mardi 27 septembre 2011

Sus au plagiat !

Dans le Monde des livres du 23 septembre 2011, Béatrice Gurrey donne à lire un article des plus édifiants. Intitulé le Plagiat sans peine, il dresse le bilan d'un fléau particulièrement redoutable : le plagiat.

Parmi les pays développés, la France se signale par on incroyable mansuétude à l'égard des plagiaires. La récente affaire Macé-Scaron a remis ce problème récurrent sous les feux de l'actualité. Ticket d'entrée, le dernier roman de Joseph Macé-Scaron, plagie impudemment un livre de Bill Bryson, paru en 2001, American rigolos. Joseph Macé-Scaron n'en est pas à son coup d'essai : son premier plagiat (repéré) remonte à 1999. Depuis, il en a commis une bonne dizaine.

L'affaire ne serait pas aussi grave si Macé-Scaron n'occupait pas des fonctions en vue dans le champ intellectuel : directeur du Magazine littéraire, directeur-adjoint de l'hebdomadaire Marianne, producteur à France-Culture; a ce jour, après avoir reconnu du bout des lèvres avoir fait "une connerie", il n'a quitté aucune de ses fonctions.

Membre de la rédaction du Magazine littéraire, le critique Pierre Assouline s'est hâté de prendre la défense de son directeur dans un article du Monde des livres intitulé Il n'y a pas d'affaire Macé-Scaron. Tissu d'argumentation spécieux, cet article est surtout révélateur de l'importance des relations de copinage dans un milieu où l'on se serre les coudes dès qu'il s'agit de garder les bonnes places: vous avez dit mafia ?

L’affaire Macé-Scaron est une affaire gravissime, non seulement parce qu’elle lève le voile sur les dégâts de ce cancer qu’est le plagiat dans le monde littéraire en France, mais surtout parce que la prolifération du plagiat jette le doute sur l’ensemble des productions littéraires. Si l’on continue d’admettre, voire d’absoudre le plagiat au nom d’arguments spécieux, et de laisser sans réagir cette pratique se répandre, qu’est-ce qui me garantit que, dans tel ou tel livre que j’achète et dont je fais crédit à son auteur qu’il me livre un produit original, celui-ci ne me sert pas en fait un infâme brouet réchauffé ? or la littérature (tous genres confondus, notamment l’essai), c’est de la haute gastronomie. Et le plagiat, c’est Tricatel chez Bocuse. 

On espère sans doute qu’avec le temps tout cela sera bientôt oublié et que le Macé-Scaron pourra continuer impunément d’occuper dans le champ intellectuel la position enviable qu’il occupe. Tout continuerait comme avant...Ainsi pourrait se perpétuer doucettement une pratique dont l'article de Béatrice Gurrey montre qu'elle est fréquente. On ne compte plus les plagiaires qui ont pignon sur rue : la romancière Calixthe Belaya, recordwoman de l'exercice, mais aussi des vedettes des médias (Thierry Ardisson, Patrick Poivre d'Arvor), mais aussi des essayistes réputés, comme Jacques Attali ou Alain Minc.

Le plagiat n'est rien d'autre qu' une tricherie et un vol. C'est  aussi l'art de prendre les lecteurs pour des cons.


Hélène Maurel-IndartDu Plagiat ( Folio/Essais, 2011)

www.leplagiat.net






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