samedi 27 août 2011

On n'en aura plus

Il était le compagnon quotidien, depuis dix ans que notre fils nous l'avait confié car il ne supportait pas de vivre en appartement. Il était partout dans le jardin et dans la maison. Il y avait le cerisier où il faisait ses griffes, l'herbe dont il se purgeait, les fauteuils et les lits qu'il expérimentait tour à tour, les rituels qui nous faisaient rire. Puis il y eut le rituel de la piqûre d'insuline, qu'il accepta en ronronnant, quatre ans durant. Puis on ne le vit plus dans le jardin. Puis on ne le vit plus à l'étage. Puis il déserta les pièces du rez-de-chaussée, pour se coucher péniblement contre le réfrigérateur dans la cuisine, dont il ne bougeait presque plus. Mais il avait toujours son regard vif et tendre.

Alors il a fallu l'amener, dans le soleil d'après midi, jusque sur cette table,  où il s'est endormi les yeux ouverts, pendant que je le caressais. Et il est parti, sans savoir.

Moi, depuis ce moment, je me sens coupable comme un meurtrier. Et ma femme m'a dit tout-à-l'heure : je vois sa petite bouille partout.

Nous voilà bien.

Après la chienne aux pattes blanches, lui.

C'est trop cruel.

On n'en aura plus.


( Posté par : Jambrun )






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