mardi 20 décembre 2011

Sans vergogne ni honte

C'est le jour de la potion magique. Mon voisin de lit et moi engageons la conversation. Il a suivi le même parcours du combattant que moi : colectomie, puis  hépatectomie droite. Mais, tandis que j'ai été dirigé sur un des meilleurs hôpitaux publics de France spécialisés dans le cancer, l'Institut Paoli-Calmettes de Marseille, particulièrement pointu, au surplus, dans le domaine de  la chirurgie hépatique, son gastro-entérologue l'a orienté sur une  clinique privée .

Aux indications  qu'il me donne sur ses remboursements (20 euros pour une consultation de spécialiste de 60 euros), j'en conclus qu'il n'est pas couvert par une mutuelle ou que, s'il en a une, elle ne le rembourse que chichement.

A ladite clinique (je ne la nommerai pas) , il se voit demander par le chirurgien qui doit procéder à l'ablation du lobe droit de son foie un dessous de table de mille euros. Le même chirurgien accepte, finalement, de "se contenter" de cinq cents euros. L'anesthésiste passe ensuite et réclame cent cinquante euros.

L'opération est bâclée. "Ils m'ont bousillé", me dit mon voisin. Effectuée par un chirurgien peu compétent, elle laisse des séquelles lourdes.

De mon côté, les trois opérations successives que nécessite une hépatectomie ("nettoyage" du lobe qu'on garde / embolisation portale / hépatectomie droite) ont été brillamment conduites par de jeunes chirurgiens passionnés par leur métier. Personne ne m'a réclamé le moindre dessous de table. Ma mutuelle a couvert les frais (importants) des interventions sans que j'aie à débourser un sou. Mais il s'agit d'un  hôpital public, et pour les médecins qui y exercent, le mot  vocation a encore un sens.

Vous avez dit médecine à deux vitesses ? Nous y sommes. Mais si, en  plus, des spécialistes déjà fort bien payés et souvent actionnaires de l'entreprise réclament à leurs patients des rallonges conséquentes, pour faire en plus un boulot de cochon, il y a scandale en la demeure. Où est passée la conscience professionnelle de gens pareils, où est passée leur conscience morale ? à la trappe du père Ubu ?

La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animaux.

dessin de Serre

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