samedi 30 avril 2011

Gabriel Metsu : hasards de la postérité

La National Gallery of Art de Washington consacre actuellement une exposition à Gabriel Metsu. Ce peintre hollandais (1629/1667) est peu connu du grand public, en France tout au moins. Contemporain de Vermeer (1632/1675), il jouit d'une réputation bien inférieure à celle du maître de Delft. Pourtant, ses meilleures oeuvres peuvent soutenir la comparaison avec celles de Vermeer.

On a un peu oublié que Vermeer, peintre aujourd'hui salué unanimement comme un des plus grands peintres de l'art occidental, était considéré par les critiques de son temps comme un peintre simplement moyen. Après sa mort, il fut complètement oublié. Il ne fut tiré de cet oubli qu'en 1866, par le critique d'art Thoré-Burger. Vermeer doit beaucoup aussi aux textes qu'il a inspirés à des écrivains, notamment Marcel Proust : on sait que c'est en admirant au Louvre la Vue de Delft de Vermeer que l'écrivain Bergotte est  victime d'un malaise fatal.

Le tableau de Gabriel Metsu, Homme écrivant une lettre, n'a rien à envier aux plus beaux tableaux de Vermeer, tant par l'exceptionnelle qualité de la facture que par le charme poétique de la composition.

Qu'aura-t-il manqué à Gabriel Metsu pour être aussi célèbre que Vermeer ? Le purgatoire de l'oubli, peut-être. La chance d'être tiré de cet oubli par un historien d'art de talent, celle d'être célébré par de grands écrivains. Les hiérarchies mises en place par l'Histoire de l'art sont fragiles, sujettes qu'elles sont aux variations du goût et aux hasards de la reconnaissance de la critique et des amateurs.

Du reste, l'exposition actuellement présentée à Washington après l'avoir été à Dublin, puis à Amsterdam, peut être considérée comme une étape sans doute décisive de la redécouverte de Gabriel Metsu.



Gabriel Metsu, Homme écrivant une lettre, National Gallery of Ireland, Dublin


 Gabriel Metsu, Femme accordant sa cithare, Cassel, Gemäldegalerie Alte Meister

Watteau n'est pas loin...


 Gabriel Metsu, Couple devant un virginal, Londres, National Gallery

Et Vermeer encore moins loin...

Halte au crypto-marxisme !

" Kate et William sont-ils marxistes ? "

C'est la question que pose, dans les colonnes du Monde du vendredi 29 avril, l'honorable député travailliste Denis MacShane.

Je dois dire que, jusqu'ici, ça ne m'était pas sauté aux yeux. Mais hier, en suivant, avec les yeux ébaubis du téléspectateur moyen, le déroulement des festivités, j'ai dû me rendre à l'évidence. Le moindre détail révélait à l'évidence les préférences idéologiques du couple princier !

Cette révélation m'a inspiré le petit sketch suivant :

Une allée à Hyde Park. William, jeune homme fort bien de sa personne, chemine. A sa rencontre s'en vient Kate, une jeune femme pas mal non plus. Arrivés à la hauteur l'un de l'autre, ils s'arrêtent, comme foudroyés.

William     - Excusez-moi, Mademoiselle, mais, je ne puis m'empêcher de vous le dire, vous m'apparaissez comme la jeune personne parfaitement accomplie. Votre sourire charmeur, la grâce de vos traits, de... de vos formes, l'élégance discrète de votre mise, vos manières si manifestement raffinées font de vous, pour moi, la fiancée idéale.

Kate         - Eh bien, moi, cher Monsieur, dès que je vous ai vu, j'ai été fascinée par votre virile  beauté, votre éducation si.. si....  Mais si. mais si. ne protestez pas... la coupe parfaite de vos vêtements les plus cachés, le niveau certainement très honorable de vos revenus... Vous m'êtes apparu comme le Prince charmant. Excusez cette remarque banale, mais sincère.

Ils échangent un sourire timide.

William   - Eh bien, chère Mademoiselle, permettez-moi de prendre congé.

Kate       - Au revoir, cher Monsieur.

Ils s'en vont chacun de son côté. Soudain William s'arrête, revient sur ses pas.

William     - Une  question, Mademoiselle : vous en êtes ?

Kate         - Non,  cher Monsieur. Et vous ?

William     - Moi non plus.

Ils échangent un timide sourire. Puis s'en vont chacun de son côté. S'arrêtant, avec un bel ensemble :

Kate et William (avec un dernier regard vers l'autre)     - Dommage...

Un groupe de crypto-cocos, lors d'une récente manifestation londonienne contre la vie chère, entonnant le célèbre slogan marxiste : "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! "

vendredi 29 avril 2011

Un inédit de Gérard de Nerval

Ce ne sera pas une des moindres surprises de la nouvelle édition des oeuvres de Gérard de Nerval, à laquelle une équipe de chercheurs de l’Université Libre du Haut-Verdon, sous la direction de Jeannette baronne Jambrun, met l’ultime touche, que la révélation de l’amitié qui unit, dans ses dernières années le doux Gérard à l’auteur de la Chartreuse de Parme. C’est la découverte par une brocanteuse, au fond d’une cave condamnée d’un ancien bar à putes de la rue des Lombards, d’un lot de manuscrits du poète des Chimères qui est à l’origine de cette sensationnelle découverte. Parmi eux, un pathétique poème, griffonné par Nerval sur un bout de chemise de nuit avec du sang, peu de temps sans doute avant son suicide, et adressé à “H.B.”. le voici :


“Frappé de mégalomanie
Monomaniaque
Inutile que je le nie :
Je suis foutraque.


Serpent logé au creux du nid
De ma barbaque
Ma dinguerie danse et rugit
J’en ai ma claque


C’est un cas de schizophrénie
Paranoiaque
Si je me fie au diagnosti-
Ck du Docteur Knack (1)


Du corps délectable d’Annie (2)
Un lot de knack-
-ies je garde au fond de mon lit
Et des morbacks


Repu mais las de mon génie
Je vais au lac (3)
Il ne sera pas pour les fli-
-cs mon dernier couac !

Comme l’a fait remarquer je ne sais plus quel génial quidam, c’est en fonçant au fin fond de sa monomanie qu’un écrivain a des chances d’exprimer tout le jus de son génie. La qualité de ses oeuvres complètes est en raison directe de son degré de dinguerie. On s’en convaincra en étudiant de près, dans ce court poème, l’usage renversant de l’impair (annonçant les audaces verlainiennes), l’absence de ponctuation (anticipant sur Apollinaire), et la stupéfiance des enjambements.

Hein? Comment ça, ce sont des mètres pairs ? Oui, oui, sans doute..., certes. Mais ne sent-on pas bien en les lisant que l'auteur les avait, à l'évidence, conçus en mètres impairs, 5/7 et non 8/4. A l'oreille, c'est absolument frappant. Non? Oui. Et puis on ne va pas me chicaner pour une syllabe de plus ou de moins; ce serait mesquin.

Notes :

(1) Dans les années 1850, le bon Docteur Knack acueillit et soigna avec une diligence toute maternelle, outre Adèle Hugo, divers frappadingues du monde des arts et lettres.

(2) Célèbre courtisane du Romantisme flamboyant, Annie la Bêcheuse, compta parmi ses clients et amis, outre le doux Gérard, le vieux Théophile G. et le jeune Gustave F., tous deux gougnotteurs enragés comme on sait.
La disparition mystérieuse d’Annie la Bêcheuse coïncidant avec celle, non moins mystérieuse de Théophile G. et de Gustave F., resta une des énigmes policières les plus tenaces du XIXe siècle, jusqu’à la découverte, fin 1944, dans un souterrain de la rue Lauriston, de leurs restes, manifestement découpés avant broyage et consommation. Leur datation au carbone 14 écarta toute confusion avec de supposés agissements d’autres découpeurs en rondelles, ayant opéré plus récemment dans les parages.

(3) : “Je vais au lac” : certains commentateurs ont supposé que Gérard avait d’abord projeté d’aller se noyer dans le lac du bois de Vincennes. Cette hypothèse est infondée. Outre la faible profondeur dudit lac, il suffit que se rappeler que “lac”, dans la langue poétique, est un substitut de “lacet” : claire allusion au bout de corde (ou au lacet de chaussure) auquel le poète eut recours pour se pendouiller au célèbre réverbère.


On a la preuve que Nerval, avant d’en finir, eut le temps d’envoyer ce poème à son ami Stendhal, qui se trouvait alors en Italie, et de recevoir sa réponse : on l’a retrouvée épinglée à l’ourlet du sanglant bout de chemise. La voici :

” Mon Gérard (1)
Bien reçu ton poème, que je trouve plein d’une furia toute francese et d’un umour très anglais. Je ne puis encore te rejoindre car la saison de la Scala n’est pas terminée : on va donner à nouveau le “Nabucco” du jeune Verdi, et je ne voudrais le rater pour rien au monde, et d’autant moins que s’y produit la fféllicieuse (2) Giuseppina Strapponti, dont tu connais les talents de pompeuse. Mais sitôt la saison d’opéra terminée, je serai à nouveau près de toi, le temps de m’arracher à mon cher Milan, et de rejoindre Paris, par Venise, Civitavecchia, Rome, Naples et Florence. En m’attendant, ne fais rien qui ne soit réparable. Ce n’est pas parce qu’Annie t’a consigné (très provisoirement) à sa porte, et que Gustave et Théophile dédaignent de plaider ta cause auprès de Girardin que tu dois t’abandonner aux extrémités que tu as envisagées, avec ton umour (comme disent les Angliches) coutumier lors de notre dernière rencontre. A propos d’angliches, je te signale la présence à Paris de la pulpeuse Kate Middleclass, gamahucheuse d’exception. Profites-en avant qu’elle n’ait consommé avec son milord ce mariage dont tout le monde parle : ça devrait suffire à te changer les idées.
Excuse la brièveté de ce poulet écrit au crayon. H.B.

Notes :

(1) “Mon Gérard” : on connaît ce tic stendhalien, un peu agaçant il faut le dire. Les “Mon Hippolyte”, “Mon Toto” (Hugo), “Mon Leconte” (de Lisle), abondent dans sa correspondance, un peu comme dans celle (contemporaine) du dandy Patrick de Sébastien. Petite monomanie d’époque…

(2) “ffellicieuse” : sic

Quelques biographes et commentateurs ont cru pouvoir établir un lien entre la momomanie schizo-paranoïde de Gérard de Nerval dans les dernières années de sa vie et le charnier de la rue Lauriston. Sur ce point controversé on consultera avec profit l'étude d'Angélique Chanu :  

Une passion inexpliquée : Gérard de Nerval et les knackies ( thèse de doctorat, Université Libre du Haut-Verdon)



mardi 26 avril 2011

Vertus de l'aphorisme

C'est (historiquement) une spécialité française que le recueil d'aphorismes. Il a dans notre littérature ses lettres de noblesse, depuis La Rochefoucauld et Chamfort. Au XXe siècle, le genre a été brillamment illustré par Emil Cioran. Ecrivain roumain à l'origine, devenu, après la guerre écrivain français, comme Ionesco son compatriote, Cioran a véritablement changé de patrie le jour où il a décidé d'écrire exclusivement en français:

" On n'habite pas un pays, on habite une langue. Une patrie, c'est cela et rien d'autre", écrit-il dans Aveux et anathèmes.

Cioran est surtout connu pour ses aphorismes ( recueillis dans des livres comme De l'inconvénient d'être né ou Aveux et anathèmes). Cependant son oeuvre ne se réduit pas à cela. Précis de décomposition ou La Tentation d'exister relèvent plutôt de l'essai.

Ce n'est pas seulement par la qualité de ses aphorismes que Cioran apparaît comme le digne héritier de la grande tradition des moralistes français, c'est aussi par la pureté toute classique de sa langue.

Cioran reste pourtant, seize ans après sa mort, un écrivain discuté. Certains, comme Alain Finkielkraut, le considèrent comme un des plus grands écrivains français du XXe siècle. C'est aussi mon avis. D'autres, comme George Steiner, sont nettement plus réservés. Cioran continue aussi de traîner après lui  la casserole d'écrits de sa jeunesse roumaine où il affichait sa sympathie pour l'idéologie nazie. Il n'est pas le seul dans ce cas : son compatriote Mircea Eliade, Céline, Paul Morand et quelques autres, coupables d'avoir fait le mauvais choix aux années sombres, subissent encore la réprobation, voire le rejet radical de ceux qui refusent d'oublier et s'obstinent à confondre l'homme et l'écrivain dans la même condamnation. Cioran a beau avoir clairement renié ces écrits de jeunesse, ses ennemis n'ont pas désarmé.

Ce n'est pas mon attitude. Le talent, le génie d'un romancier, d'un essayiste, d'un poète, ne sont pour moi en rien amoindris sous le prétexte qu'il eut des positions politiques et idéologiques qui nous sont aujourd'hui insupportables. Que Céline ait écrit des textes antisémites odieux ne m'empêche en rien de faire mes délices de ses romans. Avoir écrit Mort à crédit, Guignols’band, D'un château l'autre vous rachète à mes yeux (sur le plan littéraire du moins) d’avoir été antisémite.. Savourons notre plaisir sans complexes, et au diable les vieux dossiers, le temps de vivre pleinement notre bonheur de lire ! Ce qui ne m'empêche pas de m'intéresser au "cas" Céline et de m'interroger sur les origines et les formes de son antisémitisme délirant. Ni de l'exonérer de ses responsabilités sur ce terrain-là. Mais le terrain de la littérature et de l'art, c'est pour moi un terrain neutre et sacré (j'entends "sacré" au sens où les Latins employaient le mot "sacer"). J'ai honte, par exemple,  pour les critiques littéraires français, du silence qu'ils entretiennent sur les livres d'un écrivain qu'ils avaient pourtant encensé, le grand Peter Handke, depuis qu'il eut le mauvais goût de prendre la défense de Slobodan Milosevic.

Je ne suis pas un lecteur sectaire. Mes goûts littéraires ont ceci de commun avec mes goûts en matière de cuisine, aussi bien qu'en matière de femmes,  qu'ils sont fort étendus, fort variés, et que ma culture se plaît à marier les contraires, le salé avec le sucré. Cela vaut tout autant pour la musique et les arts plastiques. Ma formule du bonheur (une de mes formules du bonheur) c’est la lecture enchantée de Céline, de Cioran, de Proust, de Joyce, de Gombrowicz, de Rimbaud ou de Baltazar Gracian, au soleil, dans un creux de rocher, avec ma chienne chérie couchée dan le parfum des cistes et des immortelles, au-dessus de la route Marc-Robert. L’amour de la littérature est comme l’amour des animaux, des arbres, du ciel, comme l’amour tout court : inconditionnel, sans bornes, irrévocablement et délicieusement amoral. Sources de paix.

Cioran passe généralement pour un nihiliste. D'aucuns trouvent ses maximes uniformément désespérées. Ce n'est pas mon avis. Ce mot assez grandiloquent de "nihilisme" ne cadre guère avec ce que j'ai lu de lui. Je vois plutôt en lui un réaliste. Quant à faire de lui le chantre d'un morne désespoir, c'est oublier que l'humour entre pour une large part dans la recette de son génie. C'est pourquoi  siroter un ou deux de ses aphorimes avec le café : relève d'une indispensable hygiène matinale.

Exemples (parmi tant d’autres) :

” On apprend plus dans une nuit blanche que dans une année de sommeil. Autant dire que le passage à tabac est autrement instructif que la sieste.”

” Nous ne devrions déranger nos amis que pour notre enterrement. Et encore!” (Aveux et anathèmes)

D’où son hostilité (parmi d’autres raisons) au religieux :

” Les religions, comme les idéologies qui en ont hérité les vices, se réduisent à des croisades contre l’humour.”
(Aveux et anathèmes)

 George Steiner, qui ne l’apprécie que modérément, lui reproche de ne faire souvent que reprendre ce que d’autres ont dit avant lui. Et alors ? Il y a belle lurette que Pascal nous a appris qu'en littérature, ce qui compte, c'est moins ce qu'on dit que la manière de le dire (l'art de placer la balle, dit Pascal).

Et puisqu'il  est question de Pascal, Cioran ne dit pas autre chose en effet que ce que dit un fragment célèbre des Pensées, dans cet aphorisme d' Aveux et anathèmes :

" Ce matin, après avoir entendu un astronome parler de milliards de soleils, j'ai renoncé à faire ma toilette : à quoi bon se laver encore ? "

On voit sur cet exemple en quoi consiste l'art de l'aphorisme  et combien il est difficile d'évaluer l'intérêt d'un aphorisme en terme de pensée, comme on le ferait d'un texte philosophique.Quand on se pose la question de savoir si un aphorisme de Cioran est profond ou, au contraire, creux, s’il est génial ou banal, on ne risque  pas de trouver la solution dans le texte. Il est en effet impossible de trancher. Cela tient à la nature et au but de l’art de l’aphorisme. Ecrire un aphorisme, cela consiste en effet à dépouiller l’énoncé, à le débarbouiller de tout le superflu, pour ne garder que le strict nécessaire. Et ceci afin de laisser au lecteur le plaisir de faire seul le chemin dont l’aphorisme se contente de lui indiquer l’amorce. Rien ne dit au départ ce que sera l’intérêt et la longueur du chemin. Ce chemin, au vrai, le lecteur l’inventera. L’aphorisme, cette auberge espagnole, est le degré minimal de la littérature : le lecteur fait tout seul les trois quarts du travail. Art malicieux : l’auteur ne peut jamais être tenu pour vraiment responsable du jugement que le lecteur portera sur son travail : est-il bête, est-il génial? Si tu n’es pas allé plus loin, cher lecteur, pourquoi m’en faire le reproche? Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même.

Quand mon prof de philo, en terminale, en avait assez de nous faire cours, il effaçait le tableau d’un geste large et y écrivait une contrepetterie. Puis il se tournait vers nous et attendait, silencieux. Nous procédions alors studieusement au déchiffrement. Cela se terminait par un éclat de rire général. Décrispation garantie. Le prof lui, nous regardait d’un air faussement stupéfait, et se gardait bien de nous confirmer que nous avions trouvé la solution. L’art malicieux de l’aphorisme a ceci de commun avec l’art du contrepet qu’on ne peut jamais désigner l’auteur de son énoncé comme l’éditeur responsable de la signification que le lecteur lui prête. Cioran est un expert de cet art littéraire assez spécial.

” Au-dessus des présocratiques, on est parfois enclin à mettre ces hérésiarques dont les oeuvres furent mutilées ou détruites, et dont il ne reste que quelques bouts de phrase, mystérieux à souhait.” ( Aveux et anathèmes)

“quelques bouts de phrase, mystérieux à souhait” : Cioran ne nous livre-t-il pas la formule de l’aphorisme idéal ?

” Je suis toujours étonné de voir à quel point les sentiments bas sont vivants, normaux, inattaquables. Quand on les éprouve, on se sent ragaillardi, réintégré dans la communauté, de plain-pied avec ses semblables.”

Je ne sais pas si c’est profond, mais il y a un bon quart d’heure que je l’ai lu, et j’en ris encore.

On voit bien sur ces exemples que la manière cioranienne (cioranique ferait un peu trop coranique) de placer cette balle dont parle Pascal est celle de l’humour, un humour à la Ionesco, à la Beckett (dont il fut l’ami) ou à la Buster Keaton, humour qui, personnellement me ravit. Il y a aussi cette fulgurance de l’intuition qui dévoile brutalement ici (Steiner, n’aime pas cette brutalité, il à tort, à mon avis) ce qu’a de burlesque la prétention des hommes à sauver un minimum de dignité au long d’un parcours de Cro-Magnon au “singe habillé” dont parle Aragon dans le Roman inachevé : parcours méritoire, compte tenu des dispositions de l’espèce, mais malgré tout dérisoire ( un “saut de puce”, pour parler comme Giono).

Les aphorismes de Cioran prennent souvent le tour d’une confidence personnelle, d’un romantisme miteux d’ auguste de cirque, confidence plus d’une fois née d’un incident de sa vie quotidienne, comme ici :
“Pendant que mon dentiste défonçait mes mâchoires, je me disais que le Temps était l’unique sujet sur lequel méditer, que c’était à cause de Lui que je me trouvais sur cette chaise fatale et que tout craquait, y compris ce qui me restait de dents. ” (Aveux et anathèmes ).

L’atmosphère des livres de Cioran, c’est bien celle de quelques uns de ses plus illustres contemporains, Ionesco, Beckett, Adamov, Vian. 

Cioran, Ionesco, Beckett, Adamov, Vian, Céline : rappelons-nous. C’était le début des Trente glorieuses, le temps où les Français découvraient, les joies de la consommation et de la croissance tous azimuts et s’y jetaient tête baissée. Aveuglement que nous payons et n’avons pas fini de payer au prix fort. Coïncidence significative que cette rencontre d’une époque inconsciente et de ces écrivains qui la rappelaient, sans ménagements, à l’essentiel. Un peu — toutes proportions gardées –comme les gens de Port Royal au temps du Roi Soleil. Toute époque a ses empêcheurs de dormir en rond, et c’est heureux. 

Toujours dans Aveux et anathèmes, Cioran écrit :

” Sainte-Beuve écrivait en 1849 que la jeunesse se détournait du mal romantique pour rêver, à l’exemple des saint-simoniens, du “triomphe illimité de l’industrie”.
Ce rêve, pleinement réalisé, jette le discrédit sur toutes nos entreprises et sur l’idée même d’espoir. “ 

Il faut convenir que cette remarque, écrite il y a vingt cinq ans, reste aussi pertinente aujourd'hui.

 C’est faire un mauvais procès à Cioran que de lui reprocher de n’avoir pas la rigueur ni toujours la profondeur d’un philosophe. Cioran n’est pas un philosophe, ni un “moraliste” (qu’est-ce que c’est au juste qu’un “moraliste” ?), mais “seulement” un écrivain. C’est-à-dire un homme qui est beaucoup plus du côté du plaisir que du côté de la vérité (même s’il touche souvent le vrai). Pour moi, la lecture de Cioran est autrement plus roborative et excitante que celle — par exemple — de ce poseur de Quignard, grand producteur de sentences creuses appuyées sur une pseudo-érudition aussi incertaine que sa pensée est plate. 

Tout Cioran est pour moi dans cette remarque d’ Aveux et anathèmes :

” Je disais l’autre jour à un ami que, tout en ne croyant plus à l’écriture, je ne voudrais pas y renoncer, que travailler était une illusion défendable et qu’après avoir gribouillé une page ou seulement une phrase, j’avais toujours envie de siffler. ”

George Steiner, dans “Lectures”, reproche à Cioran de ne pas être, à l’occasion, aussi profond que Schopenhauer. Ce reproche est idiot. On pourrait aussi bien reprocher à Schopenhauer d’écrire comme un cochon. Chacun sa spécialité.

Quant à moi, lire un aphorisme de Cioran me donne généralement envie de siffler.

A propos d’ “illusion défendable”, il me semble que Sartre, à la fin des Mots, dit à peu près la même chose. Mais d'aucuns accuseront sûrement Cioran de l’avoir pompé.

Vers la fin de sa vie, Céline déclarait :

” Tout homme qui me parle est à mes yeux un mort; un mort en sursis, si vous voulez; un vivant par hasard et pour un instant. Moi, la mort m’ habite. Et elle me fait rire ! […] Croyez-moi : le monde est drôle, la mort est drôle; et c’est pour ça que mes livres sont drôles, et qu’au fond je suis gai.”

Rien de plus gouleyant, en littérature que le pessimisme le plus noir allié au plus sûr sens du comique.

Allez, encore un Cioran pour la route :

" Dans ce compartiment, mon vis-à-vis, une femme d'une laideur indécente, ronflait, la bouche ouverte : une agonisante immonde. Que faire ? Comment supporter pareil spectacle? -- Staline me vint en aide. Dans sa jeunesse, tandis qu'il passait entre deux rangées de sbires qui le fouettaient, il s'absorba entièrement dans la lecture d'un livre, de sorte que son attention se détourna des coups dont on le gratifiait. Fort de cet exemple, je me plongeai moi aussi dans un livre et je m'arrêtai à chaque mot avec une application extrême jusqu'au moment où le monstre cessa d'agoniser. "


( Rédigé par : John Brown )




Emil Cioran


vendredi 22 avril 2011

Y aller où pas

Même les guerres justes méritent d'être expliquées : c'est par ce titre  obscène que débute l'éditorial publié en première page du quotidien Le Monde, dans son édition du 21 avril.

Titre obscène : il n'y a pas en effet de guerre juste. Toute guerre peut être déclarée juste par celui qui la fait. Pour Hitler, la guerre inaugurée en 1939 par l'invasion de la Pologne était juste. Pour Kadhafi et ses partisans (encore  nombreux) la guerre contre les rebelles de Benghazi et de Misrata est juste. Aucune guerre n'est juste et les moyens employés encore moins. Ils sont même souvent monstrueusement injustes : voir Dresde et Hambourg, voir Hiroshima et Nagasaki, voir Sabra et Chatila.

Le premier tiers de l'article chante la justesse de la cause de la coalition anti-Kadhafi. "Qui pourrait contester, écrit l'auteur, que sans cette intervention, les insurgés de Benghazi auraient été écrasés par les forces du colonel Kadhafi ? Qui peut nier que, dans cette hypothèse, le despote qui dirige son pays depuis plus de quarante ans aurait continué à y faire régner la terreur ? Et comment ne pas voir que c'eût été un signal dramatique pour les aspirations du monde arabe à la liberté ? "

Les deux autres tiers, en revanche, soulignent les risques d'une intervention qui "se prolonge et change de nature". " Sinon un enlisement, écrit l'auteur, c'est en tout cas une installation dans la durée et une prudente mais réelle escalade des moyens mis en oeuvre à laquelle on assiste. Voire un engrenage difficile à maîtriser. Cela mériterait débat. Non par goût de la controverse, mais par souci de la pédagogie."

Après avoir rappelé le précédent du bourbier afghan, l'article se termine par un appel discret à un "débat national sérieux" sur la question.

Signalons au passage qu'un "débat national sérieux" n'est pas autre chose qu'une controverse, et que cette controverse s'étale dans la presse française et internationale depuis la décision du P'tit Nicolas de nous lancer dans cette aventure.

Il est facile, mais nécessaire, d'ironiser sur la teneur d'un article dont le premier tiers expose avec une sincérité touchante les bonnes raisons que nous avions  d' "y aller", tandis que les deux autres tiers énumèrent, avec une sincérité non moins touchante, les raisons que nous aurions eues de "ne pas y aller".

Quant au "souci de la pédagogie"  dont l'article souhaite qu'il soit pris en compte, on peut se demander ce que peut bien valoir la pédagogie d'un engagement militaire qui, au départ, procédait d'une décision précipitée, irréfléchie et erronée. On sait l'efficacité de la "pédagogie" de la guerre en Afghanistan.

Le souhait final d'un "débat national" n'est pas moins burlesque. Car enfin, ce débat national, ce n'est pas une fois nos soldats et la nation engagés dans cette aventure qu'il fallait l'avoir, c'est AVANT qu'il aurait dû avoir lieu, et d'abord dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale, qui a été soigneusement tenue à l'écart.

Comment oublier que l'engagement français en Libye, c'est, une fois de plus, le fait du Prince, et qu'une fois de plus le Prince a fait n'importe quoi , sans évaluer les risques d'une pareille intervention, et malgré les précédents de l'Irak et de l'Afghanistan, sans prendre en compte la complexité du jeu politique et social libyen, sans même savoir qui étaient au juste les gens avec qui il allait s'allier ?

L'affaire libyenne révèle avec crudité l'irresponsabilité, l'amateurisme, l'aventurisme de Nicolas Sarkozy. 

Quant à l'article du Monde, il est révélateur du tourniquet dans lequel la réflexion d'un bon nombre des intellectuels de ce pays est prise. On vante une chose, on vante son contraire, sans jamais s'évader de la contradiction. Misère d'une pensée malheureuse et molle qui flotte et se complaît dans ses contradictions, sans jamais parvenir à trancher, parce qu'elle ménage à la fois la chèvre et le chou.

Toute guerre est juste. Aucune guerre n'est juste. C'est selon. Cela dépend du point de vue de celui qui la fait. Point de vue différent, valeurs différentes. Il n'y a pas de valeurs universelles. Il y a seulement des gens qui croient à des valeurs universelles, et qui cherchent à les imposer aux autres en vertu de la tentation coupable des hommes à universaliser leurs propres valeurs. Pour sortir du tourniquet logique où s'enferme l'auteur de cet éditorial, il faudrait au moins admettre cela, que savaient Montaigne et Pascal. Il serait sain d'admettre que, si nous faisons la guerre, ce ne devrait être qu'au nom de nos intérêts bien compris. Les guerres menées pour des motifs "humanitaires" sont les plus obscènes de toutes. La tentation d'imposer aux autres des valeurs prétendument universelles débouche directement sur la violence.

L'art de la politique, cela consiste d'abord à chercher les bonnes raisons d 'agir, avant de parvenir à une conclusion et de faire le choix qui sera le bon. Nous avons élu un président qui  ne cesse de confondre  vitesse et précipitation. Or l'art de la politique, ce n'est pas, d'abord, autre chose, en somme, que l'art de réfléchir avant d'agir. L'art du journalisme, c'est l'art de réfléchir avant d'écrire..

" C'est à la fin de la foire qu'on ramasse les bouses ", dit un proverbe charentais. Dans l'affaire libyenne, on peut craindre que les Français n'aient à ramasser les bouses bien avant la fin de la foire.


( Posté par : John Brown )

 Michel de Montaigne

jeudi 21 avril 2011

Go West !

Décidément, le grand Ouest français est à la pointe de l'innovation technologique.  Dans le Morbihan, par exemple, on est sur le point de passer du carburant diesel classique à un carburant produit à partir de la graisse d'andouille ! Le carburant de l'avenir, proclament ses promoteurs. Notre indépendance énergétique semble assurée.

En Normandie, on n'est pas en reste. On a l'audace de concurrencer le géant Coca-Cola sur son terrain, avec un "Meuh-Cola", qui se vend, paraît-il, très bien. Je ne sais pas si on le fabrique à partir des bouses de vaches, qu'on trouvera bientôt en galettes (les bouses, pas les vaches, enfin, pas encore) à brûler en place de bois, dans les supermarchés, et dans les boulangeries pour les Rois.

Comme j'interrogeais le Maire de mon village natal dans la Sarthe pour savoir ce qu'il pensait des vertus du nouveau carburant mis au point par les Morbihannais : " Nous en France, me répondit-il, on n'a pas de pétrole, on a très peu d'idées, mais alors, les andouilles, c'est pas ça qui manque !", tout en louchant, je ne sais pourquoi, vers le portrait de Nicolas Sarkozy accroché au mur.

Ravi de le  trouver dans de si bonnes dispositions, j'en profitai pour lui exposer mon projet d'installer sur sa commune une première unité de distillation d'un whisky local, exclusivement fabriqué à partir de pisse de bourri.

Il n'a pas dit non.

mercredi 20 avril 2011

" La séparation des races " de Ramuz

Tel est le titre d 'un des plus beaux, des plus maîtrisés, mais aussi d'un des plus durs et des plus cruels  romans de Ramuz.

Un jour de fin d'été, Firmin, berger valaisan, enlève dans les alpages sous le col , une fille venue de l'autre côté de la montagne, une fille dont la beauté l'a séduit. Avec l'aide de ses compagnons bergers, il la redescend jusqu'au village, et l'installe chez lui, en dépit de l'hostilité de sa vieille mère. Amoureux de sa prise, il la traite avec respect, attendant patiemment qu'elle lui manifeste de la bienveillance.

Mais tout oppose les deux communautés villageoises, séparées par une haute chaîne de montagnes, franchissable seulement l'été : le terroir, l'habitat, les coutumes, la religion, la langue. Firmin, le ravisseur, habite un village du Valais francophone et catholique, sur l'adret ensoleillé de la montagne; le pays est riche (pays de vignobles et de cultures variées) mais les gens sont pauvres. Le village de Frieda, sa proie, est germanophone et protestant; pays d'ubac, où la neige reste plus tard, terre froide et pauvre, mais où les gens sont riches et vivent dans de belles maisons de pierre. Telle est la séparation des "races", mot auquel Ramuz donne une signification différente de celle qu'elle a généralement aujourd'hui.

Firmin s'est donné une raison "honorable" d'enlever Frieda. Ce rapt venge un empiètement des paysans et bergers alémaniques  sur les alpages valaisans. Ainsi sont posés, dès les premières pages du livre, certains de ses thèmes majeurs , notamment l'hostilité de deux communautés que tout sépare, la logique de la vendetta.

La mort du petit frère de Frieda, Gottfried, qui s'est perdu dans la montagne en tentant de retrouver sa soeur, rend le coup  de force de Firmin inexpiable. Le colporteur Mathias, qui vit dans le village germanophone mais voyage dans les deux pays et parle les deux langues, retrouve Frieda. Tous deux entreprennent de tromper Firmin et les habitants du village, pour ramener la jeune femme dans son pays. Peu à peu Frieda, à qui Firmin a appris le français, lui impose sa volonté  ainsi qu'à Mânu, l'idiot du village, qui devient sa créature.

C'est lui qui, obéissant à Frieda, mettra le feu aux fenils, le matin du jour de juin où tout le village s'apprête à accompagner les vaches dans les alpages. Tandis que les villageois s'affairent pour éteindre les incendies, un groupe de paysans, venus de l'autre côté de la montagne, guidés par Mathias, reprennent Frieda à Firmin qu'ils pendent au-dessus de la porte de sa maison. Ainsi la vengeance répond à la vengeance. Tandis que Frieda, entourée des hommes de son village, s'éloigne dans les pentes qui mènent au col, Mânu, l'idiot, l'innocent, la poursuit sans espoir, promis au même sort que le petit Gottfried, parti seul, lui aussi, en quête de sa soeur aimée : figures de l'abandon et de la solitude...

Firmin est amoureux. Aveuglé par sa passion, il ne voit pas le piège que Frieda, patiemment, lui tend. Elle mime un amour naissant pour lui et le fait passer par tous les stades d'une idylle dont l'issue heureuse semble garantie par une attirance partagée (dans un chapitre non conservé du roman, elle va même jusqu'à se donner à lui). Firmin reste, en réalité, cruellement seul. Sa mère finit par quitter la maison. Firmin apparaît comme traître à sa communauté, reniant successivement sa mère, son village et sa religion. Ainsi s'affirme au fil du roman la puissante influence, à la fois du milieu physique et du groupe social. Personne n'est attiré par la différence, personne ne franchit la barrière autrement que par la violence, chacun reste solidaire de sa communauté. Mais cette solidarité n'est qu'un remède imparfait à la solitude des êtres. Le colporteur bilingue, Mathias, pourrait servir de trait d'union entre les deux communautés, mais il embrasse sans hésiter la cause de sa communauté d'origine

Le sens du tragique est ce qui fait la force de quelques uns des plus beaux romans de Ramuz. C'est le cas de celui-ci, mené avec une sobre  rigueur. Le narrateur, "au-dessus de la mêlée", s'abstient de tout jugement de valeur, observant les comportements. Sa manière de raconter fait penser à celle de ces conteurs qui animaient les veillées dans les villages, avant les invasions de la "modernité". Son histoire n'est pas précisément située, ni dans l'espace (aucun nom de lieu réel) ni dans le temps; elle en acquiert une portée universelle.

Pourtant, c'est bien le Valais montagnard, cher à Ramuz, qui fournit l'essentiel des descriptions du roman. Personne n'a peint la montagne avec autant de force, de justesse et de poésie que Ramuz, personne n'a su évoquer avec autant de précision savoureuse les activités et les coutumes des communautés montagnardes, personne, sauf sans doute Giono, dont on l'a souvent rapproché. Mais, s'ils ont quelques points communs, les différence sont beaucoup plus nombreuses.

Comme Giono, Ramuz écrit une langue qui semble toute proche de celle de ses personnages -- signe parmi d'autres d'une solidarité avec ce monde paysan qu'ils décrivent et qu'ils chantent . Mais dans les deux cas, il s'agit d'une écriture très travaillée, très éloignée du parler réel des paysans valaisans et provençaux de leur époque. Ecriture plus austère chez Ramuz, plus proliférante chez Giono; lyrisme plus retenu du premier, plus exubérant du second.

Artiste puissamment visuel, Ramuz partage avec ses amis peintres (comme René Auberjonois) le sens et le goût des volumes équilibrés, des architectures rigoureuses. Sa tragédie paysanne est d'une facture toute classique.

Son esthétique  est au fond une esthétique du point de vue. Cela vaut pour ce qu'on voit : que l'on regarde la montagne depuis le versant opposé, de l'autre côté du fleuve, depuis le bas ou le haut de la pente, un visage en gros plan ou une silhouette minuscule au loin sur le chemin, et tout change. Tout est affaire de cadrage, comme au cinéma (art auquel Ramuz s'est intéressé, comme Giono plus tard). Plans panoramiques, plans rapprochés, gros plans, tout y passe, avec une magistrale sûreté. Mais cette esthétique vaut aussi pour les personnages : qu'on vive sur l'adret ou sur l'ubac, en pays de vin ou en pays de bière, francophone ou germanophone, protestant ou catholique, et le regard sur le monde, sur la vie, sur les êtres change radicalement aussi.

De cette esthétique témoigne, par exemple, ce passage où  Frieda,  se regarde dans le miroir au cadre soigneusement ouvragé que Firmin lui a offert. Tandis que le colporteur Mathias admire le cadre, Firmin regarde Frieda :

"   Il examinait le miroir, il faisait avec les mains le tour du cadre en beau mélèze aux fines veines agréablement nuancées de jaune et de rose entre les moulures : "Du bel ouvrage, il n'y a pas ! " hochant la tête; -- seulement, il y a plus bel ouvrage quand même, comme Firmin pensait pendant ce temps.
   Ses cheveux, qui étaient plusieurs petites tresses enroulées autour de la tête et en haut desquelles les mains étaient venues avec le peigne qu'elles y avaient enfoncé.
   Comme de la paille de seigle, comme du bois neuf de châtaignier, comme quand Joseph Mutrux fait lever ses copeaux des deux mains sur son établi.
     Il ne s'agissait plus du cadre, mais de ce qu'il encadrait, parce qu'il y a plus bel ouvrage : ses cheveux, ses beaux cheveux pâles; alors aussi ses joues qui sont devenues un peu trop rouges; et il regardait.
     Tout à coup, ses yeux rencontrèrent ceux qui étaient dans le miroir.
    Firmin fut étonné. Ils brillaient de nouveau un peu trop, ces yeux-là, ils brillaient comme quand il y a des gouttes d'eau sur l'herbe. "

Trois regards, trois points de vue, trois consciences solitaires qui perçoivent différemment, privilégient des choses différentes. Univers de l'incommunicabilité...

La fascination qu'exerce sur Firmin la beauté de la jeune femme, et sa duplicité à elle, qui est dans son regard mais qu'il ne déchiffre pas, font la force troublante et la cruauté de cette superbe scène, si clairement picturale, du miroir.

La Séparation des races expose la souveraine maîtrise d'un très grand romancier.


( Posté par : La grande Colette sur son pliant )

Paysage du Valais, par Albert Muret

mardi 19 avril 2011

Vivre avec

Une amie. Elle appelle pour me demander de mes nouvelles. Elle est au courant, en  gros, mais pas dans le détail. Posément, je lui expose la situation. Au bout du fil, ses brèves réactions m'évoquent les commentaires à la sortie du funerarium, après l'incinération. "On est peu de choses, tout de même", me dit-elle (elle le répète). Je comprends que, dans son for intérieur, elle m'a déjà situé au-delà d'une frontière qu'on ne repasse pas, comme  dit un personnage de la Folle de Chaillot, de Giraudoux.

Ce n'est pas le premier commentaire du même genre que, depuis quelques semaines, je m'entends répondre, quand je donne de mes nouvelles. Ce n'est pas très agréable, mais on s'y fait.

Une autre amie m'écrit pour me reprocher avec véhémence de ne pas avoir le courage de faire face à l'adversité, de baisser les bras avant  l'heure. Elle me vante le courage des femmes, bien supérieur selon elle à celui des hommes, toujours un peu lavettes comme on sait. Je me demande ce qui me vaut cette admonestation. Je ne suis pas allé pleurer dans son giron, que je sache. Peut-être mon naturel un peu mélancolique (je m'imagine que ça fait partie de mon charme slave...) la lui a-t-elle inspirée.

Ces réactions me font sourire. Je ne crois pas les avoir jamais eues, quand j'étais de l'autre côté de la barrière, mais j'aurais pu les avoir.

Mais moi, sans doute parce que je suis à présent de ce côté-ci de la barrière, je ne vis pas la situation comme ça. C'est une maladie grave, plus grave que d'autres, c'est entendu, et dont on peut mourir. Mais on meurt très bien aussi d'un infarctus, d'une rupture d'anévrisme, d'une sclérose en plaques, d'une grippe ou d'un accident de la route, et souvent bien plus tôt. Mon voisin, qui avait le même âge que moi, vient de mourir, expédié par son propre fils, à coups de  couteau. On est bien peu de choses tout de même, comme dit ma voisine.

Moi je vis, avec ma maladie, qui pour l'instant m'épargne les souffrances physiques, qui me laisse embrasser ma femme, prendre des nouvelles de mes enfants et petits-enfants, caresser mon chat, tondre ma pelouse, sortir les poubelles, faire les courses, lire et randonner. Que demander de plus?

C'est mon corps, à moi, unique support de ma conscience, unique vecteur de ma joie de vivre. Je l'aime, je lui dois tout,  j'ai de la tendresse, même pour ces cellules qui ont dérapé, mais qui sont tout de même mon  corps : après tout, ce n'est pas leur faute à elles non plus, ce qui nous arrive. Nous vivons, elles et moi, la chose de la façon la plus naturelle du monde. De l'autre côté de la barrière, il y a tous ceux à qui cette maladie fait terriblement peur. Mais à moi, non. La peur s'est évaporée.

Tous les quinze jours, je vais à l'hôpital pour la perfusion. Je  rencontre des gens qui ont la même maladie que moi, des gens du pays. Nous parlons, beaucoup. J'ai appris avec eux plein de choses diverses, la différence entre un vautour et un autour, la technique du refroidissement de l'eau  dans les centrales nucléaires, les bonnes stratégies pour la pêche au bar, etc. etc. Certaines infirmières (plus jolies et prévenantes les unes que les autres) ont étudié dans le lycée où j'ai enseigné. J'en profite pour faire un peu mon cacou.  J'ai eu avec mon chauffeur de taxi une discussion écologique des plus intéressantes. Je vis une des périodes de ma vie les plus riches et -- je crains qu'on ne me croie pas, mais c'est vrai -- ce n'est pas une période malheureuse. Loin de là.

Je suis de plus en plus persuadé -- ce que j'ai déjà expliqué sur ce blog -- que nous n'avons aucune expérience sensible du temps, ni du passé, ni de l'avenir, ni du présent, et que  - n'en déplaise à Albert Einstein et à son espace-temps, le temps n'existe pas non plus dans la nature ; nous le savons intuitivement. Le temps est une création de l'esprit humain, un concept qui nous aide à penser le monde et notre existence, un paramètre mathématique introduit par Einstein dans ses équations, mais qui n'a aucune réalité physique. Ce qui existe, c'est le mouvement. L'espace-temps est en réalité  l'espace-mouvement. Nous coïncidons avec notre propre mouvement et avec le mouvement du Monde. Je n'écrirais plus aujourd'hui ce que j'avais écrit pour me présenter, que je suis un surfeur du temps. Je suis sur la vague de ma vie exactement comme le surfeur sur la vague marine. Ma conscience coïncide avec le mouvement de ma vie.

La mort n'est pas autre chose qu'une transformation du mouvement. Notre conscience s'éteint, mais nos atomes continuent de vibrer, dans l'immense mouvement universel.

Du reste, nous avons une expérience quotidienne de la mort, celle du sommeil sans rêve. Une anesthésie générale, ce n'est pas autre chose qu'une visite éphémère au royaume des morts. Il n'y a vraiment pas de quoi avoir peur.

En attendant, comme  le Caligula d'Albert Camus, je suis toujours vivant, et content de l'être.


Revue Pour la science (n° spécial de novembre 2010) : Le Temps est-il une illusion?

L'éveil du printemps (dimanche 17 mars, vers 17h, sous Notre-Dame de Liesse, la bien nommée)

lundi 18 avril 2011

Le singulier Novarina

" Tout le monde sait que les comédies ne sont faites que pour être jouées et je ne conseille de lire celles-ci qu'aux personnes qui ont des yeux pour découvrir dans la lecture tout le jeu du théâtre. "

Cette remarque célèbre de Molière dans la préface de l'Amour médecin  s'applique évidemment, non pas seulement à ses comédies, mais à tout texte de théâtre. Un texte de théâtre n'est pas fait pour être lu, mais pour être représenté, ou plutôt, sa lecture ne devrait être qu'une première étape, en attendant d'assister à la représentation.

Cette complémentarité entre la  lecture du  texte et sa représentation est extrêmement révélatrice de la valeur d'une oeuvre théâtrale. On n'a pas forcément, au départ, des yeux pour découvrir dans la lecture tout le jeu du théâtre. Le fait d'assister souvent à des représentations, et bien plus encore, la pratique assidue du jeu théâtral et de la mise en scène, ne serait-ce qu'en amateur (à condition d'avoir été suffisamment formé par des professionnels) entraînent à imaginer le jeu théâtral au fil de la lecture.

C'est ce qui  m'est arrivé quand, professeur de lettres animant un atelier-théâtre puis en charge d'une option théâtre, je me suis frotté à la direction d'acteurs et à la mise en scène (et au jeu, en tant que comédien dans une troupe d'amateurs).

Parmi les pièces que mes élèves jouèrent dans des rencontres et festivals de théâtre lycéen, il y eut l'Atelier volant, puis, quelques années plus tard, l'Opérette imaginaire, de Valère Novarina.

Je ne connais pas de théâtre plus stimulant pour des acteurs, un metteur en scène, un scénographe,que le théâtre de Novarina. Par son propos, son écriture, sa manière de bouleverser les habitudes en matière de langage, de dialogues, de construction des personnages, ce théâtre est unique en son genre et lance à ceux qui se proposent de l'incarner sur la scène de multiples défis, difficiles à relever, dans le domaine de la diction, du jeu, des choix scénographiques, de la distribution, etc. C'est un théâtre qui exige un engagement intense et permanent de l'intelligence, de la sensiblilité, de l'imaginaire.

C'est la lecture de l'Atelier volant qui m'a d'abord amené à Novarina. J'avais été séduit par l'originalité de l'écriture, par la liberté de l'invention, par la force de la veine comique et satirique d'une pièce qui ne faisait encore que préfigurer, il est vrai, l'évolution future de l'oeuvre. Cette pièce-là m'a fortement "parlé". Je voyais, en la lisant, et plus encore en la travaillant avec mes jeunes acteurs, le jeu du théâtre dont parle Molière. Ce fut encore le cas avec l'Opérette imaginaire. Dans les deux cas, l'expérience, pour mes élèves et pour moi, fut particulièrement stimulante et enrichissante.

Au théâtre, je n'ai vu que Falstafe, brillante adaptation de Shakespeare, mais cas un peu particulier dans l'oeuvre.

Le lecteur qui aborde des textes comme Le Discours aux animaux, Je suis ou le récent Le Vrai sang, est frappé, souvent ébloui, souvent aussi déconcerté, désorienté, voire découragé, par la prolifération de l'invention novarinienne. Ce ne sont pas des textes d'accès facile et l'on se demande souvent ce qu'on peut bien  faire en scène de textes à mi-chemin du théâtre et de la poésie.. Du reste, Novarina a écrit des versions pour la scène, plus courtes, de certaines de ses oeuvres, comme l'Inquiétude (version scénique du Discours aux animaux) ou l'Espace furieux (version scénique de Je suis).

La difficulté de ce théâtre fait qu'en pratique il est porté surtout à la scène par l'auteur lui-même, metteur en scène, et par des acteurs particulièrement familiers de l'oeuvre, comme André Marcon.

Il est impossible de juger de la valeur théâtrale d'un texte de Novarina si on ne l'a pas vu incarné sur la scène dans de bonnes conditions. Je n'ai pas assisté à la représentation de son texte le plus récent, le Vrai sang, au théâtre de l'Odéon. Grand succès, paraît-il. Je suppose qu'il s'agit d'une version réduite du texte de presque 300 pages publié chez P.O.L. A la lecture, mon impression est mitigée. Malgré de très beaux moments (comme la tirade initiale programmatique de l'Enfant théorique (le bien nommé), j'ai trouvé le texte souvent obscur, souvent ennuyeux, et trop long. La prolixité dilue la théâtralité et la force.

Il me semble qu'à l'époque de l'Opérette imaginaire (1998) et de l'Origine rouge (2000), ce théâtre avait atteint un point d'équilibre où l'originalité de l'inspiration et de l'écriture se conciliaient avec le souci de toucher le spectateur. Pour moi, le Vrai sang s'éloigne de cet équilibre, mais, encore une fois, je n'ai pas vu ce que Novarina et ses comédiens en ont fait.

Le soir de la remise des Molières 2011, Le Vrai sang figura parmi les meilleurs textes nominés, mais ne remporta pas la récompense. Dans la salle, je reconnus celui qui m'était apparu, lorsque je découvris l'Atelier volant, comme le Molière de notre temps. Il me parut bien seul.

Dans notre paysage théâtral, l'oeuvre de Novarina reste une singularité. Malgré d'incontestables réussites à la scène et l'accueil favorable de la critique, elle n'est pas vraiment sortie du ghetto d'un théâtre d 'avant-garde dont, en leur temps le théâtre de Beckett et celui d'Ionesco avaient su s'évader.

 Le Vrai Sang, de Valère Novarina, au théâtre de l'Odéon


Voyeurisme

samedi 16 avril 2011

Tu me prêtes tes bombinettes?

Mort de rire ! Selon le Washington Post, renseigné par des officiers de l'OTAN, l'aviation française et l'aviation britannique seraient à court de munitions (notamment de bombes à guidage laser) pour poursuivre leurs opérations en Libye. Il paraît que les experts amerlauds se tiennent les côtes en se demandant quelle guerre un peu sérieuse les Européens sont  capables de soutenir un peu longtemps.

On comprend mieux pourquoi, depuis longtemps déjà, l'OTAN avait fortement ralenti ses opérations : il s'agissait de gérer la pénurie !

Et ça veut jouer les gendarmes de la démocratie ici ou là ! ça n'en a pas les moyens, mais ça ramène sa fraise quand même. Sans compter le fric englouti dans ces dispendieuses opérations militaires, alors même que, de l'aveu de ceux qui nous gouvernent, les caisses de l'Etat sont vides.

BHL, notre pitre pseudo-philosophique, n'en continue pas moins de passer à la télé pour faire son numéro de commis-voyageur de la guéguerre à Sarko, vantant les progrès des chabab dans l'art militaire. Ils en auront besoin car s'ils comptent sur nous, ils risquent de connaître de cuisantes déceptions ces prochains jours. Mais enfin, dira-t-on , le pitre philosophique n'est pas un expert des choses de la guerre. On se demande en quoi il est expert d'ailleurs, sinon dans l'art de brasser du vent. Le Sarko, lui, il a des conseillers compétents, en principe. Mais au lieu d'analyser à froid tous les aspects de la situation, il s'est lancé comme un petit fou, au hasard Balthazar.

Dans une tribune commune, Obama, Brown et Sarkozy considèrent comme indispensable le départ de Kadhafi. Cette exigence sort du cadre de la résolution du Conseil de Sécurité, comme l'a fait remarquer Gérard Longuet soi-même, notre ministre de la défense à la triste figure.. Fournir des armes aux rebelles,  les former, voire les encadrer, serait faire fi de l'embargo sur les armes à destination de la Libye,  décrété par le même Conseil de Sécurité. Bref, on n'en a pas fini avec les embrouilles et le n'importe quoi.

Le même Gérard Longuet nous prévient que la guéguerre sera sans doute beaucoup plus longue que prévu. Merci, mais on s'en doutait déjà. Quand à Juppé, il "déconseille" d'intervenir en Syrie et au Burkina-Faso. Enfin un éclair de lucidité. Il faut dire que, vu nos moyens, il vaut mieux ne pas nous disperser. Je sais bien que le prestige de l'uniforme français est tel qu'à défaut de missiles, nos boys pourraient y aller avec des lances-pierres, mais enfin, ne tentons pas le diable. Au fait, Juppé déconseille, mais à qui? Un carambar à qui trouvera.

La principale compétence de ces gens, c'est apparemment de vendre la peau de l'ours Kadhafi  avant de l'avoir tué. Gageons qu'ils vont continuer encore longtemps à s'adonner à ce qui semble être devenu leur sport favori. Y a pas photo. C'est vrai que leur sport tient plutôt du safari-photo. Souriez : Kadhafi vous fait un bras d'honneur.

Lire sur le site du Monde.fr du 17/04/2011 le texte, d'une remarquable lucidité, de Claude Lanzmann, intitulé Libye, rhéteurs et décideurs.


Lire aussi, sur le site de Terra Nova, l'étude de Michel Desardennes, dont voici un extrait :
"La Communauté internationale engagée en Libye semble ne pas avoir su éviter une nouvelle chausse trappe que des références historiques récentes auraient dû nous aider à éviter :
- l’exemple iraquien a montré qu’une action militaire ne pouvait être fondée sur des renseignements biaisés sur le potentiel militaire des deux parties et sur les rapports de forces politiques au sein des populations ;
- celui de l’Afghanistan aurait dû nous apprendre qu’il faut une connaissance fine et pragmatique des structures politiques complexes (combinaison d’intérêts tribaux, régionaux et personnels protéiformes) si l’on veut éviter l’enlisement ;
- au Kosovo enfin, nous avons vu que des frappes aériennes permettent certes de régler le problème militaire stricto sensu, mais qu’il faut ensuite un engagement lourd, coûteux et long pour soutenir un Etat dépendant dont les ambitions démocratiques et socio-économiques sont loin d’être matérialisées.
Ces expériences – notamment celle du Kosovo – ne doivent évidemment pas justifier par principe l’inaction face à la barbarie. Mais nous devons en tirer les leçons nécessaires pour être efficaces. Les premières semaines de l’opération libyenne montrent que si notre instrument militaire peut être (relativement) efficace, il ne peut être pleinement opérationnel que dans le cadre d’une stratégie politique claire et pertinente. C’est sur ce point que nous avons aujourd’hui des doutes, dans le silence assourdissant du pouvoir pour expliquer aux Français ce qui se passe et ce que nous voulons obtenir en Libye. "  (L'intégralité de cet article remarquable est à lire, si l'on veut se faire une idée un peu claire des enjeux)


(Posté par : Jambrun )

vendredi 15 avril 2011

Le paradoxe de l'Islam

Chacun sait que pour les Musulmans, le Coran a été directement dicté par Allah à Mahomet. L'arabe du Coran est donc, par là même, la langue de Dieu, puisque Dieu a choisi cette langue pour parler au Prophète. 
On peut donc légitimement penser qu'une connaissance parfaite de l'arabe du Coran (de l'arabe littéraire?) est indispensable pour comprendre aussi parfaitement que possible le message du livre sacré.
 Toute transposition, toute traduction du Coran dans une forme dialectale ou moderne de l'arabe, a fortiori dans une autre langue, comme le français, augmente évidemment le risque de s'éloigner de l'authenticité du message. On le sait, toute traduction est peu ou prou une trahison, ouvrant la porte à toutes sortes d'approximations et de contresens. On pourrait même aller jusqu'à dire que toute tentative de traduction du Coran est une entreprise quelque peu sacrilège, puisque le traducteur, même le plus scrupuleux, risque d'altérer l'authenticité de la parole de Dieu.

Il ne s'agit pas seulement du sens littéral des mots. On a vanté bien souvent la beauté poétique du  texte coranique. Affaire de sonorités, de rythmes, d'images. Cette poésie n'est pas un ornement surajouté au texte. Elle en fait partie intégrante. Elle participe de son sens. Qui reste insensible à cette poésie passe à côté d'une part essentielle de la signification du texte. Or cette poésie n'est  restituée que bien faiblement par les traductions, quel que soit le talent du traducteur.
On peut  penser que toute personne incapable de maîtriser parfaitement l’arabe que parlait Mahomet est incapable de lire et de comprendre correctement le Coran, parole de Dieu, qu'il est donc un médiocre Musulman, voire un faux Musulman, un imposteur, sans même, le plus souvent, en avoir bien conscience. Pour se dire Musulman, sans aucune impudence ni sacrilège, il faudrait, me semble-t-il, maîtriser PARFAITEMENT l’arabe du temps de Mahomet, et pas seulement à peu près. Autrement, on n’est jamais assuré d’interpréter correctement la parole de Dieu, de la comprendre pleinement, on a moins de chances d'être enthousiasmé par elle, pire, on n’est jamais sûr de ne pas être en train de commettre un monstrueux contresens directement inspiré par le Malin. On en est alors réduit à se ranger à l’avis de je ne sais quel interprète, dont on n’est jamais certain qu’il n’est pas lui-même un imposteur.
Or, la plupart des Musulmans du monde n'ont aucunement accès au Coran dans sa version arabe authentique, langue que pour la plupart   ils  ne pratiquent ni ne comprennent, mais dans une traduction en langue vernaculaire.
On peut conclure, à partir de ces constatations, que l’Islam n’est aucunement une religion universelle, mais seulement la religion des Arabes, et encore, des seuls Arabes maîtrisant PARFAITEMENT la langue de Dieu, c’est-à-dire l’arabe dans lequel Dieu s’est adressé à Mahomet. Ce qui ne doit pas faire grand monde. Et j’irais même jusqu’à dire que le seul Musulman authentique qui ait jamais existé, ce fut Mahomet lui-même. C’est généralement ce qu’on dit d’ailleurs, quand on dit que l’Islam est la religion de Mahomet.

En fait, le problème est plus compliqué car Mahomet était illettré. Ce n'est pas lui qui a écrit le premier Coran, mais quelques uns de ses compagnons lettrés qui transcrivirent les versets que leur dicta le Prophète. Ce n'est qu'après sa mort que, sur l'ordre du calife Abou Bakr, le lettré Zaid ibn Thabit collationna les versets du Coran pour ne garder que ceux qui lui parurent authentiques et furent depuis considérés comme tels. Les Musulmans considèrent que ce travail de transcription en deux étapes des paroles de Mahomet  fut fidèle. On n'est pas obligé d'être de leur avis, dans la mesure où  toute transmission écrite (surtout manuscrite) est exposée à être fautive.

On se retrouve, en somme dans un cas de figure proche de celui de la transmission de la prédication de Jésus. Cependant ni l'Ancien ni le Nouveau Testament  ne se présentent comme l'expression directe de la parole d'un Dieu mais seulement comme un corpus de témoignages humains. Le problème de la traduction des textes bibliques est donc moins crucial que pour le Coran. C'est ce qui fait qu'à la fin du Moyen Age, la traduction du Nouveau Testament dans les principales langues européennes, pour remédier au fait que la plupart des fidèles ne comprenaient pas le latin, n'a pas posé de problème théologique majeur. Il me semble, au contraire, que toute traduction du Coran pose un problème théologique majeur.
Les théologiens de l'Islam ont bien dû traiter de cette difficulté. J'aimerais bien savoir comment ils proposent de la résoudre.
Le plus ancien exemplaire connu du Coran (seconde moitié du VIIème siècle, ou premier siècle de l'Hégire), conservé à la Bibliothèque Nationale de France

jeudi 14 avril 2011

Que faire de Laurent Gbagbo ?

Le tuer, évidemment.

Si les considérations "éthiques", "humanitaires", n'avaient pas irrémédiablement fait entrer en décadence l'art de la politique, ce serait chose faite depuis plusieurs jours. Mais il faut choisir, et au moment voulu. On ne peut pas avoir à la fois la tête politique et l'âme sensible.

Gilles Devers, avocat, sur son blog, "Actualités du droit, dénonce à juste titre ce qu'a d'hypocrite et de scandaleux la prétention des vainqueurs à juger le vaincu. Comment  pourrait-il ne pas être coupable puisqu'il est vaincu , et d'autant plus coupable qu'il est vaincu ?

Cette prétention n'est pas nouvelle, elle est de tous les temps, de tous les régimes et de tous les pays. Inutile de relire les Rois maudits pour s'en convaincre. Notre grande Révolution en fournit des exemples célèbres, par exemple le procès de Danton. L'époque moderne a vu la triste fin (après procès) de Ceaucescu, de Saddam Hussein...

L'idéal serait évidemment que le "coupable" avoue son crime et appelle sur sa propre tête le châtiment, comme au bon vieux temps des procès de Moscou. Ionesco a très bien mis en scène ce cas de figure dans son Macbett :

CANDOR : Si j'avais été plus fort, j'aurais été votre souverain sacré. Vaincu, je ne suis qu'un lâche et un traître. Que n'ai-je gagné cette bataille ! C'est que l'Histoire, dans sa marche, ne l'a pas voulu. C'est l'Histoire qui a raison, objectivement. Je ne suis qu'un déchet historique. Au moins, que mon sort serve d'exemple à tous et à la postérité. Ne suivez jamais que les plus forts. Comment savoir qui est le plus fort, avant la bataille? Que la plupart ne fassent pas de bataille. Que d'autres ne suivent que les gagnants. La logique des événements est seule valable. Il ne peut y avoir d'autre raison que la raison historique. Il n'y a aucune transcendance qui puisse l'infirmer. Je suis coupable. Notre révolte était cependant nécessaire, pour prouver à quel point j'étais criminel. Je suis heureux de mourir. Ma vie ne compte pas. Que mon corps et celui de tous ceux qui m'ont suivi servent à engraisser les champs, à faire pousser le blé, pour les moissons de l'avenir. je suis l'exemple de ce qu'il ne faut pas faire. "

Avouons que, si l'on obtenait du rétif Gbagbo qu'il apprenne par coeur cette tirade et la récite à ses juges dès le début de son procès, on s'épargnerait des complications. Il n'y aurait plus qu'à le coller vite au mur, puisqu'on n'a pas voulu recourir, au moment voulu, pour donner satisfaction à certaines âmes sensibles, à la solution, expéditive mais pratique, de l'exécution sommaire. Il reste bien le poison, le "suicide" en prison, la "tentative d 'évasion" qui a mal (bien) tourné, mais ces recours sont délicats à mettre en oeuvre et ne peuvent être envisagés qu'après avoir longuement fait croupir le "coupable" dans quelque geôle inconfortable et lointaine, avec le risque permanent qu'il mette les voiles pour de bon. 

Sans compter que, Gbagbo mort, tous les problèmes ne seraient pas réglés. Il resterait longtemps quelques gbagbistes, qui s'emploieraient à tresser à leur défunt leader une couronne de martyr, façon Lumumba...

La politique est un art difficile... 

 La tête de l'emploi

mardi 12 avril 2011

Les approximations de Quignard

Pascal Quignard n'est pas  mon écrivain favori. La plupart de ses livres me sont tombés des mains. Il jouit d'une réputation enviable. Moi, je le considère comme un emmerdeur patenté. C'est sûrement moi qui ai tort.

Quignard époustoufle ses lecteurs par son érudition, notamment dans le domaine des littératures et cultures antiques (latine notamment). Il m'est arrivé pourtant de trouver ses références approximatives et ses traductions pour le moins curieuses. Je ne sais plus bien dans quel livre c'était. Je crois que c'était dans Le sexe et l'effroi. Il faudra que je vérifie.

Cette fois, j'ouvre Les Ombres errantes.

Page 9 de l'édition Grasset, je lis :

" Vivre caché -- late -- disait Lucrèce.
Larvatus, disait Descartes.         "

J'ouvre mon Gaffiot . "Late" ne veut dire ni "vivre caché" ni "caché", mais "sois caché". C'est l'impératif du verbe "Lateo". Mettre cet impératif sur le même plan que "larvatus", qui est un nominatif, et qui, lui, veut dire "masqué" , et  peut se traduire, à la rigueur par "caché", est assez singulier. Je soupçonne l'auteur d'avoir confondu ce "late" avec l'adverbe "late", qui veut dire "largement".

Bon, ce n'est pas grave, mais là où ça se gâte, c'est juste après. Je lis :

" Il se trouva qu'en 1618 le chevalier Le Cerf, alors qu'il sortait à peu près de l'enfance, s'engagea comme volontaire dans les troupes royales avec le  dessein de voyager partout dans le monde.
Il alla rejoindre Guillaume le Taciturne au siège de Breda.    "

Le siège de Breda commença en 1624.
Le chevalier Le Cerf a fort bien pu s'y trouver.
Mais sûrement pas Gullaume le Taciturne qui, né en 1533, était mort en 1584 !
Quignard a dû confondre avec Maurice de Nassau.

Quand on doute un peu de ses références, on vérifie. On ouvre son Gaffiot ou son encyclopédie. Mais Quignard ne doute apparemment de rien. C'est là que ça devient inquiétant.

Allez, Quignard, remballe ton érudition à deux balles.

Les traductions et fantaisies étymologiques quignardiennes ne manquent pas non plus de piquant.

Par exemple, à la page 62 du même ouvrage, on peut lire :

" Le ploutos en Grèce ancienne définissait la fortune qui brille dans la nuit, la fortune en argent et en or.
Ploutôn était le dieu Recéleur-des-trésors-enfouis-sous-la terre.
Plutarque  -- Ploutarchos  -- voulait dire en grec le maître des richesses enfouies. "

Malheureusement pour Quignard , le mot ploutos désigne toute forme de richesse. Pour dire en quoi elle consiste, il faut préciser.

Ploutôn (le Pluton des Latins), dieu des Enfers,  est un personnage mythologique différent du dieu de la richesse, Ploutos, avec lequel il a été parfois confondu. L'orthographe des deux noms n'est d'ailleurs pas la même : l'accent est différent sur la première syllabe (aigu pour Ploutôn, circonflexe pour Ploutos; et la prononciation est différente.  Il est douteux que le nom de Ploutôn ait un rapport avec la richesse. Tout au moins la question se pose. Quignard ne se la pose pas parce qu'il ne la voit même pas.

Quant à la traduction que Quignard propose du nom de Plutarque, elle est évidemment la conséquence des fantaisies qui la précèdent.

Tout de suite après, on apprend avec intérêt que "le latin vulgus traduit le grec démos ".
Le mot latin qui traduit "démos" (mot dont la signification est politique) n'est pas vulgus, c'est populus. Vulgus a une toute autre signification. Le célèbre Odi profanum vulgus et arceo ("Je hais la foule profane et je la tiens à l'écart") d'Horace serait inconcevable si vulgus était l'éuivalent du populus de Senatus populusque Romanus. L'équivalent grec de vulgus,c 'est, par exemple, plèthos.

Que Quignard rêve à sa guise sur les étymologies, c'est bien son droit. Mais s'il le fait, qu'il annonce la couleur et ne fasse pas prendre à ses lecteurs des vessies pour des lanternes.

Quant à la pensée de Quignard, elle me paraît aussi peu assurée que son érudition.

Page 62 toujours, on lit :

" Homogénéité culturelle, historique, tel est le destin de l'homme.
  Hétérogénéité naturelle, originaire, tel est le destin de l'art "

Ce survol sidérant de l'histoire des cultures, des civilisations et de l'art, prétendant  opposer les unes à l'autre, se termine par un crash dans le premier champ de patates venu pour peu qu'on examine la question avec un minimum de connaissances. Quant à l'opposition entre le destin de l'homme et le destin de l'art, elle est carrément farcesque. Comme si le second se faisait sans le premier.

Je n'ai rien contre le goût des formules, à condition qu'elles ne soient pas creuses.

Si les Ombres errantes, était un roman, on pourrait se dire que Quignard a voulu écrire une sorte de Bouvard et Pécuchet philosophes. Cet hommage à Flaubert ne manquerait pas d'intérêt. Mais ce n'est pas le cas. C'est bien à son compte que Pascal Quignard nous sert ces âneries.

Si encore on rencontrait quelques traces d'humour dans cette enfilade d'élucubrations insanes. Mais non. Quignard ignore l'humour. Il débite invariablement son bavardage hétéroclite avec le même  sérieux imperturbable et morose, à mi-chemin de Trissotin et de Snoopy. Bien vite s'installe un ennui  pesant. Encore un opus quignardesque que je n'aurai pas eu la force de finir.

Les Ombres errantes n'en a pas moins décroché le Goncourt en 2002. Il est vrai que, sur le terrain de la nullité, Paule Constant et Weyergans lui font une rude concurrence.

Montrer à quel point Quignard rime avec avec ignare, tel était le propos de cette modeste étude.


( Rédigé par : John Brown )


Angelots pris de doute après avoir lu Quignard

lundi 11 avril 2011

Un bon point pour le p'tit Nicolas

Et surtout pour les soldats français. Gbagbo a été arrêté. Enfin. En bonne santé, lui, sa femme, son fils et son dernier carré de fidèles. Tant mieux. Pas trop tôt pour la population d'Abidjan, qui n'en pouvait plus.

D'aucuns commencent à ergoter, accusant les soldats de la force Licorne d'avoir outrepassé leur mandat. Si c'est le cas, on s'en fiche pas mal, et même on les en félicite. Il s'agissait de mettre un malfaiteur politique hors d'état de nuire, et il y avait urgence. Cette fin-là justifiait les moyens qu'on y a mis. Alassane Ouattara a enfin été traité par nous comme un allié à part entière, ce qu'il est, de fait, depuis le début. Et un allié, ça se soutient. A fond.

Les forces spéciales françaises, les blindés de la force Licorne ont mis le paquet, de concert avec les soldats de l'ONU pour appuyer l'offensive des soldats d'Alassane Ouattara, qui ont procédé à l'arrestation. C'est très bien. On n'osait plus y croire.

C'est une grande date pour la Côte d'Ivoire et pour l'avenir de la démocratie en Afrique.

Sur le site du Nouvelobs.com, Jacques Vergès déclarait hier : "Alassane Ouattara est le chef d'une bande d'assassins ". On n'en attendait pas moins de l'ex-défenseur de Carlos et de Klaus Barbie. Décidément, ce militant anticolonialiste n'aura pas cessé de se tromper de combat. "Et s'il n'en reste qu'un..."... Mais j'oubliais Roland Dumas, Emmanuelli, Loncle, Labertit, en somme ce que la social-démocratie française compte de plus moisi..

Sur son site internet, Julien Dray condamne l'intervention française à Abidjan, ainsi que notre engagement en Libye (tout au moins ses modalités), y voyant surtout les calculs électoralistes du p'tit Nicolas. Que de telles préoccupations soient entrées en ligne de compte, cela ne fait aucun doute, mais elles ne suffisent pas à expliquer ses décisions. A mon avis, il faut dissocier les deux cas. La position de Sarko à propos de la Côte d'Ivoire a été juste dès le début, on ne peut pas lui retirer ça. Vu la présence des soldats français sur place, la suite ne faisait guère de doute. En revanche, l'engagement en Libye a été décidé dans des conditions d'improvisation consternantes, à la suite des pas de clerc du pouvoir dans l'affaire tunisienne. Je persiste à penser que nous n'avions pas à nous en mêler militairement, en tout cas pas en prenant la tête d'une croisade anti-Kadhafi, au prix d'un renversement d'alliance ahurissant et qui risquait de nous coûter très cher. Le choix de Sarko a été un coup de poker, des plus risqués. Un Président qui confond la politique et le poker, il vaut mieux ne pas le réélire. Mais il faut reconnaître que ce  coup peut encore être gagnant ou à moitié gagnant. On verra.


(Posté par : La grande Colette sur son pliant )

" Nos animaux préférés " (Antoine Volodine)

Dans Nos animaux préférés, Antoine Volodine réunit, sous la forme de contes (pour adultes) des fictions singulières où l'univers de Babar semble s'être croisé avec celui  de la Planète des singes. Dans une ambiance de fin de partie, les dernières représentantes, crasseuses et dépenaillées, d 'une humanité au bord de la disparition, tentent de frayer, faute de mâle disponible, avec un éléphant. On y rencontre d'étranges créatures, à mi-chemin du phoque et du criquet, mais dotées de pensée et de langage. Cet univers passablement sinistre doit beaucoup, sans doute, aux obsessions, hantises et cauchemars de l'auteur. Il faut reconnaître que ces images  ont une singulière prégnance et qu'elles s'accrochent à la mémoire par des fibres parentes de celles qui collent le roi Balbutiar, personnage de plusieurs scènes, à son rocher. Il y a là un fantastique pas très éloigné de la science-fiction et de certaines BD cauchemardesques peintes à l'encre de seiche. Le tout pimenté d'un humour pince-sans-rire et d'une écriture travaillée et musicale, d'une façon un peu trop exhibée pour mon goût. Je ne ferais pas  de Volodine mon auteur de chevet mais, une fois en passant, c'est loin d'être désagréable.


Antoine VolodineNos animaux préférés  (Seuil, coll. "Fictions & Cie"

dimanche 10 avril 2011

Cocody-sur-Seine

Tiens : revoilà Pasqua en correctionnelle, en même temps que son copain Santini; tous deux élus des Hauts-de-Seine.

Je ne cesse de m'étonner qu'avec toutes les casseroles qu'il a au cul, Pasqua n'ait pas passé plus de temps en prison. Pas comme l'innocent Dany Leprince. Il y a vraiment en France une justice à deux vitesses...

Le bunker de Gbagbo, c'est vraiment rien du tout à côté du département des Hauts-de-Seine. Outre Pasqua et Santini, y sont retranchés Balkany --lui aussi de longue date un habitué des prétoires  --, le fils Sarko, et bien entendu le papa. Pour les débusquer, il faudra l'artillerie lourde. Il faut dire que les électeurs ne sont pas, pour la plupart inscrits sur les listes d'attente de Pôle-emploi ni des HLM.

samedi 9 avril 2011

Zéro pointé

Ah! elles sont belles, les entreprises guerrières de notre micro-Bonaparte ! Ce serait à mourir de rire si nos soldats n'y risquaient pas leur vie. Ils font ce qu'ils peuvent, les pauvres, avec les moyens limités qu'on leur donne et la marge de manoeuvre qu'on leur laisse, et Dieu sait si elle est mince.

Bientôt les kadhafistes seront à nouveau aux portes de Benghazi, et les gbagboistes, sortis de leur trou, menacent l'hôtel du Golf, résidence de Ouattara. En attendant pire.

Pauv'p'tit Nicolas, va ! Voilà ce qui arrive quand on veut péter plus haut que son cul. Voilà ce qui arrive quand on se lance comme un petit fou, sans se demander si on a les moyens d'arriver à ses fins. Voilà ce que c'est que de se prendre pour le paladin des droits de l'homme pouète-pouète. Voilà ce que c'est que de se poser en défenseur de la veuve et de l'orpheline.

A la porte, le micro-Bonaparte !