dimanche 6 novembre 2011

Le divin sur un bout de trottoir

Elle me dépasse sur le trottoir. Elle est accompagnée d'un ami (d'un amant ?) qu'elle devance. Divinement jolie, blonde, les cheveux relevés en chignon, mince, le corps moulé dans le jeans et le blouson serré, gracieuse,agile et souple sur ses talons hauts. Elle se retourne pour parler à son compagnon, souriante, offrant un profil exquis. Intelligente et spirituelle, sûrement. La foudre me tombe dessus , un mélange d'adoration immédiate et de souffrance. Souffrance? Qu'est-ce que j'ai à attendre de cette inconnue qui, déjà, traversant la rue, s 'éloigne ?
Rien, assurément. Le désir de faire sa connaissance, d'être à ses pieds, d'être aimé d'elle, est fou, voué à rester inassouvi, il est là, pourtant. Mais il y  a pire : le désir d'être elle, de penser comme elle, de ressentir comme elle, de voir par ses yeux, d'être dans sa joie de vivre, son rire, sa douceur. Elle a suscité immédiatement en moi ce désir de l'autre qui est désir de se fuir pour être l'autre, cette envie de s'abolir, de cesser d'exister pour se fondre en l'autre. Il doit y avoir dans ce désir celui du retour à la mère. Désir qui n'est pas un désir de possession mais un désir éperdu de connaissance intime de l'autre, qui est un désir de fusion.

J'ai beau me dire que la beauté n'est pas une garantie d'intelligence, de bonté, de générosité, la beauté exquise de cette femme me fait lui accorder spontanément un crédit illimité. Je dois être comme ces Grecs de l'antiquité pour qui la beauté physique était un signe presque infaillible de la beauté intérieure.

Merci, inconnue, fugitive beauté, pour l'émotion que tu m'as donnée.

Watteau, l'Enseige de Gersaint










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