samedi 19 mars 2011

Les apprentis sorciers

Avant le 11 mars 2011, le Japon comptait 17 centrales nucléaires et 55 réacteurs. Cinq de ces centrales (20 réacteurs au total) ont été implantées sur la côte Est, face à l'Océan Pacifique.

Le Japon se classe comme le troisième producteur mondial d'électricité nucléaire. Ce choix du nucléaire s'explique, comme en France, par le souci d'assurer une relative indépendance énergétique à un pays qui ne dispose pas de sources d'énergie fossiles (pétrole, charbon, gaz).

Le 11 mars 2011, quatre des cinq centrales de la côte Est ont été plus ou moins gravement endommagées par le séisme, mais surtout par le tsunami qui l'a suivi.

Tout le monde sait que l'archipel japonais est une des régions du monde les plus exposées au risque sismique. La liste des séismes dévastateurs qui, au cours de l'Histoire, détruisirent des villes japonaises, est longue. Le séisme de 1923 qui rasa Tokyo fit 120 000 morts. Les Japonais ont appris à vivre au quotidien avec le risque sismique.

Les tsunamis (mot japonais qui signifie "vague de port") accompagnent souvent les séismes, en particulier sur les côtes Est et Sud-Est qui font face au Pacifique.La région de Tohoku, où se trouve la ville de Sendai, dans l'île de Honshu, leur a payé un lourd tribut. C'est ainsi qu'en 1896, l'agglomération de Meiji-Sanriku fut détruite par une vague qui atteignit 38 m de haut. Il y eut 22 000 morts. En 1933, une vague de 28 m de haut submergea la ville de Sanriku. On dénombra 3 000 morts.

Longtemps, les géologues ne furent pas en mesure de fournir une explication satisfaisante aux séismes, ni au Japon ni ailleurs.

Il n'en est plus de même depuis les années 60 du siècle dernier, qui virent se constituer la théorie de la tectonique des plaques, rapidement validée par de nombreuses observations.

On sait aujourd'hui que l'archipel du Japon se trouve au point de rencontre entre quatre plaques tectoniques: la plaque Pacifique, la plaque des Philippines, la plaque Eurasiatique, la plaque d'Okhotsk. Les côtes Est du Japon font face à une zone de subduction qui, des îles Aléoutiennes au Mariannes, s'étend sur 5 000 km de long. Face à l'île de Honshu et sous elle, la subduction de la plaque Pacifique sous la plaque Eurasiatique est une des plus actives du monde. La plaque Pacifique s'engloutit sous l'Eurasie, dont le Japon est un poste avancé, au rythme de 8 à 9 cm par an, en creusant le long du littoral japonais une fosse dont la profondeur dépasse 9 000 m (fosse du Japon). Les séismes ont lieu sur les nombreuses failles actives qui permettent d'accommoder ce mouvement. Bien entendu, ni la plaque Eurasiatique ni la plaque Pacifique n'étant en pâte à modeler ou en caoutchouc, mais en roches dures qui sont en contact les unes avec les autres, le mouvement s'opère par saccades, qui libèrent les contraintes accumulées pendant une période de temps plus ou moins longue. Les séismes qui génèrent les tsunamis sont ceux qui ont lieu sous la mer, souvent dans la zone où la plaque Pacifique, sous l'effet de son propre poids, s'incurve avant de plonger dans la fosse du Japon. C'est le cas du séisme du 11 mars 2011.

C'est sur ce littoral à haut risque que les décideurs japonais ont choisi, à partir des années 70, d'implanter cinq centrales nucléaires, au bord de l'Océan et, apparemment, sans  grandes précautions particulières destinées à les protéger des tsunamis : surélévation des installations, digues suffisamment hautes, protection suffisante des installations d'adduction hydraulique, électrique et de pompage.

Cela s'appelle jouer aux apprentis sorciers. Aux dépens de la santé et de la vie de millions d'êtres humains.

On ne sait rien sur la manière dont, à l'époque de la construction des centrales, ces décisions ont été prises, en particulier sur la prise en compte du risque lié à la géologie et à la tectonique régionales. Une enquête sur ce dossier oublié devrait être édifiante au plus haut point.



La plongée de la plaque lithosphérique Pacifique sous la plaque Eurasienne à l'aplomb de l'archipel du Japon, matérialisée par une carte de la sismicité de la zone. L'étoile rouge indique l'épicentre du séisme du 11 mars 2011. (Source : USGS)



Le séisme de Sendai et ses répliques du 11 au 12 mars 2011 (source : IPGP)

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