lundi 9 mai 2011

L'âge d 'or de l'invention

Huit ans le huit mai : belle coïncidence.

Elle joue dans sa chambre. Entre sa maman. "Tu me déranges dans mon jouement ", lui dit-elle.

Peu portée sur les jus de fruits et boissons gazeuses, elle annonce que, plus tard, elle sera " une boireuse d'eau".

Il est clair que jouement comble une lacune du vocabulaire : le jouement, c'est le jeu en train de se faire.

Quant à boireuse, qui pourrait nier sa supériorité expressive sur buveuse ?

Nous autres adultes, paralysés par notre respect frileux du vocabulaire homologué et des normes orthographiques et grammaticales, il y a belle lurette que nous avons perdu cette capacité de jeu inventif, poétique (au sens étymologique) avec notre langue.

Prestement, elle s'empare d'une feuille, d'un crayon ou d'un feutre. La pointe s'en va glissant vivement sur le papier. La composition s'organise sans repentir, toujours différente, toujours juste, émouvante et drôle. Une autre lui fait suite, puis une autre, encore une autre. Cette petite fille pense littéralement en dessinant.

Elle porte à la taille, depuis l'âge de cinq ans, un boîtier semblable à un portable, mais relié à un cathéter, et qui lui perfuse au moment voulu la dose d'insuline que son organisme réclame. 

Ses dons étonnants pour le dessin ne peuvent évidemment pas s'expliquer par sa maladie. Mais dessiner lui permet sûrement de composer avec elle, de lui fixer ses limites, et même de l'utiliser.

Heureux anniversaire, ma petite fille chérie.

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