mardi 3 mai 2011

Brahms / Bruckner : la pesanteur et la grâce

Je n'ai jamais pu vraiment pénétrer dans l'univers des symphonies de Brahms. Architectures massives, pompeusement solennelles, d'une lourdeur décourageante. Cette musique ne m'aura jamais parlé ni au coeur ni à l'âme. Elle m'a toujours paru gratuite, vide. Sans doute ai-je tort. Peut-être est-ce la faute aux interprétations que je connais, qui en remettent dans l'épais,  comme telle intégrale de Georg Solti à la tête du Concertgebouw d'Amsterdam, chef et formation d'une qualité pourtant exceptionnelle. Non, décidément, je n'aime pas ce Brahms-là.

Avec Bruckner, c'est l'inverse. Sa musique, tout de suite, décolle. Tout de suite elle m'émeut. Il y a de la solennité chez lui (Dieu sait!) comme chez Brahms, mais elle est sans lourdeur, parce que teintée de sérénité, vecteur d'un élan vers le haut. Autant l'écriture de Brahms dans ses symphonies me paraît saturée, autant celle de Bruckner est aérée. Musique d'une grâce aérienne, lumineuse, où l'on respire à pleins poumons, où l'on circule librement. Eugen Jochum, dirigeant la Staakapelle de Dresde, est pour moi l'interprète idéal de cette musique.

Curieusement, Bruckner me paraît plus authentiquement romantique que Brahms. Pas le jeune Brahms, l'ami de Robert Schumann et de Clara, mais le Brahms âgé des quatre Symphonies, un Brahms qui, de fait, tourne le dos au Romantisme pour se tourner vers un néo-classicisme assez vain.


 Jeune mélomane excessivement dubitative à l'audition d'une symphonie de Brahms


Cela tient aussi, sans doute, à la nature profonde, à l'orientation décisive, de ces deux musiques. La musique de Bruckner renvoie toujours à un référent extra-musical, ne serait-ce que sa foi religieuse, son amour de la nature. Mahler se souviendra de la leçon. La musique de Brahms, au contraire, est ( sauf exception comme le Requiem allemand) une musique sans référent autre qu'elle-même, une musique pure, en somme.

J'exagère un peu parce que la musique de chambre de Brahms renvoie, elle aussi, à des référents extérieurs, mais néanmoins musicaux : les folklores d'Europe centrale, la danse. Mais Brahms n'est jamais aussi grand que quand sa musique, ne renvoyant qu'à elle-même, parvient à vous communiquer une allégresse qui n'a pas d'autre source que l'émotion musicale à l'état pur. Et c'est là qu'il est insurpassable, comme dans les merveilleuses Variations sur un thème de Haendel,  pour le piano (une des grandes partitions de la littérature pianistique), et, surtout, dans les célébrissimes Variations sur un thème de Haydn, pour orchestre, oeuvre qui pour moi, représente la quintessence de la musique, la seule que j'emporterais dans mon île déserte (avec, tout de même, beaucoup de Monteverdi,  de Debussy, de Schumann, de Beethoven, de Messiaen, entre autres, et, bien entendu, tout mon cher Bruckner). Musique divine, au moins quand c'est Toscanini qui la dirige.

Mais dans les quatre Symphonies, non, décidément, la musique pure, ça ne fonctionne pas.

Johannes Brahms,    Variations sur un thème de Haendel ,  Daniel Barenboim, piano

Johannes Brahms, Variations sur un thème de Haydn
                                NBC Symphony orchestra, Arturo  Toscanini         

Anton Bruckner ,     Symphonies (intégrale) Staatskapelle Dresden, Eugen Jochum

Anton Bruckner,      Cinquième Symphonie, Orchestre des Champs-Elysées, Philippe Herreweghe 



 
Jeune mélomane transporté d'allégresse à l'audition d'une symphonie de Bruckner


( Posté par : Jambrun )

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