jeudi 3 mars 2011

Les inconnus du sentier


Sur le sentier qui côtoie le fil (le fil…j’exagère un peu) de ma crête favorite, par cet après-midi d’août, je marche dans la chaleur, contre la chaleur . J’aime ça : la marche s’en trouve affermie, plus régulière, le souffle se discipline mieux. Personne n’a dû emprunter ce sentier depuis pas mal d’heures, de jours peut-être; tout le monde sait qu’il faut éviter de marcher par la grosse chaleur; je le sais aussi, mais comment renoncer au bonheur de marcher? Comment renoncer à ce qui me rend, presque dès les premiers pas, mon accord avec moi-même et avec le monde? Et marcher seul : c’est presque un impératif catégorique. Sinon, pas de bonheur, en tout cas pas ce bonheur-là, qui est incomparable. Pas de surprises. Pas de rencontres…

A trente mètres, entre les petits chênes verts, je l’aperçois : il (elle) est étendu(e) en travers du chemin, offrant à la saine morsure du soleil son ventre fauve. Cela m’est déjà arrivé de lever ainsi une biche, écrasée de chaleur, ainsi étalée sur le chemin, à même les cailloux.

Dès qu’il (elle) m’aperçoit, il (elle) se relève et, d’un bond, disparaît dans le maquis, sur ma droite. Je n’aurai pas le plaisir de faire plus précise connaissance. Je continue de monter; quand j’arrive à l’endroit où il (elle) a disparu, son compagnon (sa compagne), qui sans doute faisait un brin de sieste, dissimulé(e) dans le fourré, au bord du sentier, s’enfuit à son tour, pas très vite. A quelques mètres, j’ai le temps de le (la) voir : pelage gris roux un peu terne, l’encolure et la queue basses, croupe musculeuse et efflanquée, il (elle) ressemble à un chien-loup qu’une longue cohabitation avec l’homme n’aurait pas enhardi.

Je continue de monter, dans le silence, rendu à ma solitude; le couple sauvage, là-bas, s’est perdu dans le moutonnement vert. Que les dieux de la forêt les garde des périls.

Depuis que j'ai écrit ce texte, la liste des communes du Var où des loups ont été signalés s'est considérablement allongée. Eleveurs et bergers s'inquiètent. L'ancestral prédateur est de retour.









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