vendredi 15 avril 2011

Le paradoxe de l'Islam

Chacun sait que pour les Musulmans, le Coran a été directement dicté par Allah à Mahomet. L'arabe du Coran est donc, par là même, la langue de Dieu, puisque Dieu a choisi cette langue pour parler au Prophète. 
On peut donc légitimement penser qu'une connaissance parfaite de l'arabe du Coran (de l'arabe littéraire?) est indispensable pour comprendre aussi parfaitement que possible le message du livre sacré.
 Toute transposition, toute traduction du Coran dans une forme dialectale ou moderne de l'arabe, a fortiori dans une autre langue, comme le français, augmente évidemment le risque de s'éloigner de l'authenticité du message. On le sait, toute traduction est peu ou prou une trahison, ouvrant la porte à toutes sortes d'approximations et de contresens. On pourrait même aller jusqu'à dire que toute tentative de traduction du Coran est une entreprise quelque peu sacrilège, puisque le traducteur, même le plus scrupuleux, risque d'altérer l'authenticité de la parole de Dieu.

Il ne s'agit pas seulement du sens littéral des mots. On a vanté bien souvent la beauté poétique du  texte coranique. Affaire de sonorités, de rythmes, d'images. Cette poésie n'est pas un ornement surajouté au texte. Elle en fait partie intégrante. Elle participe de son sens. Qui reste insensible à cette poésie passe à côté d'une part essentielle de la signification du texte. Or cette poésie n'est  restituée que bien faiblement par les traductions, quel que soit le talent du traducteur.
On peut  penser que toute personne incapable de maîtriser parfaitement l’arabe que parlait Mahomet est incapable de lire et de comprendre correctement le Coran, parole de Dieu, qu'il est donc un médiocre Musulman, voire un faux Musulman, un imposteur, sans même, le plus souvent, en avoir bien conscience. Pour se dire Musulman, sans aucune impudence ni sacrilège, il faudrait, me semble-t-il, maîtriser PARFAITEMENT l’arabe du temps de Mahomet, et pas seulement à peu près. Autrement, on n’est jamais assuré d’interpréter correctement la parole de Dieu, de la comprendre pleinement, on a moins de chances d'être enthousiasmé par elle, pire, on n’est jamais sûr de ne pas être en train de commettre un monstrueux contresens directement inspiré par le Malin. On en est alors réduit à se ranger à l’avis de je ne sais quel interprète, dont on n’est jamais certain qu’il n’est pas lui-même un imposteur.
Or, la plupart des Musulmans du monde n'ont aucunement accès au Coran dans sa version arabe authentique, langue que pour la plupart   ils  ne pratiquent ni ne comprennent, mais dans une traduction en langue vernaculaire.
On peut conclure, à partir de ces constatations, que l’Islam n’est aucunement une religion universelle, mais seulement la religion des Arabes, et encore, des seuls Arabes maîtrisant PARFAITEMENT la langue de Dieu, c’est-à-dire l’arabe dans lequel Dieu s’est adressé à Mahomet. Ce qui ne doit pas faire grand monde. Et j’irais même jusqu’à dire que le seul Musulman authentique qui ait jamais existé, ce fut Mahomet lui-même. C’est généralement ce qu’on dit d’ailleurs, quand on dit que l’Islam est la religion de Mahomet.

En fait, le problème est plus compliqué car Mahomet était illettré. Ce n'est pas lui qui a écrit le premier Coran, mais quelques uns de ses compagnons lettrés qui transcrivirent les versets que leur dicta le Prophète. Ce n'est qu'après sa mort que, sur l'ordre du calife Abou Bakr, le lettré Zaid ibn Thabit collationna les versets du Coran pour ne garder que ceux qui lui parurent authentiques et furent depuis considérés comme tels. Les Musulmans considèrent que ce travail de transcription en deux étapes des paroles de Mahomet  fut fidèle. On n'est pas obligé d'être de leur avis, dans la mesure où  toute transmission écrite (surtout manuscrite) est exposée à être fautive.

On se retrouve, en somme dans un cas de figure proche de celui de la transmission de la prédication de Jésus. Cependant ni l'Ancien ni le Nouveau Testament  ne se présentent comme l'expression directe de la parole d'un Dieu mais seulement comme un corpus de témoignages humains. Le problème de la traduction des textes bibliques est donc moins crucial que pour le Coran. C'est ce qui fait qu'à la fin du Moyen Age, la traduction du Nouveau Testament dans les principales langues européennes, pour remédier au fait que la plupart des fidèles ne comprenaient pas le latin, n'a pas posé de problème théologique majeur. Il me semble, au contraire, que toute traduction du Coran pose un problème théologique majeur.
Les théologiens de l'Islam ont bien dû traiter de cette difficulté. J'aimerais bien savoir comment ils proposent de la résoudre.
Le plus ancien exemplaire connu du Coran (seconde moitié du VIIème siècle, ou premier siècle de l'Hégire), conservé à la Bibliothèque Nationale de France

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