vendredi 18 mars 2011

La fin de l'hiver

Arbres presque immobiles.

Une lumière sans chaleur dore à peine les troncs, les cimes.

Le petit chêne pubescent qu'hier le vent froissait, sans doute rappelé à l'ordre, observe aujourd'hui le silence prescrit.
Quelques feuilles indisciplinées frémissent néanmoins. Mais il faut s'arrêter pour les surprendre.

Ils sont là, partout, mélangés, serrés.
Réservés. Enigmatiques.
Ils sont là.
Plus immobiles que les rochers qui trouent, çà et là, les masses vertes.
Tous murés dans leur silence buté.
Impassible théâtre. Indifférent. Inscient.

Soleil très lentement déclinant.
Froid très lentement grandissant.
Une brume légère, buée imperceptible, voile la plaine, estompe la montagne.
A peu de distance, le monde n'existe plus que par un acte de foi.

Je marche vers l'Ouest, à la rencontre de la Terre. Je remonte son flot, son courant.
Je marche vers ma fin.
Nul oiseau. Nul animal dans les fourrés vides.
Bruit monotone des pas. Bruit des bâtons de marche râclant le sol.
La terre sèche et dure me supporte provisoirement.
Je m'enfonce dans l'épaisseur glacée de la solitude.
Ne compte ni n'existe pour personne,
sinon à l'état virtuel.
Lucidité, vertu du désespoir.

Conscience, étrave à la rencontre de l'instant.
Elle avance, sans savoir ce qu'il sera, ce qu'il fera d'elle.
Elle laisse derrière elle ce qui fut, ce qu'elle fut. Sillage évanoui. Sombré déjà aux profondeurs de l'oubli. Sans même un remous d'écume.
A elle la veille perpétuelle des instants qui meurent.
A elle le deuil des instants morts.

Avancer dans le temps s'anéantir j'en suis témoin
As I walk dying.

Logée là, au centre du crâne,
dérisoire et puissante centrale d'analyse et de synthèse d'innombrables signaux,
elle est pour l'instant toute entière occupée à enregistrer cela :
arbres, pierres, ciel bleu pâle, buée de brume voilant des formes lointaines.
Cela seulement…Si peu…Vraiment si peu?
Mais nulle espérance, d'aucune sorte. Nulle préoccupation des hommes. Nul souci. Nulle crainte. Nul désir. Nulle joie.
Rien qui réchauffe.
Une attention profonde, hallucinée, à ce qui glace.

Plus loin, voix montant des vallons,
un chien aboie,
un merle précurseur enchante le bois.





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