mardi 28 juin 2011

Pour chaluter Blondin

 

 J'aime beaucoup cette photo du jeune Antoine Blondin en boxeur. Du temps où j'étais supérieur du petit séminaire de Châteauneuf-les-Moustiers, ce petit brun ne m'aurait pas déplu. avec la permission de Notre-Seigneur, bien entendu. J'ai toujours préféré les petits Brun aux petis Lu au petit déjeuner. Ô Nini, chois, qui mal  y penses.



J'aime la photo du grand Blondin en croupe du grand motard. C'est une position agréable, quoiqu'un peu fatigante à la longue. Aux nichoirs qui mal y pensent.

lundi 27 juin 2011

" Esther " de Racine à Saint-Etienne-du-Mont : l'Esther sulfurique

Esther est l'avant- dernière pièce de Racine (1689). Jugeant avoir beaucoup trop péché en écrivant  pour le théâtre, il n'avait plus rien produit depuis Phèdre. Esther n'est pas la plus lue ni la plus jouée de ses tragédies, sans doute à cause de sa forme particulière, les scènes jouées alternant avec des passages choraux, chantés, à l'origine, sur une musique de Jean-Baptiste Moreau. Jouer Esther sans la musique affaiblit certainement beaucoup l'effet de la représentation et dénature l'oeuvre.

Mon prof de lettres en classe de seconde nous fit étudier Esther. On n'oserait plus aujourd'hui, sauf peut-être au lycée Fénelon. Je n'en garde pas un souvenir impérissable, sauf que je fus sensible à la musique des vers. Je trouvai au personnage d'Aman (l'affreux traître) de la couleur et de la personnalité. Mais c'est à peu près tout. Il est vrai qu'il manquait la musique de J.-B. Moreau : le temps de la redécouverte de la musique baroque française n'était pas encore arrivé.

Lors de la récente représentation d' Esther, dans une mise en scène de Marie Montegani,  en l'église Saint-Etienne-du-Mont , la musique y était. Saint-Etienne-du-Mont est la dernière église parisienne à avoir conservé son jubé. C'est devant ce jubé et sur la tribune qu'il ménage, que la troupe avait choisi de jouer.


L’idée d’utiliser une église pourvue d’un jubé, et ce jubé lui-même, pour y donner une représentation théâtrale, est une idée particulièrement…baroque. Outre le fait de compliquer la résolution des problèmes d’acoustique, souvent délicats dans une église, le jubé est en effet une structure anti-théâtrale par excellence, puisqu’il est une clôture, et nullement l’équivalent, dans l’architecture sacrée, d’une scène ou d’un rideau de scène. Sa fonction n’est pas de faciliter l’accès au spectacle sacré de la messe, mais au contraire d’arrêter les regards. Comme les iconostases des églises orthodoxes, les jubés ont été conçus pour séparer les initiés (les prêtres et leurs acolytes, plus quelques paroissiens de marque) de la foule des fidèles de base, considérés comme insuffisamment instruits pour assister directement au culte et voir directement les objets du culte.

L'acoustique de Saint-Etienne-du-Mont ne semble pas particulièrement propice à une représentation théâtrale. Les spectateurs placés dans la nef n'entendirent distinctement qu'un mot du texte sur deux ou trois. Seuls les privilégiés assis aux premiers rangs, près du carré du transept, entendirent bien le texte. J'avais naguère constaté la même disparité lors d 'un concert à l'abbaye du Thoronet (abusivement réputée pour son acoustique exceptionnelle) : plus on se rapprochait du carré du transept, surtout en passant par les déambulatoires, plus le son devenait  précis, moins il était dénaturé par les effets d 'écho. Contrairement à une idée souvent reçue, les grandes églises romanes, gothiques ou renaissance, construites avant le Concile de Trente, n'ont pas été conçues pour que le son d'une voix ou d'un instrument soit parfaitement audible de n'importe quel point de l'édifice.

A Saint-Etienne-du-Mont, on avait donc pourvu les  acteurs de micros portatifs, ce qui suscitait d'autres difficultés (ne pas parler trop près du micro etc.). Ce qui est une hérésie pour tout amateur de théâtre, pour qui la performance qu’on devrait être en droit d’exiger de tout comédien de théâtre, c'est d'être capable de se faire entendre sans micro.… Si le comédien n’y parvient pas, c’est, ou bien qu’il ferait mieux de faire autre chose, ou bien que le lieu où il joue n’est pas fait pour qu’on y fasse du théâtre. C’était le cas de l’église Saint-Etienne-du-Mont.

Moi, de toute façon, à l'Esther de Racine, j'ai toujours préféré l'Esther de Balzac. La fille du vieux Gobseck m'a toujours semblé autrement plus agréablement sulfureuse.


Jean Racine,   Esther   (bibliothèque de la Pléiade)

Voir, sur la représentation de Saint-Etienne-du-Mont, le compte-rendu de Pierre Assouline sur le site de la République des livres 


Racine faisant répéter Esther








dimanche 26 juin 2011

Le gros coeur de Christiane

On apprend le décès de Christiane Desroches-Noblecourt, l'éminente égyptologue.

Cet événement a suscité peu d'échos dans les médias.

Ce manque de reconnaissance est choquant.

Quand on pense à toutes ces générations d'archéologues qui ont enfoui le produit de leurs grosses fouilles dans ses vieilles caisses !

dessin de Hans Bellmer

jeudi 23 juin 2011

" La Bête dans la jungle ", de Henry James : savoir ne pas attendre

Comment captiver un lecteur en  écrivant une nouvelle où il ne se passe quasiment rien, dont le "héros" est un anti-héros insignifiant (comme il le reconnaît d'ailleurs lui-même), et qui se passe à peu près complètement de tout ancrage "réaliste" dans le monde concret ?

C'est la gageure que soutient Henry James  avec l'une de ses plus belles nouvelles, la Bête dans la jungle, dont le titre -- qui évoque l'univers de certains romans de Kipling, ami de James -- semble pourtant promettre un récit palpitant, riche en péripéties et en intensité dramatique.

Invité à visiter une riche demeure, réputée pour la beauté de ses collections, John Marcher y retrouve May Bartram une jeune femme rencontrée quelques années plus tôt, au cours d'un voyage en Italie. Elle évoque une confidence qu'il lui avait faite alors:

" Vous m'aviez dit que vous aviez éprouvé très jeune, comme ce qu'il y avait de plus profond en vous, le sentiment d'être voué à quelque chose de rare et d'étrange, de prodigieux, sans doute, et de terrible, qui devait tôt ou tard vous arriver, dont vous aviez l'intuition et la conviction gravées dans votre chair, et qui peut-être vous laisserait foudroyé. "

Le dialogue qui suit précise la nature de cette intuition :

"ça ne s'est pas encore produit, lui dit-il. Mais, vous savez, ce n'est pas une chose que je doive faire, que je doive accomplir dans le monde, pour qu'on me remarque ou qu'on m'admire. Je ne suis pas aussi crétin que cela. Il aurait mieux valu, sans doute, que je le sois.

--  C'est une chose que vous aurez seulement à subir ?


-- Eh bien, disons que j'aurai seulement à l'attendre... pour la rencontrer, l'affronter, la voir surgir dans ma vie... elle détruira peut-être toute conscience en moi, elle m'anéantira peut-être... mais, d'un autre côté, elle changera tout, elle frappera les racines de mon univers, et elle me laissera en mesurer les effets, quelle qu'en soit la forme. "

May Bartram décide alors de guetter avec Marcher le bond de cette "bête" dissimulée dans la jungle, de l'aider à l'identifier.

Dès lors, un lien d'une amitié qui n'est pas loin d'être amoureuse, sans que le pas soit jamais franchit, les unit.
Marcher rend des visites régulières à son amie dans l'espoir qu'en unissant leurs efforts, ils parviendront à identifier "la chose".  Les années passe, sans que rien se produise. Marcher a cependant le sentiment de plus en plus net que May est plus proche que lui de la résolution du mystère.

May tombe malade, d'une maladie mortelle sur la nature de laquelle le  narrateur ne donne pas de précisions, nous laissant le soin de l'imaginer. Lors d'une dernière entrevue, elle confie à son ami qu'elle a identifié la bête, et que son bond a déjà eu lieu, sans qu'il s'en rende compte :

" ça vous a frôlé, poursuivit-elle.  ça s'est acquitté de sa tâche. ça s'est entièrement emparé de vous.

-- Sans du tout que je le sache ?


-- Sans du tout que vous le sachiez."

Bientôt, May Bartram meurt, emportant avec elle la clé de l'énigme.  Revenu à Londres après un voyage en Orient, Marcher prend l'habitude de visiter la tombe de son amie, y trouvant du réconfort. Mais un jour, il croise la route d'un inconnu venu se recueillir sur une autre tombe, et le regard de cet inconnu le foudroie :

"Marcher sentit aussitôt  que c'était un être profondément atteint -- sentiment d'autant plus vif que rien d'autre dans l'aspect de cet homme ne le frappait, ni sa tenue, ni son âge, ni son caractère ou son milieu social possibles; il n'y avait de vivace en lui que la profonde détresse de l'expression qu'il montrait. Il la montrait, et c'était cela l'important; il eut en passant un mouvement qui était soit un appel à la sympathie, soit, plus probablement, un défi à un autre type de chagrin. [...] Qu'avait donc eu cet homme, pour qu'il pût saigner, mais continuer de vivre, en l'ayant perdu ?


Quelque chose -- et l'idée lui serra le coeur -- que lui, John Marcher, n'avait pas eu ; et la preuve en était la fin aride de John  Marcher. Aucune passion ne l'avait jamais atteint, car c'était cela que signifiait la passion ; il avait survécu, voyagé, langui, mais où donc s'était trouvée sa profonde détresse? [...] Il avait rencontré pour de bon le sort auquel il était voué, il avait bu la coupe jusqu'à la lie; il avait été l'homme de son temps, l'homme auquel rien du tout ne devait arriver. "

La Bête dans la jungle, celle qui devait anéantir John Marcher, a bien bondi, sans qu'il en ait conscience, comme le lui avait révélé May Bartram, et il n'en prend conscience que quand il est trop tard. La Bête, c'est le rien. C'est que rien, dans sa vie ne se soit passé. C'est peut-être, plus précisément, cette attente stérile et narcissique dans laquelle il s'est complu. A la fin de la nouvelle, Marcher prend conscience qu'il est passé à côté de l'amour, et qu'il a sans doute fait le malheur de son amie en la condamnant, elle aussi, à une attente interminable, dont elle a fini par mourir. Du reste, l'histoire de Marcher pourrait s'interpréter comme un cas d'impuissance affective et sexuelle : Marcher serait celui qui n'ose pas aller au bout de son désir, parce qu'il en a peur : c'est en effet sous le signe de la peur qu'est placée l'attente de la "catastrophe" qui doit se produire. May Bartram avait d'ailleurs, dès leur première conversation, envisagé cette hypothèse :

"Ce que vous décrivez, n'est-ce pas simplement l'attente...ou du moins le sens du danger, commun à tant de gens... de tomber amoureux ?"

Toutefois, en choisissant elle-même d'adopter la posture de l'herméneute de John Marcher, en lui proposant de l'aider à deviner la nature de l'énigme, May Bartram n'a-t-elle pas exclu que leur relation évolue vers un lien amoureux, quitte à en payer le prix ? Cette relation a des analogies troublantes avec une cure psychanalytique, où le transfert affectif entre l'analysant et son analyste est nécessaire pour que la cure réussisse, mais où un lien amoureux est exclu. Publiée en 1903, la nouvelle est contemporaine de l'élaboration par Freud de la théorie psychanalytique et la question de l'inconscient était à l'ordre du jour, avec notamment, les travaux de Charcot et... de William James, le frère aîné d' Henry.

Cette interprétation n'en exclut pas d'autres. En choisissant d'attendre que la Bête se déclare, paralysé par sa peur, Marcher n'est pas seulement passé à côté de l'amour, il est passé à côté de tout, il n'a pas vécu. S'il est vrai que le mouvement se prouve en marchant et que les surprises du chemin ne se découvrent qu'au fil de la marche, Marcher, marcheur de sa vie, n'aura pas fait un  seul pas, à l'instar de ces choeurs d'opéra qui chantent  "Marchons! marchons! " en piétinant sur place.

Cette histoire, si peu ancrée dans la réalité d'un temps et d'un lieu, est une histoire universelle. Elle a la vertu des cas-limites : nous pouvons tous nous y reconnaître; nous sommes tous peu ou prou des marcheurs de notre vie, tous menacés de paralysie par la peur de vivre, la peur d'affronter l'inconnu, la peur du risque.

Peur caractéristique de l'homme moderne? La Bête dans la jungle  peut être lue comme un adieu au Romantisme et au temps des romans de la passion triomphant des obstacles, comme dans Jane Eyre et les hauts de Hurlevent( Wuthering heights), dont le décor et jusqu'au nom de la belle demeure de Weatherend, où se rencontrent les protagonistes, paraissent se souvenir. John Marcher est le héros désenchanté d'une époque désenchantée, l'homme moderne, celui auquel rien du tout ne peut arriver

Dans le Motif dans le tapis, James raconte l'histoire d'un critique littéraire lancé dans la quête illusoire du secret caché dans les oeuvres d'un écrivain qu'il admire, et qui expliquerait la beauté de ses livres. Quête illusoire, car, comme le lui suggère l'écrivain lui-même, le secret est partout, dans le moindre mot, le moindre signe de ponctuation : le motif caché dans le tapis se confond avec le tapis lui-même. De la même façon, la Bête cachée dans la jungle de la vie est partout dans la jungle, elle est la jungle elle-même, elle est le hasard qui régit notre existence.

La Bête dans la jungle renvoie aussi à la littérature : que penser d'un écrivain qui attendrait, avant de prendre la plume que se révèle enfin à lui le moment de se lancer dans la rédaction de l'ouvrage de sa vie, de l'oeuvre comme jamais il n'y en eut avant elle? Il se condamnerait à la stérilité et au silence. L'art littéraire est un artisanat, au jour le jour.

Quant à nous, lecteurs, nous voilà interrogés sur nos habitudes de lecture, et avec quelle ironie ! Pris au piège de la séduction d'un  titre digne d'un roman d'aventures, nous filons bon train vers le dénouement, dans notre hâte de savoir, enfin ! Nous  devenons John Marcher, en quête de son énigme, sacrifiant le présent à un avenir incertain, oubliant de savourer les beautés du chemin dans l'attente toujours trop impatiente de l'arrivée. La Bête dans la jungle n'est pas seulement une invitation à la lecture, c'est une invitation à lire autrement, une invitation à la relecture !

Mais ce ne sont que quelques interprétations possibles de ce récit troublant, déconcertant, énigmatique, ironique.

Henry James : La Bête dans la jungle / Le Motif dans le tapis, traductions de Jean Pavans, présentation de Julie Wolkenstein   ( GF / Flammarion bilingue )

la Bête dans la jungle (adaptation de Marguerite Duras / mise en scène d'Eric Vigner )



mardi 21 juin 2011

Tout est relatif

Ce matin au marché, dans la presse entre la marchande de chapeaux et les bikinis, une dame, la cinquantaine gironde, arborant au grand air une paire de beaux melons à point, cherche son mari. Affolée : "Mais où est-il passé? où donc est-il ?" 

Moi, pour la rassurer, de mon air le plus engageant et le sourire coquin,  je lui dis : " Chère Madame, un de perdu, dix de retrouvés..."

Voilà- t-y  pas qu'elle me fusille du regard, me toise de la calvitie aux sandales, et tu sais ce qu'elle me répond ?

-- Pédophile !

Encore une qui, dans sa tête, se prend toujours pour Minou Drouet.

A moins qu'elle ne m'ait confondu avec Mathusalem. Dans ce cas, évidemment...

Tout est relatif.





lundi 20 juin 2011

Mendelssohn : la séduction raffinée

Un des traits les plus caractéristiques de la musique de Félix Mendelssohn est la séduction immédiate qu'elle exerce. Musique naturellement chantante, ce qui ne l'empêche nullement d'être une musique virtuose. J'écoutais l'autre soir à la radio quelques uns de ses lieder. Il en a écrit beaucoup, mais aucun de ses recueils ne connaît aujourd'hui, auprès du public et des interprètes, la faveur qu'obtiennent les recueils de Schubert et de Schumann les plus célèbres. Ceux que j'ai écoutés (et qui datent de sa maturité) m'ont paru avoir le charme de la simplicité; le texte des poèmes est toujours très audible ( différents interprètes donnaient ces lieder); l'accompagnement pianistique reste toujours sobre. Peut-être le fait qu'à la différence de recueils comme L'Amour et la vie d'une femme, La Belle meunière ou le Voyage d'hiver, ceux de Mendelssohn ne racontent pas une histoire ou ne développent pas un thème, mais regroupent des poèmes d'auteurs variés, a-t-il nui à leur notoriété. Il est vrai que la production de Mendelssohn est d 'une extraordinaire abondance, dans tous les genres musicaux ou presque.

Ce programme de lieder était suivi par le quatuor n° 6, le dernier qu'il ait écrit, à la mémoire de sa soeur Fanny qui venait de mourir. On y retrouve l'écriture pour cordes, reconnaissable entre toutes, qui était déjà celle du merveilleux Octuor en mi bémol majeur de 1825. Musique brillante et enfiévrée , dont l'éclat et la force expressive sont peut-être obtenus (je dis sans doute une bêtise grosse comme moi, mais c'est l'impression qu'elle me fait à l'écoute) par l'emploi fréquent des instruments à l'unisson, ou plutôt à la quasi-unisson. En tout cas, il existe à l'évidence une recette mendelssohnienne spécifique pour harmoniser les cordes et user du contrepoint (hum! c'est vraiment de l'analyse d'amateur peu éclairé, je ferais bien d'apprendre à lire les partitions...).


" L'Usage du monde ", de Nicolas Bouvier : l'Afghanistan de Papa

C'est à l'été 1953 qu'à bord d'une vieille Fiat Topolino retapée, Nicolas Bouvier et son ami Thierry Vernet  partirent pour une virée qui devait les conduire d'Istanbul en Inde, en passant par le plateau anatolien, l'Iran, l'Afghanistan et le Pakistan. L'Usage du monde, la relation qu'en tira Nicolas Bouvier, illustrée des dessins de Thierry Vernet, est un des plus beaux récits de voyage qu'on puisse lire. Justesse fine de l'observation, poésie des notations, par un voyageur qui réunissait toutes les qualités qui furent celles d'un Montaigne en voyage. Le récit s'arrête à la frontière de l'Afghanistan et du Pakistan. La curiosité du lecteur est évidemment mobilisée par le regard de Nicolas Bouvier sur un Afghanistan encore très peu connu de l'Occident. Sa traversée nous fait découvrir un Afghanistan paisible et bucolique, une population accueillante et bon enfant, à des années-lumière de ce que les interventions des grandes puissances, U.R.S.S., Etats-Unis, Pakistan, en ont fait. Honte sur elles !

Nicolas Bouvier,   Oeuvres    (Quarto /Gallimard)

Sur la route d'Ankara

dimanche 19 juin 2011

L'amour est une drogue

           Douzain amoureux


Au supermarché
De la Valentine
Je fus acheter
Un beau steack haché
A la cocaïne
Puis m’en fus planer
Dans les bras douillets
De quelques frangines
Super bien dotées
En jolis nénés
Et bien rembourrées
sous les crinolines

                                          Le petit Marseillais


                            *


           Dizain crapuleux

Au supermarché
De la Valentine
Je fus acheter
Pour toi, Colombine,
Un beau steack haché
A la cocaïne
Entre tes nénés
Ô ma douce Aline
Je m’en fus fourrer
Mon énorme p…

                                     Le gros Marcel laid


                      *

Epigramme

O mon Marcel laid
Après ton décès,
Veuve inconsolèe,
M'en irai mouillè
Rrrrrrrrrrrrrrrrrrr,
Croquis de Millais,
Ma culotte en souèe
Sur ton tombeau frais

                                       Aline


                         *


Epitaphe


O mon Marcel laid
Après ton décés,
Veuve inconsolouèe
Ouè ouè ouè ouè ouè,
M'en irai mouillè
Rrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr,
Croquis de Millais,
Ma culotte en souèe
Ouè ouè ouè ouè ouè
Sur Tonton ... ton beauf
Rère.

                                  Aline


Elle (il) m'aime, je suis frit(e)













                    



          








samedi 18 juin 2011

Deux trios gagnants

Ce qui fait l'excellent pianiste de jazz, c'est la solidité de sa main gauche. Indispensable pour le contre-chant de la mélodie égrenée à la main droite. Indispensable pour tenir à vive allure une cadence ostinato. C'est bien beau, un piano Steinway, quand il est joué avec ce naturel et cette force par un Yaron Herman, à l'aise et inspiré aussi bien dans les cadences rapides que dans la ballade mélancolique ou rêveuse. Mais il faut aussi au piano l'écrin tissé par la contrebasse de Chris Tordini et la batterie de Tommy Crane, et là , l'équilibre est superbe, avec un travail tout en finesse des deux autres membres du trio. Mais en solo, Yaron Herman est aussi très convaincant. Il invente une musique autre, qui ne ressemble qu'à elle, comme dans l' étonnant Clusterphobic. Une musique aérée, décidée,  dynamique. Du grand art.

Stefano Bollani (piano), Jesper Bodilsen (basse) , Morten Lund (batterie), proposent une musique non moins attachante mais tout autrement structurée, où le piano tient beaucoup moins la vedette, laissant le devant de la scène aux deux autres instruments (la contrebasse, notamment, très bien enregistrée, avec laquelle le piano dialogue de façon très attachante), ou se fondant dans l'ensemble. Musique apparemment plus proche de l'improvisation (en apparence, sans doute, seulement), plus intimiste aussi, peu soucieuse d'éclat, et d'autant plus convaincante.

Au total, deux conceptions de l'art du trio, l'une davantage attachée à valoriser le pianiste, leader manifeste du groupe, sans pour autant que l'art des deux autres musiciens soit négligé; l'autre plus soucieuse de ménager un équilibre entre les autres instruments. Mais la présence et la richesse sonores du piano font de lui, de toute façon, un leader naturel et sont  difficiles à reléguer au second plan, tout au moins dans ce type d'association en trio. Voir, bien entendu, les disques de référence en la matière, enregistrés par Keith Jarrett, Gary Peacock et Jack DeJohnette (ou Paul Motian).

 -- Yaron Herman Trio,    Follow the white Rabbit   (ACT Music)

Yaron Herman,  piano / Chris  Tordini, double bass  / Tommy Crane,  drums


-- Stefano Bollani, piano / Jesper Bodilsen, double-bass / Morten Lund, drums , Stone in the Water 
                                                                                                                         ( ECM Records)




vendredi 17 juin 2011

je veux être élu à l'Académie Française !

(Sur le quai Conti, à la hauteur d’un édifice célèbre, X., romancier d’un certain talent, et Y. poète d’une notoriété non nulle, se croisent, font quelques pas, s’arrêtent, se retournent)

Y (à X) – Pardonnez-moi, mais ne seriez-vous pas X., le romancier bien connu ?

X – C’est moi, en effet.

Y – Ah! quelle chance extraordinaire pour moi que cette rencontre ! Pouvoir enfin vous dire de vive voix toute mon admiration ! Quel coup de maître que votre dernier roman ! Ah! on peut dire que là, vous vous êtes surpassé
Pas plus tard que ce matin, je disais à Josette (c’est ma femme) : X a vraiment tapé très très haut avec ce bouquin. Tiens, rien que pour ça, il mériterait (s’il ne l’a déjà mérité)… vous mériteriez…

(Il détourne la tête vers le trafic ) — Et beau, en plus de ça, que c’en est pas possible.je craque, ma parole, je craque…

X – Mais vous même, n’êtes-vous pas le très apprécié poète Y.? (opination de Y)).Oui? c’est vrai? pas possible ! Bol extraordinaire! Joie, pleurs de joie ! que je vous dise, mon très cher, à quel point votre Ode au Vent d’Est m’a paru… ébouriffante ! Ebouriffante. Positivement. Pas plus tard qu’hier soir, je disais à Marcelle (c’est ma compagne) : Y s’envole ! Il s’envole ! Hugo a un successeur ! Enfin ! Pas trop tôt ! Y, c’est le Verbe fait homme ! Rien que pour ça, il mériterait (s’il ne l’a déjà mérité), vous mériteriez…

(Il tourne la tête vers le trafic) – Et sexy , en plus de ça ! A en tomber ! Ah je craque, je suis sur le point de craquer.

Y – Eh bien, mais, cher ami (il lui tend la main, X la lui serre), à bientôt sans doute…

X – A la revoyure.

( Ils se tirent le galurin et reprennent leur chemin. S’arrêtent. Se retournent)

Y (deux pas vers X) — A propos, cher ami, (geste vague vers le célèbre édifice)…vous… vous en êtes ?

X — Moi ? Non. Et vous ?

Y — Moi non plus.

(Re-coup de galurin.Ils reprennent leur chemin. S’arrêtent à nouveau. Se retournent)

X et Y (avec un bel ensemble) — Dommage !


dimanche 12 juin 2011

Massenet / Saint-Saëns : tragédie biblique et mélodrame bourgeois

Ecouté par hasard à la radio un passage de l' Hérodiade de Massenet (1881).  C'est le moment où l'héroïne déclare son amour à un Jean-Baptiste qui s'obstine, en dépit de l'évidence, à n'y entraver que pouic. Cela commence par un "Oh! Jean..." qui fait craindre le pire. Effectivement, ça sombre immédiatement dans une guimauve très rose et très sucrée. Le prophète y tient sa partie. L'orchestre en rajoute. Plasson, l'orchestre du Capitole de Toulouse et les chanteurs traitent la chose avec un savoir-faire, un enthousiasme et un sérieux qui forcent le respect. Au total, on dirait un pastiche de Massenet par Erik Satie..." Je te veux!" ! C'est la tragédie de Salomé chez Cléo de Mérodes. Je ne connais cet opéra de Massenet que par quelques extraits, mais le Jules me semble avoir eu le sens du tragique autant que moi celui du religieux.

Si l'on ajoute le Samson et Dalila (moins catastrophique tout de même, je le reconnais) de Camille Saint-Saëns, on sera forcé d'admettre que la tragédie biblique semble n'avoir pas vraiment trouvé la solution pour  s'accorder au "génie français" dans son expression musicale fin XIXe. La Salomé de Richard Strauss, c'est tout de même d'une autre intensité, d'une autre force et d'une autre tenue. On n'est pas au niveau des petites culottes cocotteuses, où le père Massenet semble avoir fourré son nez un peu plus souvent qu'à son tour (ce qui ne me le rend pas antipathique d'ailleurs, loin de là!).

Lucas Cranach, Salomé (1530) / Musée des beaux arts de Budapest

vendredi 10 juin 2011

Vendée mon amour

Donc, cette année, pas de marais breton-vendéen. Pas de bourrine à Rosalie. Pas de musée Milcendeau-Jean Yole. Pas de grands ciels de nuages au large de Barbâtre. Pas d'iris jaunes au bord des étiers. Pas de longues marches sur le sable, au ras des flots, quelque part entre le Port-du-Bec et les Sables d'Olonne... A la place, ce sera Marseille, un beau quartier, c'est vrai, le quartier du Prado, mais je ne le verrai sans doute que de ma fenêtre. Et puis il y aura mon fils, sa compagne, et mon petit-fils (qui ne pourra pas venir pas me voir, mais moi, peut-être que je pourrai). Marseille, c'est la condition pour que je revoie un jour le marais breton-vendéen. Marseille, c'est la chance de ma vie. J'y penserai à mon frère, Eric, le footballeur, qui a déjà retrouvé les terrains, la joie du jeu, la joie de vivre. Alors, pourquoi que moi, je ne reverrais pas le marais breton-vendéen et Saint Jazz-sur-Vie, où j'écoutai naguère l'excellent Baptiste (Trottignon)? En attendant, il y a les photos des années passées...

Sur la plage de Barbâtre (île de Noirmoutier)

mercredi 8 juin 2011

" Ennemies, une histoire d'amour " (Isaac Bashevis Singer)

Herman a passé plus de trois ans de sa vie dans un grenier à foin, caché dans une sorte de tanière qu'il s'est aménagée au coeur du foin, caché et nourri par Yadwiga, l'ancienne servante de ses parents. Herman est Juif et Polonais. Quand il sort de son grenier, en 1945, c'est pour apprendre que toute sa famille a été exterminée, ses parents, sa femme Tamara et leurs deux enfants.

Herman épouse Yadwiga et tous deux partent pour les Etats-Unis. A New-York, Herman gagne pauvrement sa vie en rédigeant des articles pour le compte du rabbin Lampert. Entre sa femme Yadwiga et sa maîtresse, Masha (qui a connu les camps de Hitler, puis de Staline), il mène une existence passablement compliquée. Masha obtient de lui qu'il l'épouse selon le rite judaïque, avec l'assistance d'un rabbin peu regardant. Le voilà bigame ! Mais la situation se complique encore quand Herman apprend que sa femme Tamara, laissée pour morte par ses bourreaux avec deux balles dans le corps, est vivante ! Il la revoit bientôt.

Partagé entre trois femmes et ne voulant renoncer à aucune, Herman voit rapidement le contrôle de la situation lui échapper ! En outre Yadwiga exige de se convertir au judaïsme. Elle est enceinte.

Un temps, Herman pense pouvoir échapper à cet imbroglio quand Masha, la plus passionnée et la plus possessive des trois, quitte New-York avec sa mère pour aller travailler dans une maison de retraite fondée par le rabbin Lampert, qui la courtise. Mais ce répit est de courte durée. Une nuit, Masha, de retour à New-York téléphone à Herman qui abandonne aussitôt Yadwiga pour la suivre.

Dès lors, les événements se précipitent. L'appartement new-yorkais de Macha a été vidé de son contenu par des cambrioleurs; sa mère rentre à son tour et meurt. Les deux amants (et époux!), sans argent, sans aucun soutien, se séparent. Herman disparaît. Masha se suicide. Tamara aidera  Yadwiga à élever son enfant.

Ce roman, mené à un rythme haletant, raconte la course à la catastrophe d'un homme qui, à aucun moment,ne maîtrise son destin. Victime qu'il est de la violence de l'Histoire. Lui et les trois femmes (plus la mère de Masha) qui partagent sa vie ont vu leur existence, celles de leurs proches, de leur communauté, détruites par les persécutions et les camps. Ils en sont hantés. Ils se considèrent comme des morts. Dans sa tête, Herman n'a jamais quitté sa cache dans le foin. Il continue de vivre dans la peur. C'est une des grandes forces de ce roman que de nous faire toucher du doigt la souffrance et le désespoir de ces personnages qui ne font que tenter de survivre à l'horreur qui les a intérieurement ravagés.

Pourtant, victimes des persécutions nazies et staliniennes, ces victimes sont pourtant des vivants, avec leurs contradictions, leurs lâchetés, leurs faiblesses. Herman et Masha sont emportés par la violence de leur passion amoureuse, qu'ils essaient vainement d'endiguer. Seuls ceux qui sont morts dans les pogroms et dans les camps sont des saints.

Les moments les plus forts du livre sont ceux où, dans une accélération cauchemardesque où la réalité côtoie le fantastique, Herman et Macha voient le sol littéralement le sol se dérober sous leurs pieds. On a rarement peint avec autant de force la solitude, l'abandon , la déréliction de la créature humaine. Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? Est-ce que seulement tu existes? Peut-on encore croire en Dieu après Auschwitz ?

Isaac Bashevis SingerEnnemies , une histoire d'amour,  traduit par Gilles Chahine (Stock)

Isaac Bashevis Singer

mardi 7 juin 2011

Réflexions sur une photographie



La photographie qui précède a été prise   en Irak. On y voit, dans une rue, une petite fille qui pleure, ou qui a pleuré. A l'arrière-plan, un char, posté dans un carrefour. Entre les deux, contre le trottoir, un vélo, deux personnes, un adulte et un adolescent, silhouettes  immobiles.

C'est une scène de rue. Instantané pris sur le vif? On peut le croire. Mais on ne peut exclure l'hypothèse d'une "mise en scène". Elle pourrait avoir consisté à placer la fillette là où elle se trouve, à avoir "obtenu d'elle" qu'elle pleure. Seul le photographe pourrait nous le dire. Mais on n'est pas obligé de le croire.

La scène a été fixée dans une rue d'une ville irakienne. Mais, sans légende, ça pourrait se passer dans n'importe quel pays en guerre.

En somme, en l'absence d'un texte qui éclaire l'image, celle-ci ne nous délivre qu'une information rudimentaire : il y avait, ce jour-là ,dans une rue d'une ville non identifiée, dans un pays non identifié, mais apparemment en guerre, une petite fille qui pleurait (ou avait pleuré) et un char.

Mais l'image ne s'adresse pas seulement à notre intelligence, elle ne vise pas seulement à satisfaire notre besoin d'être informés, elle touche aussi notre sensibilité, suscite en nous des impressions, des émotions. Est-ce le cas de cette image ?

Cette association petite fille en larmes/ char de combat à l'affut, on peut la trouver émouvante, dans la mesure où elle renvoie à l'angoisse, à la détresse des enfants, des innocents, des civils, dans un pays en proie à la violence. Elle peut donc susciter une émotion, quelque peu conventionnelle, banale, banalisée par d'autres images du même genre (très nombreuses, hélas !).

Mais cette photo peut travailler la sensibilité d'une autre façon, plus obscure, plus synthétique (syncrétique?) en éveillant, à la fois par sa composition, par sa matité, par son manque de luminosité, des impressions mêlées (de solitude, détresse, déréliction...). Par là, elle s'éloigne du message banalisé et se rapproche de la complexité d'une oeuvre d'art.

L'atout de cette photographie, c'est sa simplicité, son dépouillement; c'est ce qui la rend signifiante et forte. Dans une photographie, en effet, tout est, au départ, potentiellement signifiant et rien ne l’est. Sélectionner, valoriser, faire jouer ensemble des éléments d’une image pour leur conférer le statut linguistique du couple signifiant/signifié constitue, pour le photographe, comme pour l’artiste en général, la tâche la plus ardue et la plus passionnante qui soit et, peut-être, à vrai dire, sa seule tâche. C’est pourquoi le peintre possède, sur le photographe, un avantage inappréciable : il a la possibilité de ne garder que ce qui fait sens; le photographe, en revanche, doit toujours opérer un tri dans le donné enregistré pour y faire apparaître du sens.D'où l'intérêt de la simplicité et du dépouillement.

Je me méfie des photos qui jouent sur l'émotion. Rien de plus facile à manipuler que l’émotion. On en connaît de multiples exemples, comme cette récente photo de DSK sortant menotté de ce commissariat de Manhattan entre deux policiers. Cette image, qui a ému et choqué tant de Français, a dû pourtant laisser de marbre la majeure partie de la planète. Ce que j’attends personnellement d’une image, ce n’est pas qu’elle m’émeuve d’abord, mais qu’elle me propose d’abord du sens. C’est le sens qui, pour moi, est premier; l’émotion dépend de lui et lui est subordonnée. Il n’en est pas de même dans la vie réelle, où c’est l’émotion qui souvent vient en premier et où le sens ne se dégage parfois que bien longtemps après. 

Toute image photo, toute séquence vidéo manipule le réel. C’est vrai de la photo de famille comme du reportage de guerre.Mais si la manipulation des images familiales reste bien innocente, il n’en est pas de même des photos et vidéos de presse. La photo de cette petite fille larmoyante sur fond de char d’assaut pourrait passer, si l'on était très malveillant, pour le type même de l’image manipulée.Grossièrement manipulée, grossièrement mise en scène. Pour quelques sous, à l’aide d’une paire de claques administrées par un grand frère complaisant, et l’on obtient un cliché racoleur.Pour produire quoi? De l’information? si peu que cela ne mérite même pas qu'on s'y arrête. De l’émotion? mais quelle émotion? le niveau le plus bas des bons sentiments « universels » touillé avec le degré élémentaire du signifié. La photo de Strauss-Kahn menotté sortant du commissariat entre deux flics est un autre exemple de cette production d’émotion au rabais à destination de millions de téléspectateurs éberlués.C’est de l’émotion littéralement fabriquée au téléobjectif et au zoom par des tâcherons du leica. Quoi de plus insignifiant en effet, dans la réalité que le spectacle d’un prévenu menotté sortant d’un commissariat entre deux flics? Cela m'est arrivé d'en croiser un, près d'un palais de justice, c'est à peine si cette rencontre a retenu mon attention. C’est une scène qui se répète quotidiennement partout dans le monde.C’est la routine.

Ah! la bonne grosse émotion formatée, calibrée, standardisée déversée à flots par les télés et les canards, c’est ça qui fait du lien social ! quelle foutaise ! Touche pas à mes émotions, photographe de presse  ! Je n’éprouve d’émotions authentiques que dans ma vie ou au contact d'une oeuvre d’art, pas dans le brouet médiatique quotidien pour chiens couchants.

lundi 6 juin 2011

Geronimo !

Geronimo est le nom d'un célèbre chef apache qui mena la vie dure aux Mexicains et aux Américains au cours des guerres indiennes du milieu du  XIXe siècle.

L'épopée de Geronimo a inspiré un grand nombre de films mais n'a pas toujours été traitée par les Yankees avec tout le respect qu'elle méritait. Je ne sais plus dans quel film, par exemple, Jerry Lewis hurlait un "Geronimo !" parfaitement incongru, mais hilarant.

L'idée de donner à Ben Laden le nom de code de Geronimo a suscité, dès qu'il a été divulgué, l'indignation bien compréhensible des communautés indiennes des Etats-Unis.

Il aurait pourtant été facile d'éviter cette boulette.

Par exemple, au lieu de ce malencontreux « Geronimo », on aurait pu aisément trouver un pseudo du côté de Tex Avery , dont les films doivent bien faire partie du bagage culturel du G.I. moyen. Rebaptiser (si je puis dire) Ben Laden en « Gros Minet » aurait évité de froisser d’éventuelles susceptibilités, et aurait rendu la traque plus amusante : on imagine Obama dans le salon ovale (ovale ou hexagonal, je ne sais plus) recevant le message libérateur : " je tiens la queue de Gros Minet !"

Du reste, ce sobriquet pourrait ne pas être réservé à Ben Laden. Si l’on en pince pour la théorie du complot, dans l'affaire Déesse Khâ,  on peut très bien imaginer certaine femme de chambre envoyant au moment fatidique à ses commanditaires (une société ultra secrète dont solennellement ma mère m’a défendu de dire le nom) le message accusateur : " Je tiens la queue de Gros Minet !"

Déesse Khâ ! C’est le nom de la divinité qu’adorent les membres de la société secrète dont ma maman m'a pourtant défendu... Chaque année, au mois de juin, ses derniers adorateurs (ceux qui ne se sont pas encore convertis au brie ou au hollande) se sacrifient en se jetant sous les roues d’une Porsche.

dimanche 5 juin 2011

Comédie

On nous annonce que la jeune comédienne Juliette (artiste invitée) a commencé les répétitions  de Comédie, de Samuel Beckett.

Dans Comédie, texte peignant avec une tonifiante férocité la relation d'un couple, Beckett (qui avait des idées très arrêtées sur la mise en scène de ses pièces) s'est arrangé pour contraindre d'une façon aussi verrouillée que possible, les éventuelles mises en scène du futur, à l'aide d'indications très précises sur la scénographie et les éclairages. Les jarres, où sont stockés les personnages remplacent les poubelles de Fin de partie. Les jarres ont pu avoir, dans les civilisations anciennes, une fonction funéraire (Egypte, etc.). Cette connotation n'est pas à négliger du lecteur et du spectateur de Comédie.

La jarre utilisée par la jeune Juliette servit jadis à stocker des olives ou des céréales. Le vernis débordant à l'extérieur de son col  servait (outre sa valeur décorative) à décourager les rongeurs. Celle-ci date du XVIIIe siècle. Elle porte une série d'estampilles fleurdelysées, avec une légende illisible.


Des jarres plus récentes (XIXe et début du XXe siècle) portent sur leur panse des coulures vertes, bleues ou jaunes, qui viennent des pièces vernissées placées au-dessus d'elles dans le four de cuisson. Ces jarres ont leurs lettres de noblesse artistiques : elles figurent dans des tableaux de Renoir, qui, lors de son séjour à Magagnosc-de-Grasse, les y fit figurer. On en voyait encore, voici quelques années, dans les restanques au-dessus du village. Certaines furent produites dans la région de Fréjus, où la production en série de pièces de terre cuite remonte à l'antiquité.

jeudi 2 juin 2011

Un philosophe délateur : Luc Ferry

Un philosophe du bel air et à la mèche conquérante s'en va confier aux étranges lucarnes qu'un Monsieur très respectable, ministre, ancien ministre ou ministrable, lui avait dit qu'on lui avait dit qu'un ex-ministre avait été surpris en douteuse posture en compagnie de jeunes garçons, de l'autre côté de la mer. Mais nous n'en saurons pas plus, car notre philosophe du bel air, vertueux artiste en délation BCBG, se refuse à cafter davantage et à livrer le nom de l'immonde. Mais des noms, déjà circulent, dans les gazettes... enfin au moins un, qui revient avec insistance..Quant à celui qui a dit à notre philosophe du bel air qu'on lui avait dit que... soyons sûrs qu'il jurera ses grands dieux qu'il n'avait pas dit qu'on ne lui avait pas dit que...

" Se refuse à cafter davantage et à livrer le nom de l'immonde"...? que dis-je, mais il nous l'a livré : c'est le sien.

Sur les étranges lucarnes, dans un feuilleton  très suivi, sans doute parce que les fidèles ont le sentiment de pouvoir aisément s'identifier aux personnages, une ménagère quadragénaire, cafetière, fort pieuse, présentée le plus souvent comme un personnage plutôt sympathique, fait circuler une pétition accusant une commerçante voisine des pires horreurs, dans l'espoir de la contraindre à fuir le quartier : on la lui signe sans sourciller, et notamment des adolescents dont l'insigne vulgarité est censée refléter le style existentiel du lycéen moyen de ce début de siècle. Personne ne songe (et en tout cas pas les scénaristes) à souligner combien la conduite de cette bonne femme est ignoble, insupportablement ignoble. Après le philosophe délateur, la cafetière cafteuse...

La délation est-elle donc redevenue une vertu ? Ah! que revienne le bon vieux temps des bonnes vieilles lettres anonymes ! ah ! comme les corbeaux volent bas en ces jours de printemps orageux !

Dans ma bulle

Mon oncle Dudule

Qu'est mort d'un nodule

Aux testicules


Epousa Gudu

le

Native de Tulle

La ville des pendules

Il trompait Gudu

le

Avec une Ursu

le

Ah! lui dit Dudu

le



Oublie donc ton Ju

les

Ma jolie Ursule

Viens-là que j't'en

 ...


Mais, lui dit Gudule,

J'm'appelle pas Ursule

Remballe ton bidule

Pense à ton nodu

le

Tu n'es qu'un gros nul

Plus bête qu'un pendule

De Foucault


Le Songe d'Ursule, par Carpaccio de mouton