jeudi 14 avril 2011

Que faire de Laurent Gbagbo ?

Le tuer, évidemment.

Si les considérations "éthiques", "humanitaires", n'avaient pas irrémédiablement fait entrer en décadence l'art de la politique, ce serait chose faite depuis plusieurs jours. Mais il faut choisir, et au moment voulu. On ne peut pas avoir à la fois la tête politique et l'âme sensible.

Gilles Devers, avocat, sur son blog, "Actualités du droit, dénonce à juste titre ce qu'a d'hypocrite et de scandaleux la prétention des vainqueurs à juger le vaincu. Comment  pourrait-il ne pas être coupable puisqu'il est vaincu , et d'autant plus coupable qu'il est vaincu ?

Cette prétention n'est pas nouvelle, elle est de tous les temps, de tous les régimes et de tous les pays. Inutile de relire les Rois maudits pour s'en convaincre. Notre grande Révolution en fournit des exemples célèbres, par exemple le procès de Danton. L'époque moderne a vu la triste fin (après procès) de Ceaucescu, de Saddam Hussein...

L'idéal serait évidemment que le "coupable" avoue son crime et appelle sur sa propre tête le châtiment, comme au bon vieux temps des procès de Moscou. Ionesco a très bien mis en scène ce cas de figure dans son Macbett :

CANDOR : Si j'avais été plus fort, j'aurais été votre souverain sacré. Vaincu, je ne suis qu'un lâche et un traître. Que n'ai-je gagné cette bataille ! C'est que l'Histoire, dans sa marche, ne l'a pas voulu. C'est l'Histoire qui a raison, objectivement. Je ne suis qu'un déchet historique. Au moins, que mon sort serve d'exemple à tous et à la postérité. Ne suivez jamais que les plus forts. Comment savoir qui est le plus fort, avant la bataille? Que la plupart ne fassent pas de bataille. Que d'autres ne suivent que les gagnants. La logique des événements est seule valable. Il ne peut y avoir d'autre raison que la raison historique. Il n'y a aucune transcendance qui puisse l'infirmer. Je suis coupable. Notre révolte était cependant nécessaire, pour prouver à quel point j'étais criminel. Je suis heureux de mourir. Ma vie ne compte pas. Que mon corps et celui de tous ceux qui m'ont suivi servent à engraisser les champs, à faire pousser le blé, pour les moissons de l'avenir. je suis l'exemple de ce qu'il ne faut pas faire. "

Avouons que, si l'on obtenait du rétif Gbagbo qu'il apprenne par coeur cette tirade et la récite à ses juges dès le début de son procès, on s'épargnerait des complications. Il n'y aurait plus qu'à le coller vite au mur, puisqu'on n'a pas voulu recourir, au moment voulu, pour donner satisfaction à certaines âmes sensibles, à la solution, expéditive mais pratique, de l'exécution sommaire. Il reste bien le poison, le "suicide" en prison, la "tentative d 'évasion" qui a mal (bien) tourné, mais ces recours sont délicats à mettre en oeuvre et ne peuvent être envisagés qu'après avoir longuement fait croupir le "coupable" dans quelque geôle inconfortable et lointaine, avec le risque permanent qu'il mette les voiles pour de bon. 

Sans compter que, Gbagbo mort, tous les problèmes ne seraient pas réglés. Il resterait longtemps quelques gbagbistes, qui s'emploieraient à tresser à leur défunt leader une couronne de martyr, façon Lumumba...

La politique est un art difficile... 

 La tête de l'emploi

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