dimanche 4 décembre 2011

Une chanteuse au nom prédestiné

Au long de sa courte carrière et de sa courte vie, Amy Winehouse n'aura eu de cesse que de conformer son destin à son patronyme : à la fin de sa vie, son corps n'était plus qu'une maison de vin. Elle y a péri noyée.

Le concert qu'elle donna en 2007 au Porchester Hall de Londres, alors qu'elle venait d'accéder à la grande célébrité, constitue à ce titre, un document édifiant et pénible. Le protagoniste est ce verre de rouge qu'elle s'envoie entre chaque chanson, parfois au milieu d'une chanson. Elle a dû commencer le concert déjà bien éméchée, elle continue tout au long le travail de sape. Le résultat se voit et s'entend : visage lourdement figé, gestuelle somnambulique, démarche rare et incertaine. La voix est pâteuse, monocorde, sans vraie énergie, l'interprétation sans aucune invention, sans feeling,  bâclée, à la vérité. On a affaire à une pocharde qui s'efforce tant bien que mal de faire illusion et d 'arriver au bout du concert sans être tombée par terre. Heureusement pour elle, ses accompagnateurs (batteur, saxophoniste, trompettiste) sont des musiciens de classe et ils insufflent aux morceaux le swing qui l'a abandonnée.

On a connu d'autres grands du jazz (Billie Holiday, Ray Charles, Thelonious Monk) capables de donner leur meilleur sous l'empire de la drogue, de l'alcool, mais elle, non. L'alcool lamine son  talent, le réduit à sa plus simples expression, quand le soul se dilue dans les borborygmes d'une  soûlarde, quand le scat n'est plus qu'abandon à la fatigue de l'ivrognerie. Ce concert n'est plus que l'instantané d'une étape vers la déchéance. Le public, nombreux et ravi, apparemment n'y voit que du feu.

Elle avait en elle tout ce qu'il fallait pour devenir une grande chanteuse de jazz, de blues et de rock. Mais l'alcool est un terrible compagnon.


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