dimanche 23 octobre 2011

La maladie de la mort

Le cancer est une maladie orpheline.

Rappelons ce qu'est une maladie orpheline : c'est une maladie rare, pour laquelle il n'existe pas de traitement pleinement efficace (ou pas du tout de traitement), en grande partie parce que les recherches sur ce type de maladie, qui touche peu de malades à chaque fois, ne sont pas très poussées.

Il peut paraître étrange de voir qualifié de "maladie orpheline" le cancer, qui touche plus de 300 000 personnes en France chaque année, qui fait l'objet de recherches intenses, et pour lequel existent des thérapies relativement efficaces. Relativement.

C'est que, comme la plupart des maladies orphelines, le cancer est une maladie génétique (pas "héréditaire" : 10% seulement des cancers le sont). En effet, les cellules cancéreuses dégradent notre ADN, porteur de notre génome, et elles le font à chaque fois de manière unique. Le cancer s'attaque donc à la base génétique singulière de notre inscription charnelle singulière dans le monde des vivants : il est bien, entre toutes les maladies, la maladie de la mort par excellence.

Et il l'est parce qu'en dépit de toutes les recherches et de tous les progrès, il est bien une maladie orpheline. Il est même le cas limite de la maladie orpheline, puisqu' à chaque fois son avatar particulier ne touche qu'une seule personne. Aucun cancer ne ressemble à un autre puisqu'aucun ADN ne ressemble intégralement à un autre. L'idéal thérapeutique devrait donc être : à chacun sa thérapie.

On en est encore loin. La mise en place de telles thérapies suppose le décryptage de l'ADN des cellules cancéreuses, et pas seulement au niveau des gènes (30 000) mais à celui des bases chimiques (nucléotides) qui leur font cortège : plus de 3 milliards. On en lit à l'heure actuelle un millionième.

Pourtant, c'est dans cette direction que s'oriente la recherche et qu'elle est la plus prometteuse. Depuis quelques années, des thérapies "ciblées" reposent sur la détection de mutations des gènes codant la croissance des tumeurs. Vers  2015 , on devrait disposer de la "carte" d'identité génétique des tumeurs cancéreuses, et l'on pourra mettre en place des traitements personnalisés.

Les traitements actuels (chimiques et chirurgicaux), en dépit de leur réelle efficacité, sont l'équivalent d'un marteau-pilon pour écraser une mouche. A l'horizon 2015, on passera à la tapette à mouches, autrement plus efficace !

Il est probable qu'après les nucléotides, on descendra au niveau atomique. Mais là aussi, les travaux ont commencé.

En tout cas, la recherche progresse à partir de bases scientifiques sûres : il n'y a pas de cancer qui ne soit pas génétique; il n'y a pas  de cancer qui ne s'attaque pas à l'ADN; la structure de l'ADN est la même chez tous les humains. Du particulier au général, et du général au particulier : telle est la règle de la recherche scientifique.


Lire : La Révolution génomique de la lutte contre le cancer, par Laurent Alexandre (Le Monde du 22/10/2011)


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