dimanche 12 juin 2011

Massenet / Saint-Saëns : tragédie biblique et mélodrame bourgeois

Ecouté par hasard à la radio un passage de l' Hérodiade de Massenet (1881).  C'est le moment où l'héroïne déclare son amour à un Jean-Baptiste qui s'obstine, en dépit de l'évidence, à n'y entraver que pouic. Cela commence par un "Oh! Jean..." qui fait craindre le pire. Effectivement, ça sombre immédiatement dans une guimauve très rose et très sucrée. Le prophète y tient sa partie. L'orchestre en rajoute. Plasson, l'orchestre du Capitole de Toulouse et les chanteurs traitent la chose avec un savoir-faire, un enthousiasme et un sérieux qui forcent le respect. Au total, on dirait un pastiche de Massenet par Erik Satie..." Je te veux!" ! C'est la tragédie de Salomé chez Cléo de Mérodes. Je ne connais cet opéra de Massenet que par quelques extraits, mais le Jules me semble avoir eu le sens du tragique autant que moi celui du religieux.

Si l'on ajoute le Samson et Dalila (moins catastrophique tout de même, je le reconnais) de Camille Saint-Saëns, on sera forcé d'admettre que la tragédie biblique semble n'avoir pas vraiment trouvé la solution pour  s'accorder au "génie français" dans son expression musicale fin XIXe. La Salomé de Richard Strauss, c'est tout de même d'une autre intensité, d'une autre force et d'une autre tenue. On n'est pas au niveau des petites culottes cocotteuses, où le père Massenet semble avoir fourré son nez un peu plus souvent qu'à son tour (ce qui ne me le rend pas antipathique d'ailleurs, loin de là!).

Lucas Cranach, Salomé (1530) / Musée des beaux arts de Budapest

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