mercredi 6 avril 2011

Les guerres foireuses de la France

La France est actuellement engagée sur trois théâtres d'opérations : l'Afghanistan, la Libye, la Côte d'Ivoire. Compte tenu de nos moyens militaires et financiers, ça en fait au moins deux de trop Dans les trois cas, l'enlisement est garanti. Cela ne tient pas aux militaires engagés sur place, ni aux matériels. Cela tient aux formes de la guerre qu'ils ont à mener. Guerre "humanitaire" dans les trois cas : on vole au secours de la démocratie et des malheureuses populations civiles menacées; mais l'intérêt économique, l'intérêt stratégique, qui sont les vrais moteurs des guerres sérieuses, ne sont évidents dans aucun des trois cas. Nous y perdons des hommes, nous y perdons beaucoup d'argent. Nous y gagnons de nous faire mal voir des uns et des autres.. De plus, nos troupes ne sont pas libres de leurs mouvements, placées qu'elles sont sous le commandement d'organismes internationaux dont les atermoiements, les lenteurs, les scrupules, ont des conséquences catastrophiques sur le terrain.

La défense des droits de l'homme n'a jamais été une raison sérieuse de faire la guerre. Il n'y a que Bernard-Henri Lévy pour croire à ces mômeries et pour y faire croire. Les seuls qui se soient à peu près sortis les couilles nettes de ce genre d'entreprise, ce sont les Américains lors de la première guerre du Golfe, puis dans l'affaire du Kosovo. Au demeurant, leurs vraies raisons de faire la guerre n'avaient rien à voir avec un humanitarisme bêlant. Et ils s'en sont sortis parce qu'ils avaient des moyens très supérieurs à ceux que nous pouvons mettre en oeuvre. Et même avec leurs moyens, cela fait dix ans qu'ils sont enlisés en Afghanistan, et nous avec eux. Quand une puissance moyenne comme la France se lance dans un conflit armé, ses dirigeants devraient d'abord se demander s'ils ont la capacité de soutenir un conflit qui s'éternise. S'ils ne l'ont pas, il vaut mieux s'abstenir.

Le résultat de ces entreprises guerrières mollassonnes, c'est, par exemple, la foirade libyenne : depuis des semaines, la menace que Kadhafi fait peser sur des "rebelles" toujours aussi inconsistants militairement n'a toujours pas été réellement écartée. Misrata est sur le point de tomber, les kadhafistes remontent vers Benghazi. On découvre que les frappes aériennes ne règlent rien. Et ça risque fort de durer. C'est maintenant la foirade ivoirienne : Gbagbo continue de résister dans son bunker défendu par quelque deux cents partisans déterminés; et là aussi ça risque de durer.

Quand on se lance dans une guerre, on devrait en principe s'assurer qu'on a les moyens de la gagner, et la mener franco et jusqu'au bout, sans s'embarrasser de chichis humanitaires.

Au début d'août 1944, les Américains entreprirent de s'emparer de l'île de Cézembre, au large de Saint-Malo. L'île, truffée de canons de marine, était défendue par quelques centaines de SS protégés par des bunkers à-demi enterrés. Les Américains déversèrent sur l'île plus de 20 000 bombes et utilisèrent massivement le napalm. La garnison n'en résista pas moins  pendant un mois, sous ce déluge de fer et de feu. Quand elle se rendit, les vainqueurs rendirent les honneurs militaires aux quelques dizaines de survivants. C'était la moindre des choses.

A l'époque, époque classique de la guerre, on faisait la guerre sérieusement et on y mettait les moyens. On ne s'embarrassait pas de scrupules humanitaires ni de susceptibilités à ménager. On mettait le paquet, la détermination. On n'invitait pas des foules de journalistes, on triait soigneusement les infos et les images. C'étaient déjà les Américains. S'ils n'étaient pas venus, s'ils n'y avaient pas mis les moyens, nos SS seraient encore à Cézembre.

Parions que Gbagbo, dans son bunker, est parti pour tenir plus d'un mois. Quand on pense qu'une bonne rasade de napalm suffirait à régler le problème, et vite, c'est gonflant. Surtout quand on a affaire à un gangster politique avéré comme l'est le Gbagbo, le choix des moyens importe peu, pourvu qu'ils soient efficaces. De toute façon, il est déjà grillé...

En attendant que les négociateurs aient fini de négocier, la population d'Abidjan s'en prend plein la gueule, et ça risque de croître et d'embellir.

On dira que ce qui se passe à Abidjan, c'est l'obstiné Gbagbo qui en porte l'entière responsabilité. Mais c'est aussi, très largement, la faute de ceux qui ont les moyens de liquider au plus vite le Gbagbo et qui ne le font pas.

Voilà ce que ça donne de vouloir noblement protéger les populations civiles et de se mêler inconsidérément de ce qui ne vous regarde pas, tout en restant le cul entre deux chaises.


( Posté par : Gerhard von Krollok )




Un des canons rouillés de Cézembre

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