jeudi 2 juin 2011

Un philosophe délateur : Luc Ferry

Un philosophe du bel air et à la mèche conquérante s'en va confier aux étranges lucarnes qu'un Monsieur très respectable, ministre, ancien ministre ou ministrable, lui avait dit qu'on lui avait dit qu'un ex-ministre avait été surpris en douteuse posture en compagnie de jeunes garçons, de l'autre côté de la mer. Mais nous n'en saurons pas plus, car notre philosophe du bel air, vertueux artiste en délation BCBG, se refuse à cafter davantage et à livrer le nom de l'immonde. Mais des noms, déjà circulent, dans les gazettes... enfin au moins un, qui revient avec insistance..Quant à celui qui a dit à notre philosophe du bel air qu'on lui avait dit que... soyons sûrs qu'il jurera ses grands dieux qu'il n'avait pas dit qu'on ne lui avait pas dit que...

" Se refuse à cafter davantage et à livrer le nom de l'immonde"...? que dis-je, mais il nous l'a livré : c'est le sien.

Sur les étranges lucarnes, dans un feuilleton  très suivi, sans doute parce que les fidèles ont le sentiment de pouvoir aisément s'identifier aux personnages, une ménagère quadragénaire, cafetière, fort pieuse, présentée le plus souvent comme un personnage plutôt sympathique, fait circuler une pétition accusant une commerçante voisine des pires horreurs, dans l'espoir de la contraindre à fuir le quartier : on la lui signe sans sourciller, et notamment des adolescents dont l'insigne vulgarité est censée refléter le style existentiel du lycéen moyen de ce début de siècle. Personne ne songe (et en tout cas pas les scénaristes) à souligner combien la conduite de cette bonne femme est ignoble, insupportablement ignoble. Après le philosophe délateur, la cafetière cafteuse...

La délation est-elle donc redevenue une vertu ? Ah! que revienne le bon vieux temps des bonnes vieilles lettres anonymes ! ah ! comme les corbeaux volent bas en ces jours de printemps orageux !

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