jeudi 1 septembre 2011

L'actualité littéraire

        Le Grand art si tant bien vrrounzais de la guéguerre 

                                                par Jenny Ben Colon


Attention chef-d’oeuvre ! Ce premier roman de Jenny Ben Colon, jusqu’ici modeste mais méritante professeure de SVT au collège de*** (Rhône), a toutes les qualités requises pour faire oublier  Guerre et Paix » et  Orages d’acier  ! Il était temps : depuis  les Croix de Bois  du regretté Roland Dorgelès, le roman d’inspiration guerrière, spécialité pourtant incontestablement vrrounzaise (souvenons-nous de  la Chanson de Roland !), n’avait pas connu pareil accomplissement. Dans cette fresque d’un souffle à vous les couper, la matière est fournie par l’épopée de nos guéguerres coloniales : Madagascar, Indo, Corée (mais non, pas Corée), Algérie.

Pour évoquer ce glorieux passé, Jenny Ben Colon, née en 1963, n’a pu s’appuyer sur son vécu. Mais, grâce à un détachement obtenu de l’Académie du Rhône sur la recommandation du SNES, elle a eu le loisir d’étudier la période dans les collections de « Paris-Match » et de « Points de vue Images du monde » conservées à la Bibliothèque Minicipale de ***, et de lire les Mémoires du général Bigard (20 tomes in quarto).

Fille naturelle des amours contre nature(selon l’éminent vénérologue Philippe Régniez) d’un colonel vrrounzais et d’une harka, Jenny Ben Colon a au moins accumulé une expérience vécue des conflits intercommunautaires, interethniques, interrreligieux et intrafamiliaux, au long d’une enfance et d’une adolescence agitées, dans le cadre d ‘une cité ultrasensible de Bobignette-Cherra (93). Elle a pu recueillir les témoignages d’anciens des deux camps, juste avant les couches, le bavoir et la piqûre et celles de son père mort en 2009, d’une fistule anale chronique.

De cette fresque dramatico-épico-historico-cocorico-tolstoïenne, « on ressort soufflé par un tel souffle romanesque », selon le critique Piotr Assoulyne. Le contraire eût été étonnant, même si, au bout de 635 pages avalées sans débander, on est forcément un peu saoulé. Le même critique vétilleux, euh, sourcilleux, euh pointilleux, relève, outre l’influence de Léon Tolstoï, celles de Pierre Schloendorffer, Marcel Carné, Stendhal, Dubout, Jonathan Littell, Alexandre Soljénitsyne, Ernst Jünger, Pascal jardin, Goya, Noiret, Eisenstein, Spielberg etc. Il n’en souligne pas moins la puissante originalité de l’ouvrage. On apprend que Joseph-Massez -Scarron , actuel recordman du plagiat toutes catégories, envisage de déposer une plainte pour concurrence déloyale, ayant repéré divers « emprunts », mais c’est un jaloux. Affaire à suivre cependant.

Le même proéminent, éminent critique Piotr Assoulyne loue avec raison Jenny Ben Colon pour avoir composé un roman si tant bien vrrounzais, avec matière vrrounzaise, ton vvrrounzais, lumineux, profond et grave à la fois (faut le faire), style très bien vrrounzais, ambiance typiquement vrrounzaise. Roman animé, selon lui, par une typique pique pique ferveur patriotique-taque. Taque taque taque. Tacatac tac tac. A l’Attaaaaaaaque ! Tac.

Tacatac.

Ce n’est pas sans grands efforts que Jenny Ben Colon a réussi à couler ce bronze patriotique pas en toc et d’un incomparable fumet. Son manuscrit fut soixante seize fois (76) refusé par divers éditeurs (c’est dire l’absence de flair de ce tas d’incultes obtus). La soixante dix septième fut la bonne, après interventions de Bernard-Henri L., Alain Fink et Pascal Brcknr. des loulous dont on ne se défait pas comme ça. « Aux obstinés les mains pleines, nous a déclaré Jean-Mari Lclvtne, directeur de collection chez Gallimard, entre deux crises de larmes.

Signalons pour finir la haute portée philosophique de l’ouvrage. Au terme d’infinies méditations, Jenny Ben Colon est arrivée aux deux conclusions révolutionnaires suivantes:

1/ A la guerre comme à la guerre
2/ Ceux qui n’ont pas vécu tout ça n’ont qu’à la fermer.

C’est sans doute cette tardive prise de conscience qui a empêché Jenny Ben Colon d’aller au-delà de 635 pages, un minimum pour cette artiste capable de couler des bronzes de la taille du Mont Blanc. Ce sera pour la prochaine fois.

Voilà en tout cas un premier roman bien parti pour décrocher le Goncourt des vétérans.


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