mardi 15 novembre 2011

J'ai rencontré Adolf Hitler

Sur les gradins latéraux d'un vaste gymnase,  nous sommes massés sur plusieurs rangs. Amorphes soldats d'une nation défaite et d'un peuple inférieur, livrés aux caprices d'un cruel vainqueur. Nous assistons  à l'humiliation que subissent, en rangs sur le béton du gymnase, nos camarades, qui essuient en silence injures et brimades. Il circule autour d'eux, les harangue furieusement. De temps en temps, il en empoigne un, l'entraîne dans les vestiaires, et le tabasse. On entend les hurlements et les coups. Il revient, sans son souffre-douleurs.

C'est notre tour. Il nous adresse un discours hypocritement suave. Chant des sirènes que je ne comprends pas et pourtant comprends parfaitement. Il demande des "volontaires" pour des exercices prétendument gymniques.

Les uns après les autres, mes voisins se lèvent et rejoignent l'arène. J'hésite un instant, mais autant ne pas me faire remarquer. Je les rejoins.

Il longe nos rangs, s'arrêtant devant l'un ou l'autre, accompagnant son examen d'un commentaire aussi guttural que sarcastique.

Je m'aperçois que je suis entouré de femmes. Le temps de me formuler in petto une réflexion sur la décadence d'un peuple aussi efféminé, il est près de moi. Adolf Hitler porte un imperméable mastic, façon gestapo, une casquette de SS, et sa petite moustache le fait ressembler à sa caricature par Charlot. Il brandit un énorme parapluie noir.

Il me manipule  avec rudesse, essayant de me faire prendre des poses, comme on le ferait d'un pantin.

"Vous allez courir, m'ordonne-t-il, et je vais vous poursuivre avec mon parapluie."

Je ne me le fais pas dire deux fois. Mû par la terreur autant que par l'envie de montrer au tyran qu'un de ces Français qu'il méprise peut se montrer aussi agile que n'importe quel Hitlerjügend, je bondis et tente de me faufiler entre les jambes de mes voisin(e)s !

Peine perdue. Etalé à terre comme un veau, je masse en gémissant mon épaule endolorie.

Dans l'encadrement de la porte, la blanche silhouette de ma femme, accourue au bruit de ma chute et de mes couinements, m'apporte réconfort.

Ma tête n'a pas rencontré le bord de la table de nuit, c'est déjà ça.

Sur la couette violemment brassée, est posé le livre sur lequel je me suis endormi, comme chaque soir :

"Le Monde comme volonté et représentation".

Surtout ne pas associer dans le sommeil la pure représentation à la volonté la plus farouche !

Je contemple sur la moquette mon corps, objectivation d'une volonté que je suis loin de connaître et de contrôler !

Il  est toujours bon de méditer les philosophes... mais peut-être pas sur le coup de minuit ?


( Posté par : J.-C. Azerty )


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