mardi 4 octobre 2011

Rêves

Dans un prieuré délabré, sur une terrasse de la verte montagne, j'arrange le baptême de mon petit-fils avec un jeune gourou, vaguement évangéliste mais fortement peace and love, peu disert sur les questions doctrinales. Il me montre le lieu de l'immersion : un trou d'eau bordé de dalles grossières ou de fragments de tegulae gallo-romaines plates; il est alimenté par une source d'eau chaude mais, me précise le gourou, elle est recouverte par une nappe d'eau froide; ainsi, grâce à cette singularité hydrologique, rien à craindre. Dans une chambre du prieuré où je suis hébergé, je reçois la visite amoureuse d'une adorable adolescente nue, brune et pulpeuse à souhait, le rêve du lycéen en manque. Elle a adopté la posture de la dormeuse dans un célèbre tableau de Klimt, qui n'aimait que les rousses.

Mais je dois bientôt quitter ces lieux charmants pour un long voyage dans un train qui semble avoir la manie de vous ramener à peu de choses près à votre point de départ.

Il me dépose à l'entrée d'une sorte d'académie militaire où j'ai obtenu un poste d'enseignant ou d'éducateur, je ne sais trop, mais l'essentiel est que j'aie un contrat. Brûlant d'un zèle pédagogique tout ravivé, je crée aussitôt un club d'astronautique. Grâce aux moyens techniques de l'armée, on nous construit une cabine spatiale sphérique, avec des hublots et des pieds télescopiques, où doivent embarquer des élèves. La piste d'athlétisme du gymnase est choisie comme pas de tir  : la portée de l'engin est de 300 m; c'est trop peu encore pour se libérer de l'attraction terrestre, mais c'est un début. Posé de guingois sur la piste, il brille d'un pur éclat d'acier inoxydable.

Juste avant le tir, je m'affole : je sens que quelque chose cloche et que nous allons à la catastrophe. N'aurait-on pas des fois oublié le parachute de  freinage ?

Le départ est annulé. Aussitôt nous nous lançons  sur place dans la réalisation d'une nouvelle cabine, cette fois  à l'aide de tôles qui, vu leur aspect rougeâtre, sentent la récupération et le ferrailleur voisin. Elle est propulsée au pétrole lampant et ressemble vaguement à un obus dans une illustration de Jules Verne. Cette fois, rien ne nous arrêtera. Deux apprentis cosmonautes embarquent. L'engin est lancé : il va s'écraser cent mètres plus loin dans un coin du gymnase. Les passagers ont le temps de s'en extraire juste avant que l'habitacle ne s 'embrase dans un incendie furieux.

Le sol bétonné du gymnase commence à fondre. Voyant se profiler d'ici le syndrome chinois,  je prends le parti de quitter les lieux. J'embarque dans un train qui ressemble à un métro, avec une série  de changements extrêmement compliqués. Comme je ne sais pas trop bien où je vais ni où va le train, cet embarras me turlupine.

J'arrive tout de même à temps pour apprendre que je suis désigné pour mettre en scène un film d'aventures policières au Venezuela ou en Equateur, on ne sait pas encore. Je fais la connaissance de l'équipe de tournage, des Hollandais passablement arrogants (il paraît qu'ils passent leur temps à tourner ce genre de films à longueur d'année). Pour l'heure, ils semblent surtout excités par la perspective de rejoindre une boîte à la mode du côté de Saint-Tropez. En l'absence du scénariste, les contours précis de l'histoire m'échappent. Je sais qu'il y a une histoire, mais c'est à peu près tout. Je n'en explique pas moins à l'acteur principal (à moins que ce ne soit le chef machiniste), un gros plein de soupe façon sergent Garcia, les grandes lignes de ma conception, à grand renfort de gestes (je ne parle pas néerlandais).

Pour me délasser, je fais l'ascension du Tourmalet. A l'approche d'un  virage encore enneigé, je fonds sur un cycliste qui ressemble à l'un des frères Schleck.  Je m'étonne de ma forme mais, à la sortie du virage, il a disparu : ou bien frère Schleck s'est emplâtré dans un ravin, ou bien  il m'a semé. Dans les rues escarpées du village qui précède le sommet, je dépasse péniblement (la pente est rude) deux touristes néerlandaises qui discutent de l'itinéraire pour rejoindre une boîte à la mode du côté de Saint-Tropez.











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