mercredi 14 décembre 2011

Mon beau chapeau oh oh oh oh oh !

«  Elles sont belles, ces salopes ! « 

C'est la réflexion que, ce matin au marché, entre le marchand de nougats et le poissonnier, je me fis. In petto.

Frappé par la pertinence de cette intime conviction, je m'arrêtai un instant, le temps de délibérer si j'avais formulé là un jugement synthétique a priori ou un jugement analytique a posteriori. J'optai pour la seconde interprétation, on saisira sans peine pourquoi.


Mais au moment où, reprenant mon chemin, j'orientais  ma brioche en direction des quiches de Marine, je fus traversé d'une intuition fulgurante.

Je pense, ai-je pensé en un éclair, je pense, donc je suis. Cogito ergo sum (je pense aussi en latin).

J'ai vécu en une seconde, intellectuellement s'entend, l'équivalent d'un orgasme après une longue période d'abstinence. Il faut dire que je n'avais pas pensé depuis longtemps : au moins depuis ma prise de retraite. Et dans les années qui la précédèrent, je n'avais pas pensé non plus beaucoup. Une sorte de seconde naissance, quoi.

J'ai éprouvé aussi un fort sentiment d'existence. Il était temps. Côté existence , en effet, toujours depuis ma prise de retraite, j'avais des doutes. Il m'arrivait de me tâter, pour me convaincre que j'existais encore un peu.

Me voilà tout d'un coup rassuré, là, entre le poissonnier et le marchand de nougats. Je pense, et en prime j'existe. Le pied.

Je suis le seul à m'en apercevoir, ce qui ne fait pas honneur aux phénomènes déambulants qui m'entourent.

Incontinent jet décidé  (d'acheter un chapeau).

Quel rapport, dira-t-on, entre un coup de chapeau et un coup de cogito ? Eh bien, c'est que, pris d'une tardive considération pour cette tête pensante que je croyais plus vide qu'une coloquinte de Noël, il m'a paru décent de la récompenser et de la couronner comme elle le méritait.

Il fallait aussi la protéger des intempéries : qui sait ? Peut-être serait-elle capable de futures performances tout aussi renversantes. Il urgeait de ne pas la laisser exposée aux pluies acides qui pénétrant mon crâne et rongeant mes neurones, réduiraient mes intuitions à des vagissements du genre : « Je cucu-panpan, donc je cucu-cuicuis « 

J'ai donc fait l'emplette d'un feutre taupé, mou mais de bonne facture, m'en suis coiffé et suis rentré, fier comme Artapone, à la maison.

-- Josette, ai-je crié, je pense donc je suis, donc j'ai acheté un chapeau.

-- Mon Dieu, quelle horreur ! Quand admettras-tu que tu n'as pas une tête à chapeau ? Enlève ça tout de suite, tu vas faire peur au chien. Il ne pense pas, mais il existe et il mord.

Qu'à cela ne tienne. Quand j'aurai un gros besoin de penser, j'irai me cacher dans les toilettes et je penserai très fort. Sous mon chapeau.

La paix soit avec vous. Et avec vos esprits animaux.



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