mardi 11 octobre 2011

Un "Faust" laborieux

Le Faust de Charles Gounod (1859) reste considéré comme un chef-d'oeuvre de l'opéra français du XIXe siècle, régulièrement repris depuis sa création.

Il faut pourtant tout ignorer des oeuvres de Berlioz, Verdi, Bizet, Wagner et Puccini, ses contemporains pour ne pas considérer Gounod comme un  compositeur de second ordre. Dans Faust, sa musique, lente et lourde, dépourvue de richesse harmonique, se bornant trop souvent à flonflonner à l'unisson des chanteurs, sans poésie ni grâce ni élan, reste au ras des pâquerettes. Accordons-lui toutefois d'écrire correctement pour les voix  et reconnaissons-lui une petite inventivité mélodique, mais c'est bien tout.

Pour faire passer ce Faust, il faut au moins des voix de qualité. C'est le cas dans la nouvelle production de l'Opéra de Paris. La voix de Roberto Alagna a l'éclat qu'il faut pour incarner le rôle titre (mais la justesse n'est pas toujours au rendez-vous). Inva Mula campe une fort honnête Marguerite. C'est sans doute Paul Gay , baryton-basse, dans le rôle de Méphisto, qui est le plus convaincant.

Mais il y faudrait aussi une mise en scène à la hauteur. Celle de Jean-Louis Martinoty est d'une laideur et d'un mauvais goût stupéfiants : décor inutilement surchargé, écrasant, faisant inutilement dans le gigantisme et le kitsch, avec des effets d'un mauvais goût appuyé, des costumes sans rime ni raison qui font penser que, par souci d'économie, on les a puisés au petit bonheur dans les réserves, des interventions de figurants parfaitement inutiles (comme ces lavandières qui accompagnent l'entrée de Marguerite). Quant à la direction d'acteurs, elle est approximative et l'on se retient parfois de hurler de rire à certains jeux de scène dont une bonne troupe d'amateurs ne voudrait pas. Roberto Alagna, livré à lui-même, gambade comme il l'entend et joue les utilités en attendant de pousser son air.

Ce n 'est pas cette représentation qui me convertira au Faust de Gounod. Le seul hommage d'un musicien français vraiment digne du drame de Goethe reste pour moi l'incomparable Damnation de Faust, de Berlioz.


Faust, de Gounod , avec Roberto Alagna (Faust), Inva Mula (Marguerite), Paul Gay (Méphisto), mise en scène de Jean-Louis Martinoty, orchestre de l'Opéra de Paris, Alain Altinoglu. (retransmission télévisée)


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