mardi 31 janvier 2012

Hélène Bessette : " maternA "

" L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature; mais c'est un roseau pensant "

" Le seul animal qui sache qu'il doit mourir ".

Au moins, de Pascal à Malraux, constate-t-on ce progrès : le second  réintègre l'homme dans le règne animal.

Mais un point ne semble pas faire de doute aux yeux de la plupart : la Pensée reste le privilège de l'homme et prouve sa supériorité sur l'animal. L'homme pense, l'animal ne pense pas (jusqu'à preuve du contraire).

A-t-on pris la peine d'examiner le rôle de la pensée dans l'existence ? A quoi sert-elle ? Comment l'immense majorité des hommes s'en servent-ils ? Ils pensent, oui, mais pour quoi  faire ?

Laissons de côté les usages sophistiqués de la pensée (philosophie, recherche scientifique, hautes mathématiques, littérature, arts, etc) , que Schopenhauer déclarait réservées à une poignée de happy few ; l'usage commun de la pensée, quant à lui, est peut-être moins compris qu'on ne croit. Et peut-être un Flaubert (entre autres) dans son Dictionnaire des idées reçues, n'a-t-il fait qu'effleurer l'essentiel.

Et si, au fil de l'évolution, de Homo habilis à Homo sapiens sapiens, la pensée n'avait cessé d'être autre chose qu'une arme de survie, une arme dans le combat pour la survie ? Arme progressivement perfectionnée, mais pas différente, dans sa nature et sa fonction, du venin du serpent ou de la pince du crabe. Arme utilisée dès qu'il s'agit de défendre son territoire, d'affirmer sa suprématie sur ses congénères, de les soumettre, de les écarter, de les éliminer, dans un interminable et misérable pugilat au quotidien La complexité des relations sociales nous masque aujourd'hui cette fonction ancestrale de la pensée, via le langage et le discours ; elle n'en est pas moins toujours activée, toujours efficace.

Ce serait donc verser dans une préjudiciable illusion que de croire que la faculté de penser -- divin privilège d'Homo sapiens sapiens, cabot perpétuellement en rage et en rut -- logerait, dans on ne sait quel lobe de son cerveau, miraculeusement dédié à la Raison pure, bien à l'abri de tout commerce illicite avec ses esprits animaux. Comme si la propension méditative de notre rodinesque Penseur n'était pas incessamment perturbée par la plus quotidienne et banale des envies de chier, de tirer son coup, ou de boxer son prochain.

Et  les femmes ?  Auraient-elles plus de chances que les hommes d'accéder à la Pensée Pure ?

J'ai passé mon enfance et mon adolescence, dans les années 50 du siècle dernier, dans une école de filles dont ma maman était la directrice, assistée de cinq ou six adjointes, dans une grande ville de l'Ouest de la France -- mais quel rapport, je vous le demande, patience, j'ai mon idée, je tiens le fil --. C'était l'époque où l'on (pas tout le monde,  fallait avoir les sous) roulait en Simca Vedette ; on écoutait la radio sur des postes Visseaux ; on se passionnait pour le jeune prodige Roberto Benzi ; on s'interrogeait encore sur les vertus du sérum de Bogomoletz.. Et l'école publique était loin d'être ce quelle est devenue.

J'ai retrouvé cette ambiance et ce que j'avais vu et senti dans cette école (de filles) de mon adolescence, en lisant le roman d'Hélène Bessette, maternA. Aaaah ! nous y voilà. Pas trop tôt.

Je ne dis pas que ma maman ressemblait trait pour trait à la terrible et dérisoire BrittA , le personnage central du roman d'Hélène Bessette, mais elle n'en était pas moins au  centre d 'un microcosme professionnel, très semblable à celui que la romancière décrit, à cette différence près que ma mère dirigeait une école primaire,  alors que les personnages de maternA évoluent apparemment (sans que cela soit jamais dit clairement) dans une école maternelle, comme le suggère le titre.

Le roman d'Hélène Bessette a été publié pour la première fois en 1954. J'avais quatorze ans et j'ai eu un peu accès à cette réalité de l'école dans ces années-là. C'était une époque où l'école primaire était une institution respectée. Décrocher son certificat d'études primaires n'était pas une petite affaire et le diplôme valait encore considération (et accès à certains postes) à ceux qui l'obtenaient. Etre sorti de l'école primaire d'instituteurs ou d'institutrices, surtout si c'était en bon rang faisait de vous un notable, au moins dans les campagnes. Dans cette Quatrième République qui tenait encore beaucoup de la Troisième, le souvenir des hussards noirs de la République, chers à Charles Péguy, ne s'était pas encore perdu.

C'est l'envers de cette vision idéalisée de l'école que nous dévoile Hélène Bessette dans son livre

Je doute que les enseignants et enseignantes d'aujourd'hui se reconnaissent dans les personnages d'Hélène Bessette. Les choses ont bien changé, pour le meilleur (parfois), pour le pire (souvent). Hélène Bessette savait de quoi elle parlait : elle était institutrice à l'époque où elle écrivait son livre. Ses collègues de l'époque ont peut-être modérément apprécié le tableau qu'elle trace.  Dans maternA, elle prend le contrepied des évocations attendries, comme celles de Léon Frapié, dans la Maternelle. La tonalité générale de son livre est comique, mais c'est un comique féroce.

La lettre majuscule A  y est omniprésente : dans les noms des personnages : BrittA, DjeminA, GrittA, MonA, LisA (!) , dans  celui de leur fonction ou de leur grade : DirectrA, InspectrA. Les enfants sont tous des A (indifférenciés), sauf quand leur maman vient les chercher et qu'il sied de les sortir de l'anonymat où ils étaient maintenus dans la maison-prison :

C'est dans la grande maison aux allures de prison que le A s'est allumé.
La maison aux dix portes.
La maison aux trois cents carreaux.
La maison aux quatre cent vingt carreaux
Sales.
Au début du roman, l'auteur éclaire la signification de cet A -leitmotiv :

Le A est important.
Car l'enfance est le A de la vie.
C'est pourquoi on écrit : maternA
.C'est pourquoi les héroïnes s'appellent :                                                 
                                                   BrittA                                                 
                                                   GrittA                                                 
                                                   DjeminA                                                 
                                                   IolA                                                 
                                                   PierA                                                 
                                                   MonA                                                 
                                                   LisA
Le A domine.
Le livre parle en A.

On peut songer à d'autres associations. A, dans notre culture, c'est la première lettre de l'alphabet, de l'abécédaire. C'est la lettre du début de la connaissance. C'est le A, synonyme d'excellence, de la notation scolaire. C'est le AAA des agences de notation. C'est le A des fonctionnaires du haut de l'échelle. C'est le Aaaaah de la vanité autosatisfaite, le Aaaah un tantinet sadique de qui constate que le disciple besogneux, le subordonné rétif, a fini par "comprendre"...

Cet A renvoie donc à la structure hiérarchique du microcosme de maternA, microcosme multiplié, mutatis mutandis, à des milliers d'exemplaires sur tout le territoire, structure légitimée par l'adhésion des agents et intériorisée par eux. L'InstitutrA admire la DirectrA et aspire à devenir à son tour DirectrA. La DirectrA admire l'InspectrA et aspire à devenir à son tour InspectrA. Les liens de subordination sont des liens de soumission . Les supérieures affermissent incessamment la solidité de ce lien par l'intimidation, l'humiliation, la menace. Les inférieures y contribuent par la peur, l'humilité, le sentiment de leur indignité, l'admiration, l'amour. La note pédagogique, la note administrative, conditionnent l'estime de soi. Ma DirectrA  me colle un 5, je suis une merde. Elle me gratifie d'un 18, je suis un être humain à part entière. Le roman montre ainsi la puissance d'une idéologie (en l'occurrence l'idée républicaine  de l'éducation nationale, forgée par les pères fondateurs (Jules Ferry, Ferdinand Buisson etc -- nommés dans le roman), dans une société suffisamment consensuelle pour ne pas remettre en doute ses valeurs, dès lors que cette idéologie et ses valeurs sont intériorisées par les agents, comme facteur d'ordre social et de reproduction. On a pu voir, longtemps après la chute de l'U.R.S.S., la nostalgie poignante qu'en conservaient et qu'en conservent encore beaucoup de ses modestes serviteurs : elle n'a pas d'autre source que cette adhésion naïve à des dogmes simplistes faits pour garder au pas les gens simples et moins simples. A ce titre, Hélène Bessette me semble anticiper sur les analyses de Pierre Bourdieu.

Le personnage de BrittA, la DirectrA, incarne jusqu'à la caricature la puissance du modèle. Monstre d'autosatisfaction, sûre de sa supériorité et de son bon droit, elle se pose à la fois en exemple et en martyr de la cause :

                  MOI JE
ne monnaie pas mes efforts.
    Le service du A n'est pas un métier mesdames.
    Comment faudra-t-il leur faire comprendre ?
    C'est un travail qui n'est jamais fini, qui vous suit, qui vous retient, qui vous attache.
    Si j'avais encore votre âge.
    Tout ce que je faisais.  Ne vous plaignez pas.
    Quand vous aurez mon âge, qu'est-ce que vous direz ?
    Passez-moi le solucamphre, s'il vous plaît.
    ça ne va pas du tout.
    Je me suis évanouie dans mon lit cette nuit.
    Passez le solucamphre.
    Je ne sais pas si j'irai jusqu'au bout.
    Je n'irai certainement pas jusqu'au bout.
    On dira :
         Elle est morte au champ d'honneur.

Petit soldat de l'école laïque presque morte au champ d'honneur, BrittA  maîtrise parfaitement ses techniques de pouvoir et de domination : appréciations insultantes (de préférence hurlées devant témoin), espionnage, diviser pour mieux régner. Elle prend en grippe IolA (double probable de l'auteur), venue d'ailleurs, au parcours atypique, convaincue de mauvais esprit, de rébellion chronique, de sabotage, soupçonnée surtout de faire passer avant les valeurs du A d'autres valeurs, en premier lieu son amour pour un homme (le plus beau du patelin en plus, merdre ! elle va nous le piquer, cette salope !).

Car cette histoire est une histoire de femmes :  " Histoire sans homme. Histoire de femmes " , précise la romancière au début du livre. Hélène Bessette, on s'en doute, n'est pas précisément un écrivain féministe. Ou,si elle l'est, ce n'est pas pour masquer l'aliénation dont les femmes, comme les hommes, sont victimes. Les femmes aliénées ne sont pas plus sympathiques que les hommes aliénés. Les armes du pouvoir (tout petit pouvoir, mais aussi férocement défendu qu'un grand pouvoir ) et de la domination (toute petite domination  mais...)  sont les mêmes que dans le monde des hommes, avec des nuances "féminines" : la jalousie, la mesquinerie, les ragots, les cachotteries.

Mais toutes ces parades vaniteuses ne sont qu'un cache-misère. Telle fait sonner son éminence pédagogique pour faire oublier et oublier elle-même qu'elle est une vieille fille sans amour. Telle autre se prévaut de son mari ingénieur et de sa belle auto pour masquer ses frustrations. Toutes ont sans cesse à la bouche le mot amour dans leur univers mesquin déserté par l'amour (ou alors masqué : telle l'attirance homosexuelle de DjeminA pour BrittA, sa DirectrA... BrittA au prénom de Walkyrie...). Iola est d'autant plus détestée qu'elle apparaît comme une aventurière, venue d'ailleurs (l'Indochine), rebelle au formatage parce qu'elle a vécu autre chose, et  qu'on la sent prête à préférer les bras d'un homme au sacrifice à la Cause : zAlope !

Romancière aujourd'hui peu connue, Hélène Bessette fut pourtant admirée et soutenue par Raymond Queneau, Marguerite Duras, Nathalie Sarraute. Simone de Beauvoir, Dominique Aury. Son travail d'écriture est proche des recherches du Nouveau Roman.

maternA n'est en rien un roman de facture traditionnelle : pas de narration à proprement parler. Tout passe par le discours, et l'on est souvent très près du monologue intérieur. A ce titre, le roman montre magnifiquement comment le discours ( intérieur ou publiquement proféré ) est un puissant auxiliaire -- pour ne pas dire le plus puissant rouage -- de tout processus d'aliénation. Ce discours (qui est au fond une langue de bois) sert à formuler et à rendre efficiente une pensée rudimentaire, figée, gelée, rigidifiée -- pensée seconde, alibi et masque du désir prédateur -- arme aussi peu dégrossie qu'un casse-tête préhistorique, mais dont l'efficacité est largement suffisante dans le champ clos de la maison-prison .

L'oeuvre affiche ainsi une théâtralité qui est à la fois celle de la réalité décrite ( le groupe InstitutrA / DirectrA  /  I,nspectrA fait constamment, sans le vouloir, du mauvais théâtre) et celle de sa structure. Elle pourrait d'ailleurs très facilement faire l'objet d'une adaptation théâtrale.

Théâtre, mais théâtre musical. Les références à la musique, l'utilisation des formes musicales (vocales) pour structurer les épisodes de l'oeuvre, sont constantes : cela va du grand air de la diva au cantique, en passant par le récitatif, la chanson populaire et la comptine, de l'opéra au music-hall en passant par la musique religieuse. Toute l'oeuvre apparaît ainsi comme une véritable partition orale, et l'on s'étonne qu'elle n'ait (à ma connaissance) inspiré aucun compositeur contemporain.

C'est d'ailleurs à une comptine, autre leitmotiv de l'oeuvre, qu'Hélène Bessette confie le soin de suggérer ce que le mode de fonctionnement de ses personnages a d'infantile et de régressif :

Pan pan qu'est-ce qu'est là
C'est Polichinelle
Mam'zelle
Pan pan qu'est-ce qu'est là
C'est Polichinelle
Que v'la.


Nous devenons des marionnettes de la machinerie sociale lorsque nous acceptons de reproduire le modèle dominant, de nous identifier exclusivement à la fonction que nous y assumons, et de conformer strictement nos attentes à ce que cette machinerie nous propose. Le projet de maternA, d'Hélène Bessette, artiste libertaire, est conforme au programme de l'artiste révolutionnaire que Tristan Tzara, dans le Manifeste Dada, formule ainsi :

" Je détruis les tiroirs du cerveau et ceux de l'organisation sociale ".

Le pire n'est  pas toujours sûr : BrittA est sauvée de la déshumanisation totale parce qu'elle est atteinte par...la limite d'âge. Les derniers mots du roman la montrent, au mariage de IolA,  à la fois seule, fragile, mais humaine :

Personne ne hurle. Britta se tait (elle boit).
Chute vacharde, tout de même, qui suggère qu'Hélène Bessette avait la rancune tenace !

J'ai vécu mon enfance et mon adolescence dans une école de la ville où Hélène Bessette est morte, en 2000. Quand je l'ai appris, j'en ai été (bêtement ?) très ému.


La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animaux.

N.B. -- La remarque suivante d'Arthur Schopenhauer me paraît propre à aider à approfondir une  réflexion sur le roman d'Hélène Bessette, et sur bien d'autres choses encore :

" [...]  tous les philosophes avant moi, du premier jusqu'au dernier, situent dans la conscience CONNAISSANTE  l'essence proprement dite de l'homme, ou encore son noyau ; aussi ont-ils conçu et présenté le moi ou encore, chez nombre d'entre eux, son hypostase transcendante nommée âme, comme étant d'abord et essentiellement CONNAISSANT, VOIRE PENSANT, et par suite comme VOULANT d'une façon simplement secondaire et dérivée. Cette erreur fondamentale ancestrale qui ne connaît aucune exception, cette énorme erreur première, ce conséquent au lieu de l'antécédent, il convient avant toute autre chose de l'écarter pour, en revanche, atteindre à une conscience parfaitement distincte de ce qu'est, conformément à sa nature, le mode d'être de la chose en question " 
                                                                                  ( Sur la cognoscibilité de la chose en soi )

  Les travaux de Freud conforteront cette vision schopenhauerienne du psychisme.



Hélène Bessette ,  maternA  ( Léo Scheer, collection Laureli )



Hélène Bessette






lundi 30 janvier 2012

L'Enchantement du Vendredi Saint


Calé dans son fauteuil roulant, marque "Cacochyme 1940", le vieillard Jean C. effectuait sa promenade quotidienne, sur le trottoir du boulevard Georges-Clémenceau. Il venait d'ailleurs de dépasser le buste du Père-la-Victoire, autre noble vieillard, représenté par le sculpteur avec toque et moustache, et un air teigneux, tout de suite après le monument aux génocidés arméniens, et juste avant celui aux poilus de 14. Il s'étonnait à chaque fois d'avoir survécu à tant de massacres, lui que valait certainement, du temps qu'il jouissait de la lumière du soleil et de la beauté des femmes, n'importe lequel de ces antiques cadavres, canés pour la plupart bien avant la trentaine, et sans qu'on leur demande vraiment leur avis. Mais quoi, on ne choisit pas son destin. Lui, il avait mené une existence globalement agréable et tranquille, était passé entre les gouttes, avait évité, par un hasard incompréhensible, quelques catastrophes où auraient dû le jeter son inconscience et sa témérité. " The right man in the right place", lui arrivait-il de marmonner entre ses chicots. Si un sort malheureux avait pourtant fini par lui échoir, il le devait, pour l'essentiel, à ses excès alcooliques et à ses addictions pâtissières. Amputé d'une jambe, diminué de quelques décimètres d'intestin et d 'un demi-foie, réduit à un tiers de poumon, il venait de subir l'ablation du pénis (voir notre  brochure : Comment gérer sa sexualité après l'ablation du pénis ) (1).  Il n'en suivait pas moins, là sur ce trottoir, avec une attention soutenue, le roulis moelleusement rythmé d'une des plus admirables croupes qu'il eût contemplées dans son existence (il faut dire qu'il commençait à être sujet à des pertes de mémoire). Au-dessus de bottes du bon faiseur, ma foi, montaient lentement (enfin,  c'était son regard à lui qui montait lentement) deux cuisses gainées dans un collant d'un  noir soyeux ; elles s'épaississaient doucement avant de disparaître sous une jupe grise d'un tissu épais et chaud (du moins il le supposait), moulante à souhait, et qui effectivement moulait un cul, mais un cul ! un cul !! un cul, enfin, dont l'image rémanente vous hante parfois des jours ! avant qu'un autre paraisse et l'efface. Au-dessus, c'était l'enchantement d'une taille serrée, d'épaules bien proportionnées et d 'une abondante chevelure brune tombant sur lesdites épaules.

En dépit du tuyau de caoutchouc amorphe et brunâtre qui, depuis trois semaines, lui tenait lieu de pénis, le vieillard Jean C. se sentit remué jusqu'aux tréfonds. Moralement  au moins, il bandait ! tout en s'évertuant à suivre l'allure de la divine en tournant les roues de son charreton (voir sur YouTube la vidéo de l'épreuve du 400m handisport aux J.O. de Pékin).

C'est alors que l'inconcevable se produisit ! Au plus intense de son effort et de son érection virtuelle, il leva les yeux. Et fut incontinent (j'adore cette épithète) foudroyé ! Majestueuse et souple dans sa burqa noire, une  exotique beauté venait à sa rencontre. Agile et noble, avec sa jambe de statue (qu'on ne voyait pas, mais qu'il était d'autant plus aisé d'imaginer) . Dans le rectangle du créneau prescrit s'offraient, impudiques, deux yeux noirs sublimes, d'un éclat velouté, d'une sérénité pimentée d'un brin de malice, surmontés d'une paire de sourcils en aile d 'albatros. Au moment de le croiser, elle les baissa (les yeux) sur lui. Le tuyau de caoutchouc frémit, vibra même. Et dans l'instant, il sut. C'était ELLE, et pas une autre.

Déjà elle s'éloignait. En un sursaut dément, il fit virevolter le charreton ("Tu peux pas faire attention, vieux con !") et lui emboîta le pas. Sous la noire soutane, on devinait l'amorce d'un déhanchement de houri. Un autre que lui aurait pu ne pas le percevoir, mais lui, vous pensez, avec son expérience. Il jouit (on passe au présent de narration) intensément.

On approche du carrefour. Elle ralentit un peu. Il se rapproche un peu . Et c'est alors  - non mais c'est pas croyab d'inventer des vannes à la con de ce calibre, quand j'y pense, faudrait que j'en parle à mon psy), et c'est alors, reprendé-je, c'est alors, c'est alors, merci Salvador (Henri)...

C'est alors qu'elle s'arrête, se penche prestement, empoigne le bas de la soutane, la remonte, la trousse, se penche et lui montre son... lui montre sa....  Le Sacré Pistil... l'origine du Monde... l'Enchantement du Vendredi Saint !

La Sainte Hostie s'offre aux regards des Fidèles dans une plénitude d'autant plus rayonnante que la Prêtresse porte pas de culotte. Même pas un fantôme de string ! (mais qu'est-ce qui me prend de me faire souffrir comme ça ? c'est du masosoufisme!)

Puis, avec un naturel parfait, elle rabasse -- elle rabaisse, pauvre truffe ! -- tout. La vision se dérobe. La belle s'engage, légère, sur le passage clouté (qui l'est d'ailleurs plus, clouté, depuis un bail).

D'un frénétique effort sur les roues du charreton, il s'y engage à sa suite, sans s'apercevoir que le feu vient de passer au rouge. C'est alors que surgit, vrombrissant et brinqueballant, l'inévitable camion de chantier (Entreprise Mohammed Kadhafi ). La suite surpasse en atrocité les messages les plus horrificques de la Prévention Routière.

Il fut décidément impossible de démêler les restes du vieillard Jean C. de ceux du charreton. On devinait, coincée entre le siège et le guidon, une masse rougeâtre qui avait dû être une cage thoracique. Un bout de tuyau de caoutchouc restait coincé dans les cale-pieds. Dans le fouillis des rayons  d'une roue explosée, on devinait le fantôme d'un visage, un oeil extatique, un rictus frénétique : dès avant son trépas, la victime avait dû atteindre un excès de souffrance, ou de bonheur, ou des deux à la fois.


L'ensemble, dûment plastinisé par un artiste local, fait aujourd'hui la fierté de notre Musée Municipal.


Note 1 - (voir la brochure : Comment gérer sa sexualité après l'ablation du pénis ) : on pourrait croire à une mauvaise blague de l'auteur de ces lignes (il en est malheureusement coutumier). Pas du  tout. Si vous n'y croyez pas, c'est que vous ne fréquentez pas  les bons endroits. Tant mieux pour vous.


La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animiaux.


( Posté par : J.-C. Azerty )

dimanche 29 janvier 2012

Trop tard

J'ai écrit un additum à mon post intitulé Calamités présidentielles (22/12/2011), à propos de l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy (29/01/2012)

Nous vivons en  temps réel l'agonie politique de notre consternant petit bonhomme. La mise à mort aura lieu fin avril / début mai. Nous y prendrons part. Il restera à notre minusculissime ex-président la possiblilité de se réincarner sous une autre enveloppe, par exemple celle d'un papy pouponnant, aux côtés de sa doucereuse pousseuse de chansonnettes. Grand bien leur fasse.

Additum (18/02/2012) - Lire sur Rue89 "600 raisons de ne pas voter Sarkozy" (15/02/2012). Il doit bien y en avoir une 601ème, faut que je la trouve !

Ma femme m'énerve

Ma femme m'énerve.

Elle m'énerve ou elle m'excite, je n'ai pas encore tranché. Mais vraiment, pratiquant assidu du non-vouloir schopenhauérien,  avais-je- besoin qu'on fît ainsi de bon matin monter mon...adrénaline ?

Ce matin donc, au petit dej , elle me fait la lecture ; un article du Monde sur L'étrange conseiller de Carla Bruni :

" Julien, explique Carla, est un garçon exceptionnel. Un poète, un génie. Vous savez qu'il a envoyé de la musique dans la Lune ?

-- Hi hi hi ! ha ! ha ! ha ! ouh ! ouh ! ouh !  Je ne sais pas si sa musique est dans la Lune, mais cette pauvre Carla, elle est vraiment comme la Lune !

-- Ma chérie, tout de même, un peu de respect pour la première dame de France, objecté-je en faisant crac crac avec ma biscotte.

Elle continue :

" Civange est le  seul qui, lors d'un déplacement, peut entrer dans la chambre de sa vieille amie Carla sans frapper et sans faire hurler Nicolas "

--- Ha ! ha! ha ! ouh !ouh ! ouh !  j'imagine la suite. ça y va dans la chambre à Carla ! D'ici que l'Angiolina elle soit pas du nain de jardin. Il va bientôt pouvoir faire la paire avec la Sinclair.  "

"La Sinclair", toujours ce manque de respect . Ce n'est pas parce qu'elle ne peut pas l'encaisser qu'elle ne peut pas se forcer un peu pour dire "Anne Sinclair", comme tout le monde. D'autant que ladite Anne Sinclair rebondit fort au Huffington Post, qui -- heureux hasard -- claironne la visite prochaine de DSK au parlement européen ; l'article est assorti de commentaires hilarants de lecteurs en adoration devant le génie du Menotté de Manhattan; plusieurs proclament qu'il mérite le Prix Nobel d'économie. C'est vrai que, si la réalité rejoint les fictions de ma femme, la Sinclair (comme on dit la Callas) ferait un beau couple avec notre avorton national pour une reprise des Cocus magnifiques. Mais revenons à la raison : la rejetonne de l'hypothétique couple Sarkozy-Bruni-Civange ne s'appelle pas Angiolina. Du moins à ma connaissance. "Cessons ce délire, objecté-je en faisant crac crac dans ma deuxième biscotte.

Civange : " L'Elysée me paye plus que Guéant ! "

--- Hi ! hi ! ouh ! ouh ! ça y va les sous ! ça faisait bling-bling y a cinq ans, mais fin avril, ça va plutôt faire flop-flop !  "

Quelle partialité ! Pour le coup je manque de m'étrangler avec ma troisième biscotte. Ses beaux yeux sombres brillent au-dessus du journal. "Des yeux à faire péter les boutons de braguette", l'en avait complimentée un vieux monsieur pas du tout cacochyme (du moins sur ce plan-là) dans une clinique de Brunoy, tandis qu'à côté, les élèves d'une école judaïque faisaient le mur, ramistouflettes en bataille et chapeau en goguette. Agiles, les futurs rabbins, quand il s'agissait de rejoindre leurs coquines.  " Tu te rends compte, des yeux à...",  m'avait-elle raconté le soir, avec une fière pudeur. Pudique, mais fière...C'était le milieu des années soixante, la guerre d'Algérie n'était plus qu'un vieux souvenir, le Planning Familial avait pignon sur rue, on ne pensait qu'à baiser. On laissait s'user l'indéboulonnable Général.  Mai 68 approchait, d'ailleurs ma femme et moi on était déjà tout le temps en 69.

Elle a d'ailleurs gardé l'esprit soixante-huitard. Par exemple, elle est bien décidée à ne pas voter Marine Le Pen : "Non, mais tu me vois avec un Bruno Godemiche en guise de premier ministre ? "

" Des yeux à faire péter les boutons de braguette " . J'avais presque décidé de lui imposer le port de la burqa, lorsque je me suis avisé à temps que ce vêtement, si injustement vilipendé comme archaïque et barbare oripeau, est en réalité un accessoire érotique ultra-sophistiqué, produit d'une civilisation raffinée, et qui devrait figurer dans tous les porno-shops. Ne sous-estimons pas en effet la réaction émotionnelle induite en nous par le regard éloquent d'une femme ! Deux yeux noirs te regardent ! J'ai donc renoncé à ce projet, manifestement contre-productif dans le cas de ma femme.

Dans la rue tout-à-l'heure, j'ai scrupuleusement suivi le trajet d'une belle aux jambes d'une délicatesse inouïe, sur talons hauts, cuisses disparaissant sous une jupette froufroutante à mettre en déroute le sang-froid du plus schopenhauérien adepte du non-vouloir. Rien que d'en parler, tiens, j'en suis tout ému. Une cuisse, une croupe ! ah! que ces mots sont doux !  qu'ils sont donc émouvants ! Dans son sillage, indolent compagnon de voyage, je fixais, fasciné, son délicieux roulis...

En somme, entre l'érotisme islamique et le nôtre, c'est 50/50 : si nous renonçons aux vertus émotionnelles de la burqa, nous nous rattrapons par le bas. L'essentiel est de rester toujours à équidistance du centre, sans jamais le perdre de vue.

C'est à quoi, chérubin attardé, je m'applique. Plus près de Toi, mon Dieu !


Indolent compagnon de voyage  : ah ça c'est beau. On dirait le battement lent des ailes d'un grand oiseau, un albatros, par exemple. C'est à cause de la distribution des trois accents d'intensité : indolent compagnon de voyage, de la lenteur du rythme et de la plénitude des nasales et des a.

Qui suivent, indolents compagnons de voyage  : la longue glissade, et puis le battement des ailes...

Piaf aurait pu chanter ça. elle savait l'ouvrir quand il fallait : Quand il me prend dans ses bras, je sens mon coeur qui bat, je vois la vie en rose. C'est une musique parente.


Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux  des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

"Vastes oiseaux des mers" : il fallait l'oser aussi.  Mais les deux derniers vers sont sublimes.



La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animaux.


( Rédigé par : Babal )













samedi 28 janvier 2012

Le Pétrole *** et ses vertus

J'ai le tif rebelle. Un léger manque de souplesse qui s'accentue avec l'âge. Plus un épi rétif.

Aussi remédié-je chaque matin à ces défauts inesthétiques en aplatissant ma tonsure à l'aide d'une lotion aux vertus reconnues depuis quasiment la nuit des temps : le Pétrole *** (publicité gratuite quoique discrète).

Chaque mois, je renouvelle ma provision de Pétrole *** chez mon supermarché favori (publicité....vide supra) .

Dans le Pétrole ***, y a du pétrole. Je ne sais pas combien, mais y en a. Si y en avait pas, ça s'appellerait pas Pétrole *** (publicité discrète mais gratuite).

Les vertus cancérigènes du pétrole sont prouvées.

Ainsi, depuis des décennies, j'arrose ma tignasse avec une décoction de pétrole (cancérigène) . Depuis le temps que j'en verse, j'ai bien dû en vider un baril.

A ta santé, Pépère.

 Faut être marteau.

D'ailleurs, depuis quelque temps, juste après m'être lotutionné au Pétrole ***, je prends un gros marteau et je tape sur mon crâne gras pour adoucir la douleur de la tumeur.

En plus, j'ai des hallucinations. Quand j'approche de mon supermarché favori, au lieu  de lire sur l'enseigne "les Joyeux commerçants", je vois distinctement une tête de mort avec deux nonosses en croix sur un carré noir.

La paix des tombeaux soit avec nous . Et avec nos nonosses.











jeudi 26 janvier 2012

En attendant les couches

Les mains du médecin quittèrent le clavier, rassemblèrent des feuillets épars qu'il rangea sommairement dans une pochette de papier kraft. Il la tendit à K et se leva, signifiant la fin de l'entretien. "Pas de médicaments ?" demanda K. timidement. Sa voix tremblait un peu.  "--- Boh..... Non." fit le praticien. Il tendit la main à K. De son mètre quatre-vingt seize, il dominait K. de vingt bons centimètres. Son visage de  poupon sérieux s'éclaira d'un bref sourire, un peu ironique : "Au plaisir de ne jamais vous revoir. ", lui dit-il. Et referma la porte.

Dans le couloir désert, K., un peu chancelant, s'appuya un instant à un présentoir de revues. "Comment gérer sa sexualité en cas de cancer du visage", annonçait le titre d'une brochure avenante, en vert sur fond rose. K. la prit et la parcourut un peu machinalement. On y expliquait comment placer son faux nez de carton pour embrasser son/sa partenaire. Il la glissa dans la pochette de papier kraft. Le cancer du visage ne l'avait pas concerné mais on ne sait jamais, et puis K. aimait s'instruire, de façon désintéressée. Des piles d'ouvrages non lus, abordant toutes sortes de sujets -- des photons supraluminiques aux théories alchimiques en passant par un roman sur l'agonie d'un vieillard Juif dans une clinique de Manhattan ou le système de Schopenhauer en deux gros volumes -- encombraient sa chambre, alternant avec d'autres piles de revues dépareillées et de numéros anciens du quotidien favori de K. Il avait promis à sa femme de commencer à tout débarrasser après sa guérison mais, celle-ci tardant à s'affirmer, ce chantier, parmi d'autres, restait en plan, faute de claire résolution et d'énergie. En somme, la chambre de K. donnait une image assez exacte de l'économie du pays en ces temps de crise.

K. s'approchait des ascenseurs quand une infirmière sortit d'une chambre, à quelques mètres de lui. Il la connaissait bien. Elle l'avait maintes fois branché et débranché. Elle avait un visage avenant, aux traits doux, encadrés d'une masse de cheveux bouclés d'un blond roux qui plaisaient bien à K. Elle avait des seins ronds satinés que K. pouvait  admirer et respirer quand elle se penchait  au-dessus de lui pour le piquer ou le dépiquer. Elle le manipulait avec une gentillesse souriante, attentive à ne pas lui faire mal; "Respirez fort", lui disait-elle, tandis que ses nichons parfumés bougeaient doucement à quelques centimètres du nez de K.

Mais cette fois, elle se borna à le saluer d'un petit signe de la main, un peu évasif et réservé. Son regard exprimait le désir de conserver une certaine distance, comme envers un membre de la famille qui s'est rendu coupable de quelque faute et qu'on préfère tenir à l'écart. Silencieuse, elle entra dans une autre chambre.

Resté seul, K. s'engagea dans un labyrinthe de couloirs qu'il ne connaissait pas. Il finit par s 'asseoir sur une chaise recouverte d'un skaï écorné marron-vert (hein, marron-vert, ça sent son détail vrai, on se croirait dans un roman de Régis Jauffret), recouverte donc d'un skaï écorné marron-vert, entre un container garni d'un sac de plastique noir débordant d'objets en tissu blanc souillé qui ressemblaient à des couches, et un distributeur de liquide aseptisant pour les mains, vide.

Il tenta de réfléchir à l'existence que depuis un peu plus d'un an, il menait. Il ne l'avait pas choisie, mais elle lui convenait. Son quotidien était soigneusement réglé par un planning d'une précision rassurante : prise de sang hebdomadaire, séances de potion magique bimensuelles, branchements / débranchements, le tout assuré par Jeanne, Catherine, Héloïse ou Gisela. Chacune avait quelque chose pour plaire, il en aurait bien fait son quatre-heures, n'était la surveillance permanente de son épouse, surveillance bien superfétatoire d'ailleurs, vu le niveau de ses pulsions érotiques et  l'insuffisance apparemment définitive de ses érections. Du reste, la sollicitude tendre de sa femme lui suffisait largement . Avec une infinie douceur, elle lui disait souvent : "Tu es fatigué, mon chéri. Va te reposer. " Il ne s'en privait pas.

Mais tout cela, c'était apparemment fini. Le planning , vierge de tout rendez-vous, commençait déjà à prendre la poussière sur une pile de volumes de l'Encyclopaedia Universalis datant du siècle dernier et qu'il avait rarement ouverts. Il songeait au tour qu'avait pris sa vie ces derniers mois. Son mode de vie, d'une austérité un peu grise, n'était pas sans charme. Il sortait peu, dormait beaucoup, lisait davantage. Il pensait souvent à la mort, mais plutôt comme  une échéance peu douloureuse et libératrice, relativement lointaine d'ailleurs. Il pratiquait avec modération le non-vouloir que Schopenhauer recommande à qui aspire à la sagesse. Il bandait très peu, ne baisait plus du tout. A intervalles réguliers, un taxi confortable l'emportait vers d'autres villes où, dans de vastes bâtiments aux murs peints d'un blanc-gris très doux, des escouades de médecins compétents et d'infirmières ravissantes le prenaient en charge, le maniaient, le palpaient, l'inséraient dand d'étranges tuyaux  d'un blanc-crème, qui l'accueillaient en émettant de débonnaires borborygmes. Ils le photographiaient, l'endormaient, l'incisaient, l'ouvraient, le re-photographiaient, le découpaient très délicatement, le refermaient, le recousaient, le décousaient, le re-recousaient. Dans des chambres tièdes comme des serres, ils le piquaient, le dépiquaient, le repiquaient...


K. sentait qu'on avait de la sympathie pour lui, qu'on s'intéressait à lui. C'était une impression relativement nouvelle pour lui, et qu'il n'avait guère connue depuis ses lointaines fiançailles. Il se sentait presque important, espérait, sans le dire, être choisi pour une de ces mystérieuses expériences pour lesquelles il savait qu'on recrutait périodiquement des cobayes. Il faisait l'objet d'une surveillance permanente, quelque peu carcérale sans doute, mais on pouvait ouvrir les fenêtres des cellules, au soir, quand le vent tombait. Au reste, sa femme lui téléphonait régulièrement pour avoir de ses nouvelles et son fils cadet veillait à renouveler ses slips.

En somme K. était heureux. D'ailleurs, il avait beaucoup grossi. Sa vie avait enfin un sens  -- unique peut-être, mais un sens. Des souvenirs lointains de son enfance chétive lui revenait : il se revoyait dans son petit lit, bordé jusqu'au nez, fiévreux, le thermomètre à portée, Croc-Blanc de James Oliver Curwood (Bibliothèque verte) sur la table de nuit, pendant que sa mère s'affairait dans la cuisine pour lui préparer une tasse de thé avec une madeleine. Une manière de paradis proustien, en quelque sorte. Comme il était souvent malade, il allait rarement à l'école. Il n'y perdait rien car l'institutrice, une vieille fille revêche, n'avait pas de poitrine.

K. sortit de l'hôpital, un peu sonné. Quelle bévue avait-il donc bien pu commettre pour qu'on le rejette ainsi ? Le paradis s'éloigna encore un peu plus lorsqu'il fut rentré chez lui. Curieusement, les attentions maternelles de sa femme se firent soudain plus rares. Elle louchait désagréablement vers des détails du logis dont, depuis un an, il n'était plus question, une plinthe qu'il n'avait jamais peinte depuis vingt ans, un carré de plâtre en attente de tapisserie derrière un radiateur remplacé, une souche dans le jardin toujours pas dessouchée. Un matin, en bas de l'escalier, elle le héla d'un déplaisant : "Alors, tu te décides à la faire, ta toilette ? il serait tout de même temps d'aller faire les courses !"

Tout était-il  donc redevenu comme avant ? K. se sentait redevenir, chaque jour un peu plus, un homme ordinaire, un homme sans qualités, un Bardamu  quelconque, un Roquentin grisâtre. Dans la rue, il ne croisait plus le regard d'aucune femme, bien qu'avec son manteau noir et son feutre mou, il évoquât vaguement un second couteau dans un film noir-et-blanc de série B des années trente.

Une nuit, il fit un rêve étrange :  dans l'obscurité d' une ruelle tortueuse, un forcené venait à sa rencontre en hurlant : "Je vais te tuer ! J'ai un calibre dans ma poche ! Je vais te vider mon chargeur dans les tripes ! ". K l'attendit avec un sentiment de délivrance. Mais le tueur le frôla sans le voir et se perdit dans les ténèbres : ce n'était pas à lui que sa fureur en avait.

Le lendemain, K. croisa un voisin, un octogénaire alerte à qui il fit part de ses inquiétudes. "Eh ben, lui dit l'autre, vous allez connaître la suite. "  Et il évoqua la cruralgie et la sciatique qui l'avaient cloué sur un lit d'hôpital pendant huit jours dans des souffrances indicibles. Ils causèrent infarctus, diabète, rupture d'anévrisme, alzheimer, macula et couches. K. se disait qu'il n'avait sans doute reculé l'échéance que pour mieux sauter. Quatre anesthésies générales lui avaient heureusement donné l'occasion d'expérimenter une mort douce, une glissade sans douleur dans le néant. Peut-être convenait-il de regretter de s'être réveillé : il n'était plus assez jeune pour  commencer une nouvelle vie, former de nouveaux projets, connaître de nouvelles amours. Quelques années seulement le séparaient des couches. Il ne se souciait guère d'occasionner des problèmes de dos à d'accortes aides-soignantes qui lui diraient : "Allez, Pépé, on vous lève. On va vous changer (Bon Dieu, qu'il est lourd, ce vieux con !)".

Non, rien n'était plus comme avant. K. comprit qu'il ne redeviendrait jamais ce randonneur alerte qui se croyait encore jeune à soixante-dix ans passés et formait des projets sur deux bonnes décennies. Si son avenir, c'était celui d'un vieillard bavotant garni de couches, il se moquait de l'avenir. No future. Les seuls projets qu'il s'autorisait à former étaient à échéance d'une quinzaine au plus. Ne restait que le présent, un présent léger, léger, lavé de tout souci.  K. se sentit à nouveau tout-à-fait heureux.

Enfin....... qu'il croit.

Mais bon...S'il ne lui faut qu'une paire de nichons pour être heureux, il trouvera toujours son bonheur.


La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animaux.

N.B. -- Curwood, c'est Bari chien-loup. Croc-blanc est un film d'Arthur London. Alzimémère, quand tu nous tiens.

(Rédigé par : Jambrun )

Le Caravage, Saint-Jérôme (1606) - Galerie Borghèse











mercredi 25 janvier 2012

Les grandes vacances

Du Barrabas de Marlowe (vide supra), j'écrivais : ce n'est pas un caractère; c'est un homme dans une situation. Que la situation vienne à changer, l'homme change, pour s'y adapter, pour mieux  faire face aux nouveaux dangers qui le menacent.

J'étais loin de me douter que j'allais avoir à affronter un changement de situation tout aussi radical : vais-je être capable de changer pour m'y adapter, that is the question. En attendant, je rumine, aux lisières de la dépression.

Depuis plus d'un an, je m'étais aménagé une vie équilibrée, tranquille. J'avais adopté un mode de vie austère, mais réglé, qui me convenait.  J'étais parvenu à une certaine forme de sérénité (proche de celle du Sénégalais), à une certaine forme d'abstention, de retraite spirituelle, quasi monacale. Je méditais longuement sur la mort. Je pratiquais le non-vouloir. En plus, j'avais pris l'habitude de rencontrer beaucoup de femmes, presque toutes jeunes et jolies, souriantes, attentionnées, jamais avares d'une gentillesse affectueuse pour moi, et qui touchaient mon corps plus souvent qu'à leur tour, à ma grande satisfaction. J'étais entouré, choyé. On m'examinait, me photographiait, me piquait, me branchait, me débranchait, me perfusait, m' incisait, me découpait, me recousait, me décousait, me re-recousait avec la plus grande délicatesse. Mon futur était défini par un planning d'une grande précision. Je voyageais dans des taxis de luxe, aux frais de la princesse. Ma femme était aux petits soins pour moi : "Tu  es fatigué, mon chéri, va te reposer ", c'était sa formule favorite. Je ne m'en privais pas.

Tout a changé brutalemment, pas plus tard qu'hier. C'est comme si on m'avait retiré un  tapis de sous les pieds sans me prévenir.  De passage à l'hôpital pour un bilan, comme je prenais congé de lui,  mon oncologue, un homme pourtant gentil, attentif et qui semblait m'aimer bien, m'a dit, avec un regard quelque peu ironique : "J'espère bien ne plus jamais vous  revoir" ! -- Prescrivez-moi au moins quelques médicaments, lui ai-je demandé d'un ton presque suppliant  -- Boh! ... Non. "  Mais qu'est-ce que je lui ai fait ?

Dans le couloir, j'ai croisé une de ces charmantes infirmières dont le commerce avait, depuis des mois, fait mon bonheur. Elle m'a  salué d'un petit signe, amical, certes, mais un peu évasif, et son regard était de ceux qu'on réserve aux membres de la famille qui n'en font plus vraiment partie, et  qu'on tient désormais discrètement à  l'écart.

J'ai passé un coup de fil à la Sécurité Sociale, histoire de m'assurer que tout ça était bien correct : "Vous vous foutez du monde, m'a répondu le sous-directeur d'un ton rogue, ça va bien comme ça. On arrête les frais."

Le plus dur, ça a été les heures qui ont suivi mon retour à la maison. Ma femme  s'est mise à loucher désagréablement vers des détails de notre logis dont il n'était plus question depuis longtemps : une plinthe qui attend depuis vingt ans que je la peigne, un rectangle de plâtre blanc en souffrance de tapisserie depuis le remplacement du radiateur, une souche dans le jardin toujours pas dessouchée, etc. Ce matin, voilà-t-y pas qu'elle me hèle d'en bas de l'escalier : "Tu te décides à la faire, ta toilette ? Il serait tout de même temps que tu ailles faire les courses."

J'ai comme une forte impression de déjà vu, de déjà entendu. Et si tout était redevenu comme avant ? Et si j'étais redevenu un individu ordinaire, un homme sans qualités ? Un Bardamu quelconque, un insignifiant Roquentin.

Je commence à m'apercevoir que, dans mon imprévoyance, je n'avais pas osé regarder tout-à-fait en face cette idée, que le calcul des probabilités n'invalide pourtant pas a priori :

On peut guérir d'un cancer.

Eh bien, m'y voilà. Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est affreux. Mais c'est momentanément perturbant.

Les grandes vacances sont terminées.


La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animaux.

N.B. -- "On peut guérir d'un cancer" ? Pof pof pof . Pour l'instant j'entame la longue période de rémission de mes péchés (et vu leur nombre...). Pour la guérison, on en reparlera (éventuellement) dans cinq ans.


( Rédigé par : J.C. Azerty )









mardi 24 janvier 2012

" Le Juif de Malte " , de Christopher Marlowe : un théâtre de situations

Pour C.P.

Quel extraordinaire écrivain que ce Christopher Marlowe ! Quelle insolence et quelle violence ! Quel éblouissant lyrisme ! Quelle maîtrise dramaturgique ! Quelle force dans l'invention de personnages inoubliables !

Le Juif de Malte est un de ses plus beaux chefs-d'oeuvre. C'est aussi, avec Le Marchand de Venise, de Shakespeare, et Mahomet, de Voltaire, une des grandes pièces du répertoire qui sont victimes d'une censure de fait. Autocensure...

Mahomet est certainement, avec la Mort de César, la plus belle tragédie de Voltaire. Le Prophète y est représenté sous les traits d'un ambitieux sans scrupules, dont le pouvoir est la seule passion. La pièce fut rapidement interdite, peu après sa création, car la véritable cible de Voltaire y était ... l'Eglise catholique !
On se souvient des mésaventures plus récentes d'Hervé Loichemol, le dernier metteur en scène (à ma connaissance) à avoir voulu monter la pièce, et qui se vit interdit de représentation à Genève, à la suite de pressions des milieux musulmans, dont Tariq Ramadan : le texte était jugé offensant pour le Prophète et donc susceptible de heurter les sensibilités musulmanes. Une affaire des caricatures de Mahomet avant la lettre, en somme.

Dans le cas du Marchand de Venise et du Juif de Malte, les pressions émanent de milieux Juifs ou de militants d'associations luttant contre l'antisémitisme. Shakespeare et Marlowe mettent en effet dans la bouche de leurs personnages les clichés antisémites qui étaient ceux de leur époque.

Il y a quelques années, j'ai failli ne pas pouvoir  assister à une représentation du Marchand de Venise, car une partie des résidents Juifs de ma bonne ville, appuyés par certaines associations, avaient tenté d'obtenir le retrait du spectacle : Motif : la mise en scène aurait été vicieusement marquée de préventions antisémites. Il n'en était rien, évidemment, et le personnage de Shylock était notamment  proposé sous un jour particulièrement sympathique et émouvant. En réalité, bien entendu, c'était le texte de Shakespeare qui était jugé insupportable.

Mauvaise querelle, sans doute, mais querelle douloureuse. La Shoah est passée par là. Après le martyre de tant d'innocents, on comprend que certains jugent intolérable que des propos et des caricatures injurieuses pour les Juifs soient tenus sur une scène. Ce que certains craignent, au fond, c'est que cette image des Juifs ne réjouisse une partie, même infime, des spectateurs. Ce n'est pas le texte qui fait peur, ce sont les réactions qu'il peut susciter.

La perspective théâtrale suffirait à innocenter Shakespeare et Marlowe de l'accusation d'antisémitisme. Les injures contre les Juifs ne sont pas le fait des auteurs mais de leurs personnages. Rien ne dit que Shakespeare et Marlowe partageaient les préjugés de leurs contemporains. Divers indices, dans chacune des deux pièces, suggèrent même le contraire.

Barrabas, le Juif de Malte, est en tout cas une des créations les plus puissantes du théâtre élisabéthain. C'est un de ces inoubliables monstres de théâtre qu'on voudrait un jour interpréter, tant son envergure éclipse les autres personnages, une version noire de Falstaff, un Don Salluste en plus sympathique.

La première image que Marlowe nous  donne de lui est vraiment grandiose. Son statut social n'est pas exactement défini : armateur? banquier? marchand ? les trois à la fois sans doute. Ses navires accostent  dans tous les ports de la Méditerranée, il dicte ses ordres aux marchands de l'île, qu'il surpasse tous en puissance et en richesse. Il dit :

Voilà donc à combien s'élève mon bénéfice ;
Pour ce qui est du tiers sur les vaisseaux de Perse,
L'affaire est à présent terminée et réglée.
Quant à ces Samiotes, ces gens d'Ous, acheteurs
De mon huile d'Espagne et de mon vin de Grèce,
J'ai mis dans ces sacs leurs pauvres pièces d'argent.
Fichtre ! que d 'embarras pour compter leur mitraille !
Vive l'Arabe, qui paye si généreusement
En bonnes pièces d'or ce dont il fait commerce.
Un seul homme en compte aisément en un jour
Assez pour se nourrir le restant de sa vie.
Le pauvre hère qui n'a jamais palpé un liard,
Face à tant d'écus, s'écrierait au miracle.
Mais celui dont les coffres regorgent d'or, et qui
A trimé toute sa vie durant et s'est usé
Le bout des doigts à force de compter,
Ne veut plus, lorsqu'il vieillit, travailler de la sorte
Ni s'échiner à mort pour gagner une livre.
Parlez-moi des marchands de ces mines de l'Inde
Qui vendent ou achètent l'or le plus fin qui soit;
Du riche Maure qui à loisir amasse les trésors
Trouvés dans les roches de l'Orient et entasse
Chez lui les perles comme de vulgaires cailloux ;
Il les reçoit pour rien et les revend au poids.
Des sacs d'opales de feu, de saphirs, d'améthystes,
Des hyacinthes, de dures topazes, des émeraudes vert gazon,
De beaux rubis, des diamants étincelants,
Et des pierres rares qui atteignent de tels prix
Qu'une seule, évaluée de manière impartiale,
Et selon la valeur qui est celle du carat,
Pourrait en cas de péril ou de calamité suffire
A payer la rançon d'un grand roi prisonnier.
Voilà les biens dont se compose ma fortune ;
C'est pourquoi il me semble que les gens avisés
Devraient séparer leurs affaires du commerce ordinaire
Et, à mesure que s'accroît leur fortune, cacher
Des richesses infinies dans un petit espace.
Mais, à présent, voyons où le vent se tourne
Et quel point désigne mon bec d'alcyon.
Il souffle à l'est ? C'est vrai, voyez les girouettes ;
Elles indiquent l'est-quart-sud-est. j'ai bon espoir
Que mes navires voguant en Egypte et dans les îles voisines
Se trouvent à présent sur le Nil aux rives sinueuses;
Mon vaisseau en provenance d'Alexandrie,
Chargé d'épices et de soieries, a repris la mer
Et, glissant le long des côtes de la Crète, il se dirige
Vers Malte en traversant la Méditerranée.


Quelle tirade magnifique ! Quelle variété de couleurs et de tons. Quel souffle ! Il faudra attendre un Claudel pour en retrouver un pareil !Et quel orgueil justifié possède ce marchand, dont la fortune repose sur l'audace, l'intelligence, l'expérience et le savoir. Il annonce celui de ces marchands anglais qu'évoquera Voltaire dans sa Lettre sur le commerce.

Cette richesse fait de Barrabas une vache à traire en puissance. Justement, les Ottomans, suzerains théoriques de l'île, exigent de l'Ordre de Malte le versement d'un tribut impayé depuis des années. Fernèze, gouverneur de Malte, ordonne la saisie des biens de Barrabas. La suite de la pièce décrit les efforts de Barrabas pour récupérer sa richesse et se venger de Fernèze.

La seule passion de Barrabas, c'est l'or, les pierres précieuses. Il leur sacrifie tout, sa propre fille y compris. Rien de la mesquinerie d'Harpagon dans cette insatiable avidité qui coïncide exactement avec le vouloir-vivre de Barrabas : toute son énergie vitale, toutes les ressources de son esprit fertile en combinaisons, sont mobilisées au service de cette quête. A la différence d'Harpagon, qui n'en a cure, Barrabas est obsédé par le souci de transmettre sa fortune, à sa fille d'abord, puis à son esclave turc.

Ce souci qu'a Barrabas de transmettre sa fortune est d'une importance capitale pour la compréhension du personnage, de la pièce et de la dramaturgie des Elisabéthains. Barrabas est à un tournant de son existence. L'âge est venu, la fatigue aussi. Barrabas n'éprouve plus le même plaisir à amasser des richesses. Il en possède bien assez. D'où ce souci logique de la transmission. Affaire purement privée. C'est à ce moment qu'intervient un événement extérieur aux projets de Barrabas et qui va les bouleverser. Cet événement est politique. Pour satisfaire aux exigences des Turcs et régler une dette exorbitante, le gouverneur Fernèze décide de confisquer la totalité des biens de Barrabas. L'injustice de la spoliation est évidente. Barrabas est clairement la victime de l'impéritie et de l'arbitraire des détenteurs d'un pouvoir politique réduit à des expédients. Dès lors, son destin bascule. La rage de la vengeance s'empare de lui. Tous les moyens lui sont bons pour se faire justice. On dirait aujourd'hui que l'injustice subie l'a transformé en un terroriste sans pitié, prêt à tout, acculé qu'il est à la violence par l'énormité du préjudice. La grandeur du personnage, tel que le peint Marlowe au premier acte, s'efface,  mais son intensité passionnelle y gagne.

C'est là que s'affirme l'efficacité et la modernité de la dramaturgie de Marlowe, ainsi que -- me semble-t-il -- sa supériorité sur la dramaturgie de nos classiques. En Harpagon, Molière peint un caractère : ce caractère, une fois fixé, n'évolue pas. Cette typologie des caractères se retrouve d'ailleurs (fondée sur la théorie des humeurs) chez un contemporain anglais de Marlowe, Ben Jonson . Le Barrabas de Marlowe, lui, n'est pas un caractère : c'est un homme dans une situation. Que  la situation vienne à changer ,  l'homme est amené à changer pour s'y adapter et trouver la parade aux dangers nouveaux qui le menacent. A partir de la confiscation de ses biens, Barrabas n'est plus le même homme.

La souplesse de la dramaturgie de Marlowe fait que le temps est pris en compte avec un tel naturel que  le spectateur n'y songe même pas. Les promoteurs du drame romantique redécouvriront l'efficacité de cette formule dramaturgique dont se seront privés nos classiques, prisonniers de l'absurde règle des trois unités. Il me semble que Marlowe en use, au moins dans cette pièce, avec une virtuosité supérieure même à celle de Shakespeare. Je m'en irions ben tenter une comparaison avec le Marchand de Venise, mais ce sera pour plus tard.

La tromperie, la ruse, le mensonge, sont les armes de Barrabas dans sa lutte pour se venger de Fernèze et récupérer ses biens. Et quand cela ne suffit pas, le meurtre ! A côté de lui, le Shylock de Shakespeare est un petit saint. A la fin de la pièce, Barrabas a sur la conscience beaucoup plus de morts qu'un capitaine de navire de croisière en goguette, dont tout un couvent de nonnes, avec sa fille en prime !

Barrabas est un menteur professionnel mais ce n'est pas un hypocrite. L'hypocrisie est l'arme de ceux qui le méprisent et l'exploitent. Barrabas, lui, vend la mèche. En l'écoutant et en lisant la pièce, on s'aperçoit que tous agissent et pensent comme lui : l'argent est leur Dieu à tous, hommes de pouvoir, gens d'Eglise, marchands ou esclaves.

Qui, de nos jours, est respecté hormis pour sa richesse ?
Je préfère être Juif et haï de la sorte
Qu'un pauvre chrétien inspirant la pitié :
Car toute sa foi ne produit d'autres fruits
Que la méchanceté, l'hypocrisie et l'orgueil
Qui tous vont à rebours de l'éthique qu'ils professent.

Le paradoxe de cette pièce noire, où presque aucun personnage n'est "positif", n'est moralement recommandable (à part quelques comparses sans relief), c'est que le seul personnage sympathique, c'est le plus affreux de tous, c'est Barrabas ! Parce que, tout de même, il est une victime, lui aussi. Mais aussi, et surtout, à cause de sa franchise. A cause de son envergure de criminel hors-normes. A cause, surtout de son extraordinaire vitalité, de son inventivité jamais en défaut. Sorte de Scapin du crime : même un assassinat, avec lui, devient burlesque ! Barrabas est un monstre de théâtre, et le théâtre aime ces magnifiques excès.

La pièce s'ouvre sur un monologue prononcé par Machiavel soi-même. Il dit :

Bien que certains dénoncent ouvertement mes livres,
Ils me lisent en voyant là un moyen d'accéder
Au trône de saint Pierre; et, quand ils me rejettent,
Ils sont empoisonnés par mes adeptes ambitieux.
Pour moi, la religion n'est rien qu'un jouet d'enfant,
Et il n'est d'autre péché que celui d'ignorance.
Ainsi les oiseaux dénonceraient des meurtres ?
J'ai honte quand j'entends des stupidités pareilles !
Beaucoup viendront parler de titre à la couronne :
Quel droit avait César de prétendre à l'empire ?
C'est la force qui fait les rois; les lois étaient plus sûres
Quand, sous Dracon, elles s'écrivaient en lettres de sang.
De là vient qu'une forteresse bien bâtie
A plus d'autorité que la littérature.
Si Phalaris avait suivi cette maxime,
Jamais il n'eût mugi dans le taureau d'airain
Par jalousie des grands. Et aux esprits mesquins,
Je préfère de loin faire envie que pitié.

"Je préfère de loin faire envie que pitié" :  cette profession de foi, Barrabas la reprend presque mot pour mot dans la pièce. Et pourtant Barrabas n'est pas un disciple de Machiavel : menteur, mais pas hypocrite. A la fin de la pièce, il renonce au pouvoir que lui offre l'envoyé du Sultan. C'est qu'il a compris que ce pouvoir n'est pas fait pour lui. S'il a le goût de l'or, il n'a pas celui du pouvoir :

Faites-nous vivre en paix ; que les chrétiens soient rois
Puisqu'ils ont une telle soif de pouvoir.

Il se laisse alors séduire par l'espoir chimérique de se réconcilier avec ceux qui le haïssent. Dès lors, il est perdu. Il tombe dans le piège tendu par l'hypocrite gouverneur Fernèze : c'est lui, le vrai disciple de Machiavel. Il reste à Barrabas à mourir avec courage, sans rien renier de ce qu'il a été. Lui mort, la pièce est morte, et Marlowe expédie sobrement les survivants.

Un autre aspect -- capital pour nous aujourd'hui -- de cette pièce est qu'elle montre (plus nettement, à mon sens que Le Marchand de Venise ) comment le statut des Juifs et l'image dont ils pâtissent dans la société où ils vivent structurent cette société et servent de révélateurs de son fonctionnement , tout en induisant des effets pervers sur les destinées des individus.

N.B. -- sur la question de "l'absurde règle des trois unités", comme que je dis avec aplomb, il urgerait que j'y revenions car pas si absurde que ça . Il m'est clair tout d'un coup que l'adoption de ce corset est inséparable du projet de peindre des caractères, d'étudier le fonctionnement des passions. Il y a un souci de rigueur scientifique dans tout ça. Tiens, ça me rappelle la méthode du roman naturaliste telle que l'expose Zola dans la célèbre préface de Thérèse Raquin. Mais je sentons ben que j'errons. Errons, errons, petit patapon.


Christopher Marlowe,   Le Juif de Malte, traduit par François Laroque   (in Théâtre élisabéthain, tome 1, bibliothèque de la Pléiade, NRF/Gallimard.  - La bibliographie de cette édition est riche d'ouvrages -- la plupart en anglais -- sur la question de l'antisémitisme et la comparaison avec le Marchand de Venise. )


Posté par : J.-C. Azerty )





















lundi 23 janvier 2012

Heinrich Himmler : un bilan

Je l'avoue sans aucune fausse modestie : au jour d'aujourd'hui, l'audience de ce blog reste confidentielle. En dehors de quelques anciennes maîtresses dont la fidélité m'émeut d'autant plus que je me l'explique mal, je suis très peu lu.

Or, comme  tout blogueur enragé de l'être, j'aspire secrètement à sortir du vaste cercle des blogueurs inconnus avant de faire partie de celui des blogueurs disparus. Sans me l'avouer tout-à-fait, je rêve de voir ce blog figurer au hit-parade des blogs francophones avant d'accéder au statut des blogs cul-culte et, pourquoi pas, des blogs mythiques. Ni plus, ni moins. Cela dit en toute modestie.

Cette ambition bien naturelle se heurte cependant à la difficulté de se faire connaître. Les astuces proposées sur le net dévoilant rapidement leurs limites, il convient d'inventer.

Or je crois avoir découvert, un peu par hasard, une technique imparable pour faire exploser les moteurs de recherche. Plus fort que les Anonymous, et sans aucune connaissance informatique !

Voulant récemment rendre hommage au grand Gustav Leonhardt qui vient de mourir, j'ai eu l'idée (quelque peu saugrenue mais comment résister  à la tentation d'un "bon" mot ?) d'intituler mon billet Beautés de la ligne Gustav  (vide supra).

Quelques jours plus tard, consultant le nombre de pages lues (avec graphique, statistiques et tout, merci Google, publicité gratuite), quelle ne fut pas ma surprise de constater que l'audience de Beautés de la ligne Gustav avait atteint des records dont je n'imaginais même pas m'approcher un jour.

J'imputai d'abord ce succès à un afflux de mélomanes passionnés de musique baroque et, bien entendu, aux qualités de mon texte, manifestes même pour le plus inculte des habitués de la RdL (ce que je peux être gentil avec les copains, c'est pas croyab ) . Néanmoins,  le nombre tout à fait incongru de connexions restait largement inexpliqué.

Soudain, en un éclair (de génie) je compris : c'était le titre ! En intitulant mon billet Beautés de la ligne Gustav,  j'avais dragué sans le vouloir une foule de nostalgiques de la Seconde Guerre  Mondiale, collectionneurs de figurines, amateurs de maquettes, stratèges en chambre, et même peut-être un lot d'anciens combattants, pourquoi pas.

Ma Solution (oui, oui, je sais, on attend une épithète, elle ne viendra pas) était trouvée . J'allais enfin me faire connaître d'un large public. J'ai donc incontinent (j'adore cet adverbe, qu'on n'y cherche aucune amorce de confession intime) décidé d'intituler ce billet :  Heinrich Himmler, un bilan. Je compte ainsi faire exploser l'Internomat (?) en touchant le vaste lectorat des nostalgiques du IIIe Reich (plus nombreux qu'on ne croit), sans compter les amateurs de figurines et un bon paquet de philosémites courroucés. Ne rêvons pas trop, mais si je pouvais recevoir quelques lettres d'insultes, je serais comblé.

J'ai déjà toute prête une liste de titres plus raccrocheurs les uns que les autres, comme : Les menus secrets du char TigreJ'étais à GuadalcanalAu poteau avec Pierre Laval  ou  Sous la casquette de Yamamoto.

On va voir ce qu'on va voir.


( Posté par : Jambrun )

Source : Wikipedia





dimanche 22 janvier 2012

On ne court jamais seul

A ma femme, à mes enfants, à mes petits enfants, à ceux qui m'aiment et m'ont soutenu et encouragé dans cette épreuve de saut d'obstacles contre la montre. Avec amour et affection.

Au supermarché hier après-midi. Acheté des poires. Des belles Williams (ma variété préférée) pas chères. 1 euro 50 le kilo (pub gratuite pour Carrefour). A la caisse, en tête d'une petite file de clients, la caissière me fait remarquer que je n'ai pas pesé mes poires et m'invite obligeamment à aller le faire, avec l'accord de la dame -- charmante, charmante -- qui me suit.

J'y vais. Je fonce. Je saute par-dessus le timon d'un chariot. J'exécute avec une grâce rapide une figure de danse au bord d'une flaque de liquide blanc. Je slalome à toute vitesse entre les caddies. Je me précipite sur une balance libre. Je colle mon ticket avec une énergie sauvage. Je retourne à fond de train jusqu'à ma caisse. 

Je suis radieux. Je jubile. Brève conversation joyeuse avec la caissière et la dame charmante. Plus jeune que moi. Jolie voix. Mon genre. Je les embrasserais bien toutes les deux. Surtout la dame. Appétissante. Miam miam Miam Miam.

Mais je n'embrasse personne. Je suis un sage petit garçon. Je m'éloigne.

Dans la galerie marchande, je marche dans l'allégresse, le coeur et le corps légers. Je suis aux anges. Sur le parking, je plane, je suis sur mon petit nuage. Il se passe quelque chose. Il doit bien y avoir à cette joie une autre raison que la dame si appétissante. Je ralentis. Je m'arrête.

Je comprends.
C'est la première fois, depuis plus d'un an, que je cours. Que je cours. Avec l'insouciance d'un gamin.

Et je comprends que ce bonheur, je le dois à toutes celles, à tous ceux qui ont pris soin de moi, qui ont veillé sur moi, qui m'ont amené jusqu'à ces moments de joie. A leur compétence. A leur travail. A leur dévouement. A leur générosité. A leur amour. Je voudrais les embrasser tous et toutes. Toutes en priorité et en postériorité. Elles et ils auront fait mentir en tout petit (moi) et en très très grand cette Loi, en apparence inexorable, que posèrent jadis les Stoïciens, à savoir que le cours du monde est entièrement indépendant de notre volonté et que, par suite,  le mal qui nous frappe est inéluctable.

Elles et eux. Celles et ceux qui m'auront rencontré, auront travaillé sur mon corps, mais pas seulement. Il faut compter aussi celles et ceux, innombrables, qui auront rendu possibles ces rencontres et ce travail. Les vivants et les morts. Si nombreux, j'en ai le vertige quand j'y pense.

Un hôpital est le symbole le plus fort de ce que peuvent les hommes pour déplacer les bornes de l'Inéluctable, et de la manière d'y parvenir. J'aurai appris au moins ça.


Je rentre à la maison, j'embrasse ma femme. Je lui raconte. " J'aimerais bien que tu attendes encore un peu pour courir si vite ", me dit-elle.

Le bon sens même.












samedi 21 janvier 2012

La castagnole de fond ou le Midi de Papa ( 1 )



" Les salles de sport loin d'être saines "

C'est le bandeau en gros caractères du gros titre du numéro d'aujourd'hui de mon quotidien local (superbe série de "de", ne trouve-t-on pas ?).

Voilà en effet une question qui méritait d'être soulevée, surtout en pleine épidémie de gastro-entérite. En plus le problème ne se limite pas à la région. C'est une urgence nationale. Bon, c'est vrai que mon quotidien local préfère généralement vérifier la propreté des vestiaires des salles de sport que celle des coulisses de l'UMP et du PS (surtout local), J'en suis d'autant plus à l'aise pour lui rendre justice quand il le mérite.

J'aime bien mon quotidien local ; la preuve, c'est que je le lis depuis plus de quarante ans. Je le trouve plutôt bien fait, lisible,bien informé.

Comme tout quotidien local, le mien est peu ou prou le reflet de sa région. Et ici, c'est l'ambiance Pagnol. Le plus souvent Pagnol / César. Parfois Pagnol / Topaze. J'ai tendance à préférer l'amertume désabusée de Pagnol / Topaze. Je le tiens pour un des écrivains vraiment utiles à lire dans un pays où l'on néglige encore trop souvent de se laver le cul après avoir déféqué et de veiller à l'hygiène des salles de sport, surtout des toilettes.

Néanmoins -- probabilités obligent -- c'est par Pagnol / César que, jeune primo-arrivant, je  pris vraiment contact avec l'ambiance régionale, via mon quotidien local.

Il s'agissait d'un article sur la castagnole  de fond, article de fond (trop tentant, n'ai pu m'en empêcher) nous faisant découvrir un  poisson des profondeurs (j'arrête, j'arrête) tirant sur le mérou mais avec un côté requin prononcé. Deux fins pêcheurs du voisinage en avaient tirée une des... des... -- bon -- pas plus tard que l'avant-veille. Le correspondant local de mon quotidien local s'en était  allé les interroger sur leur exploit. J'ai oublié les détails de l'article mais je me souviens de la photo comme si c'était hier. Elle avait été prise au bar (pas le poisson, l'établissement) du port. Au premier plan trônaient les deux héros de cette partie de pêche exceptionnelle,  peu peignés, ahuris comme des candidats au BEPC qui viennent d'apprendre que, contre toute attente, ils ont été reçus, encadrant la castagnole, la tête en bas, l'oeil con bien connu du monstre des profondeurs qui s'est bêtement laissé surprendre. Au second plan, le bar (le meuble, pas le poisson) chargé de verres et de bouteilles (Pastis 51, publicité gratuite) prêtes pour fêter l'événement. Au troisième plan, le patron (c'est ma tournée) , la tignasse abondante, peu peignée, gras-mouillée (publicité gratuite pour Dop Dop Dop, le patron adopte Dop), un large sourire béat, l'air d'avoir marché sur les flots, sorte de Christ de la plage avé le peigne dans le maillot. Au troisième plan, une vaste glace où se reflétait (de dos) le soupçon de calvitie du Prophète au fenouil, celui des deux nemrods des mers et la queue requinesque de la castagnole. Toujours dans la glace (mais de face) les bouilles grimaçantes des galopins du coin, écrasées aux vitres. On saisissait tout de suite les références artistiques du photographe, entre "Le Bar aux Folies-Bergères" et le bal à la Vaubyessard. En somme la castagnole de fond ouvrant le bal à la Vaubyessard dans les bras du bar des Folies-Bergères. Merveilleuse soirée, n'est-il pas? Puis-je savoir votre prénom ?  -- Alice.

Je découpai l'article et l'affichai au panneau de liège, pour l'édification des collègues. Quelques uns le lurent, avec sérieux. Aucun ne rit. Ils n'avaient pas la fraîcheur des primo-arrivants, comme moi.

Je ne tardai pas à découvrir l'autre versant de l'ambiance (le côté Pagnol / Topaze) , mais je me sens un peu fatigué. Ce sera pour plus tard.


( Rédigé par :  Babal )

Bouh !












vendredi 20 janvier 2012

Beautés de la ligne Gustav

Dans les années soixante -- encore ? ben oui, c'est pas ma faute si... -- donc, dans les années soixante, personne -- ou presque -- ne parlait de musique baroque. En France, à  l'époque, la catégorie du baroque était réservée à l'architecture et à la sculpture (le Bernin, Borromini etc.) ; on l'utilisait un peu en poésie (Saint-Amant, Théophile de Viau), presque pas en peinture et pas du tout en musique. En France du moins, où notre classicisme n'était pas encore perçu comme une province du baroque européen.

On parlait donc de musique classique et, en remontant au-delà de 1600, de musique ancienne. C'était l'époque où, sur mon tourne disques, je me régalais des Quatre Saisons dans l'interprétation sur instruments modernes de I Musici, ersatz fadasse de la musique du grand Antonio. Ersatz fadasse ! Oh le mépris ! l'ingratitude ! Sot, n'as-tu point de honte ?

Il est vrai qu'en 1960, Nikolaus n'avait que 31  ans, Gustav 32, Jordi 19 et Sigiswald 16. Mais  dès le milieu des années 50, Gustav et Nikolaus, aux Pays-Bas et en Allemagne, faisaient un travail de pionniers. Le Leonhardt Consort est fondé en 1955 et le Concentus Musicus Wien en 1953. Mais les deux ensembles et leurs chefs respectifs n'accéderont vraiment à la notoriété internationale qu'au début des années 70. Les enregistrements de référence se succèdent alors, tandis que, de son côté, Jordi signe des enregistrements mémorables des Suites de Marin Marais. Tous les matins du monde, le roman de Quignard , puis le film, n'aurait pas été possible sans cette redécouverte. Ce fut vraiment une époque de Renaissance musicale.

Ces somptueux enregistrements de Marin Marais par Jordi Savall, le dépoussiérage saisissant des Quatre Saisons par Harnoncourt, L'Ode à Sainte Cécile, de Haendel, par le même, furent pour moi autant de chocs. Moments de surprise émerveillée.


La marque propre du style de Gustav Leonhardt , comme claveciniste et comme chef, n'est jamais mieux perceptible que lorsqu'on peut  comparer ses interprétations, sur les mêmes oeuvres, avec celles de son confrère et ami Nikolaus Harnoncourt. Il y a chez Leonhardt davantage de retenue, de rigueur "classique", une manière majestueuse qui n'est qu'à lui. Il y a chez Harnoncourt davantage de fantaisie, de fièvre inventive et de couleurs. Il a mieux saisi, me semble-t-il, l'essence (si tant est qu'elle existe) du baroque. Quel plaisir en tout cas de saisir toutes ces différences et ces nuances dans l'enregistrement intégral des Cantates de Jean-Sébastien Bach que les deux artistes réalisèrent pour Telefunken au début des années 80, avec le gratin des chanteurs et instrumentistes baroqueux de l'époque.

Gustav Leonhardt est mort, mais ses enregistrements continueront longtemps de vivre.


Jean-Sébastien Bach, Cantates , Leonhardt Consort, Gustav Leonhardt ; Concentus Musicus Wien, Nikolaus Harnoncourt  ( Das Alte Werk / Telefunken)

Jean-Sébastien Bach,   Concertos Brandebourgeois  , Frans Brüggen, Anner Bylsma, Lucy van Dael, Paul Dombrecht, Sigiswald Kuijken, Wieland Kuijken, Claude Rippas, Gustav Leonhardt (Seon / RCA)

Antonio VivaldiIl Cimento dell' Armonia e dell' Inventione (12 concerti de l'opus 8), Alice Harnoncourt (violon), Concentus Musicus Wien, Nikolaus Harnoncourt  (Das Alte Werk / Telefunken )

Gustav Leonhardt au clavecin

J'ai piqué la photo sur le site de Philippe Sollers. Alleluia ! Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! Pourvu qu'il ne me réclame pas des droits d 'auteur  !