vendredi 20 janvier 2012

Beautés de la ligne Gustav

Dans les années soixante -- encore ? ben oui, c'est pas ma faute si... -- donc, dans les années soixante, personne -- ou presque -- ne parlait de musique baroque. En France, à  l'époque, la catégorie du baroque était réservée à l'architecture et à la sculpture (le Bernin, Borromini etc.) ; on l'utilisait un peu en poésie (Saint-Amant, Théophile de Viau), presque pas en peinture et pas du tout en musique. En France du moins, où notre classicisme n'était pas encore perçu comme une province du baroque européen.

On parlait donc de musique classique et, en remontant au-delà de 1600, de musique ancienne. C'était l'époque où, sur mon tourne disques, je me régalais des Quatre Saisons dans l'interprétation sur instruments modernes de I Musici, ersatz fadasse de la musique du grand Antonio. Ersatz fadasse ! Oh le mépris ! l'ingratitude ! Sot, n'as-tu point de honte ?

Il est vrai qu'en 1960, Nikolaus n'avait que 31  ans, Gustav 32, Jordi 19 et Sigiswald 16. Mais  dès le milieu des années 50, Gustav et Nikolaus, aux Pays-Bas et en Allemagne, faisaient un travail de pionniers. Le Leonhardt Consort est fondé en 1955 et le Concentus Musicus Wien en 1953. Mais les deux ensembles et leurs chefs respectifs n'accéderont vraiment à la notoriété internationale qu'au début des années 70. Les enregistrements de référence se succèdent alors, tandis que, de son côté, Jordi signe des enregistrements mémorables des Suites de Marin Marais. Tous les matins du monde, le roman de Quignard , puis le film, n'aurait pas été possible sans cette redécouverte. Ce fut vraiment une époque de Renaissance musicale.

Ces somptueux enregistrements de Marin Marais par Jordi Savall, le dépoussiérage saisissant des Quatre Saisons par Harnoncourt, L'Ode à Sainte Cécile, de Haendel, par le même, furent pour moi autant de chocs. Moments de surprise émerveillée.


La marque propre du style de Gustav Leonhardt , comme claveciniste et comme chef, n'est jamais mieux perceptible que lorsqu'on peut  comparer ses interprétations, sur les mêmes oeuvres, avec celles de son confrère et ami Nikolaus Harnoncourt. Il y a chez Leonhardt davantage de retenue, de rigueur "classique", une manière majestueuse qui n'est qu'à lui. Il y a chez Harnoncourt davantage de fantaisie, de fièvre inventive et de couleurs. Il a mieux saisi, me semble-t-il, l'essence (si tant est qu'elle existe) du baroque. Quel plaisir en tout cas de saisir toutes ces différences et ces nuances dans l'enregistrement intégral des Cantates de Jean-Sébastien Bach que les deux artistes réalisèrent pour Telefunken au début des années 80, avec le gratin des chanteurs et instrumentistes baroqueux de l'époque.

Gustav Leonhardt est mort, mais ses enregistrements continueront longtemps de vivre.


Jean-Sébastien Bach, Cantates , Leonhardt Consort, Gustav Leonhardt ; Concentus Musicus Wien, Nikolaus Harnoncourt  ( Das Alte Werk / Telefunken)

Jean-Sébastien Bach,   Concertos Brandebourgeois  , Frans Brüggen, Anner Bylsma, Lucy van Dael, Paul Dombrecht, Sigiswald Kuijken, Wieland Kuijken, Claude Rippas, Gustav Leonhardt (Seon / RCA)

Antonio VivaldiIl Cimento dell' Armonia e dell' Inventione (12 concerti de l'opus 8), Alice Harnoncourt (violon), Concentus Musicus Wien, Nikolaus Harnoncourt  (Das Alte Werk / Telefunken )

Gustav Leonhardt au clavecin

J'ai piqué la photo sur le site de Philippe Sollers. Alleluia ! Gloire à Dieu au plus haut des cieux ! Pourvu qu'il ne me réclame pas des droits d 'auteur  !



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