jeudi 18 août 2011

Sur une bourde hugolienne

Il n'en a pas commis tant que ça, mais celle-là, c'en est une, et qui révèle, en plus, son inculture musicale. C'est le trop célèbre "Défense de déposer de la musique au pied de mes vers" Cette arrogante boutade du plus illustre des poètes de son temps en dit long aussi sur le retard musical de la France de l'époque (grosso modo la Monarchie de Juillet). Quel poète allemand se serait plaint alors d'entendre ses oeuvres mises en musique par un Schubert ou un Schumann ?

Les musiciens auront répondu à l'arrogance du père Hugo par une certaine indifférence à l'égard de sa poésie. Ses poèmes ne les ont guère inspirés, à la différence de Baudelaire, de Verlaine, de Mallarmé, ou même de... Parny, poète néo-classique de la fin du XVIIIe siècle (pour les Chansons madécasses de Ravel).

Pour le théâtre, ce fut sensiblement différent, puisqu'on ne compte pas moins d'une centaine d'opéras inspirés par les drames de Hugo ( Lucrèce Borgia, de Donizetti, Ernani, de Verdi ). Il est d'ailleurs probable que certaines de ces tentatives, jugées peu heureuses par le poète, aient été à l'origine de sa boutade exaspérée. N'empêche qu'aujourd'hui, peu de gens ont lu Le Roi s'amuse, alors que tout le monde connaît Rigoletto, l'opéra qu'en tira Verdi.

Hugo éructa cette sottise à peu près au moment où Hector Berlioz composa une suite de mélodies sur des poèmes de Théophile Gautier, les Nuits d'été. Gautier avait bien du talent, Berlioz avait du génie : cela donne un des sommets de la musique française. Cet éblouissant chef-d'oeuvre a trouvé son interprète inspirée en Régine Crespin , alors au sommet de son art vocal (avec l'Orchestre de la suisse Romande, dirigé par Ernest Ansermet).

Baudelaire, Verlaine, Mallarmé, ont inspiré d'admirables mélodies à Duparc, Debussy, Ravel . Mais à la différence du lied allemand, la mélodie française sera restée un art relativement confidentiel. Curieusement, ce sont souvent des musiciens anglo-saxons qui en auront proposé les enregistrements les plus convaincants.


Berlioz, Nuits d'été,  Régine Crespin, Orchestre de la suisse Romande, Ernest Ansermet

RavelTrois poèmes de MallarméChansons madécasses (Parny), Histoires naturelles (Jules Renard),  Felicity Palmer, John Constable (piano) The Nash Ensemble, Simon Rattle

Mélodies de Duparc, RavelPoulenc, Satie,  Jessye Norman, Dalton Baldwin


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