'avez pas, des fois, songé à en finir? , me demande mon jeune médecin généraliste à qui j'ai demandé de me prescrire un euphorisant léger, dont j'ai un peu besoin ces temps-ci.

-- Non... enfin si... "

J'ajoute que je l'ai envisagé de façon théorique, en entrant tout de même un peu dans les détails, mais que je ne crois pas faire partie des gens qui sont capables de passer froidement à l'acte, et puis que j'ai envie de voir grandir mon petit-fils et ma petite fille. Je n'ajoute pas que j'ai, chevillé au corps, un amour de la vie si  éperdu qu'il me sera de toute façon difficile de consentir à la quitter autrement qu'à la dernière extrémité. Je ne suis donc pas encore prêt à me procurer les quelques ingrédients nécessaires qu'on trouve dans n'importe quel supermarché, et dans n'importe quelle pharmacie, à un prix très abordable : par exemple quelques tubes d'anxiolytiques et de somnifères, deux ou trois bouteilles de mon whisky préféré (le Talisker, à cause de son parfum de tourbe), un paquet de lames de rasoir (ah! Sénèque...). Plus quelques CD de mes musiques préférées, du Monteverdi, du Bruckner, Jimmy Giuffre et Keith Jarrett... J'ai déjà choisi le parking, auprès de cette piste forestière, dans la montagne, là où l'on a une si belle vue sur la Provence, et où je garerai la voiture, une après-midi de grand ciel bleu, avec, de préférence, du mistral, et la promesse d'un beau coucher de soleil....

Mais je n'en suis pas là. Pour le moment, la première étape ayant été franchie avec succès, on va aborder la seconde avec la meilleure volonté du monde. En attendant, j'écoute le duo parfait que forment Julian Bream et John Williams. Euphorisant quasi parfait, sans autre effet secondaire que le bonheur planant qui s'installe, une fois la musique revenue au silence. Ah! si, au lieu de me contenter paresseusement d'un modeste lot d'accords qui me servaient au moins à m'accompagner quand je chantais Brassens, je m'étais bougé un peu le cul pour apprendre sérieusement à jouer de la guitare classique et pour ne pas désapprendre peu à peu à jouer du piano...

Au moins, si j'avais, comme dit Baudelaire, le regret un peu plus souriant... ça éviterait au moins à la Sécurité Sociale de me rembourser des tranquillisants, en plus du reste.  Enfin... , comme ne dit pas tout-à-fait Verlaine, je me souviens des jours anciens, et je ne pleure pas. 

C'est déjà ça.


Posté par : J.-C. Azerty )

Julian Bream et John Williams,    Together   ( musiques de William Lawes, Ferdinando Carulli, Fernando Sor, Isaac Albéniz, Enrique Granados, Manuel de Falla, Maurice Ravel, Gabriel Fauré, Granados )  /  BMG Classics

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