lundi 2 janvier 2012

Dieu, c'est le Mal

C'est Dostoïevski qui pose la question essentielle, dans Les Frères Karamazov : comment Dieu, s'il existe et si, comme nous le disent les religions monothéistes, il est bon, comment ce Dieu, se demande Ivan Karamazov, peut-il vouloir la mort d 'un enfant innocent ?

Dostoïevski n'est pas le premier à poser cette question cruciale : le problème avait déjà beaucoup agité les penseurs -- Voltaire et Hume notamment -- au siècle précédent, à l'époque du tremblement de terre et du tsunami  de Lisbonne.

Dans la seconde de ses Méditations métaphysiques, Descartes pose l'existence d'un Dieu bon à partir de l'idée que Dieu est parfait : or le Bien est un des éléments de la perfection. Dieu ne saurait donc être que bon, il ne saurait vouloir nous tromper. Le Malin Génie, c'est l'autre, l'ange déchu, c'est Satan.

Descartes exorcise ainsi, comme le dit Henri Gouhier, un de ses commentateurs, le "mythe méthodiquement pessimiste d'un tout-puissant qui se moque du monde et dont l'ironie désespère la pensée."

Mais regardons en nous et autour de nous : le Mal est partout, c'est lui qui règne en maître sur la nature et  sur nos coeurs. C'est ce Dieu "bon" qui nous a condamnés à vivre cette existence si brève, vouée aux souffrances de toutes sortes, à l'angoisse, incessamment exposée qu'elle est aux violences de la nature, aux injustices et aux cruautés de nos semblables.

Descartes s'est trompé : la perfection en ce monde, ce n'est pas celle du bien,  c'est celle du Mal. Dieu, c'est l' Absolu du Mal. C'est ce Dieu du Mal qui a créé ce monde, qui nous a créés, qui règne sur le monde et sur nous. Un Baudelaire en eut l'intuition, tout en continuant de donner à ce Dieu le nom de Satan; et c'est à lui qu'en toute justice il adresse sa prière.

Les religions monothéistes sont les complices du Mal , en s'efforçant de nous faire croire à la bonté de Dieu, contre toute évidence. Elles sont les agents du Dieu du Mal, manipulées par lui pour mieux tromper les hommes. Nées du Mal, elles sont l'opium qui nous détourne de nos vraies tâches.

Le Bien, c'est la minuscule imperfection du Mal. C'est la paille dans l'acier du Mal. C'est notre faible résistance à l'empire du Mal. Le Bien ne vient donc pas de Dieu, autre nom du Mal, Absolu du Mal, Perfection du Mal.

Le Bien est exclusivement l'apanage des hommes. Ce sont les hommes qui ont inventé le Bien, qui l'ont défini, qui ont, avec tant de revers, su en protéger le faible germe, le faire grandir, et qui ont su, parfois, le faire triompher. Cette foi dans l'aptitude des hommes à embrasser la cause d'un bien dont ils sont seuls responsables est la source de l'optimisme des Lumières.

Nous n'avons rien à attendre de Dieu, alias le Mal. La cause du Bien sur cette terre est entièrement entre les mains des hommes.

Rendre un culte à Dieu, Dieu du Mal, c'est trahir la cause de l'Humanité, c'est compromettre son avenir. Faire monter dans le ciel la vessie Dieu, c'est vouloir obscurcir nos faibles lanternes humaines, myriade de lumières cheminant dans la Nuit.

Bonne année aux athées, mes frères. Pratiquons activement le prosélytisme athée !

La paix soit avec Nous. Et avec Nos esprits animaux.


3 commentaires:

christiane a dit…

J'ai lu votre remarque chez Paul Edel. Pour vous, en écho à cette photo et à cette méditation, ce fragment d'un beau livre de Sylvie Germain : "Les échos du silence" :
"Dieu est si vulnérable et désarmé qu'il ne peut porter secours à personne quand le bruit et la fureur du monde couvrent de leur fracas son soupir de silence. Le paradoxe éclate ici en totale aberration : Dieu s'est réduit à "zéro". Etty Hillesum a résolu ce paradoxe avec une simplicité et une générosité éblouissantes : "Et si Dieu cesse de m'aider, ce sera à moi d'aider Dieu*". (...) Elle ne se fait pas d'illusions, ni sur la situation tragique des évènements, ni sur ses propres forces, et elle précise d'ailleurs aussitôt : " Mais n'entretenons pas d'illusions héroïques sur ce point*", tout comme elle avoue une autre fois : "Tu connaitras sans doute aussi des moments de disette en moi, mon Dieu *..."
C'est cet invisible "quelqu'un" qui est elle-même et qui parfois s'agenouille doucement dans un recoin de son être, qui lui inspire cette pensée stupéfiante : aider Dieu, et "défendre jusqu'au bout la demeure qui l'abrite en nous*."
Telle serait donc bien la secrète demeure en laquelle ce Dieu Très-Bas aurait élu domicile. Le coeur humain. Mais tant lui refusent abri, tant le chassent, l'expulsent. Et à chaque fois c'est pour ce Dieu mendiant la même douleur aiguë...
(...)
Et Etty Hillesum, avec son langage toujours frotté à la rugosité du réel, écrit :" Les gens sont parfois pour moi des maisons aux portes ouvertes. (...) Et je te le promets, mon Dieu, je te chercherai un logement et un toit dans le plus grand nombre de maisons possible (...) Il y a tant de maisons inhabitées, où je t'introduirai comme invité d'honneur*."
(...) rares sont ceux qui le perçoivent ainsi enfoui dans un obscur recoin de leur être.
Or c'est pourtant du fond de ce sombre réduit qu'irradie la lumière, et sourd le chant de fin silence.
*Etty Hillesum, "Une vie bouleversée". Cette jeune femme périt à Auschwitz le 30 novembre 1943.

Jambrun a dit…

Chère Christiane, merci pour votre message et pour ce conseil de lecture qui va me donner l'occasion de découvrir Sylvie Germain, que je ne connais pas encore.

christiane a dit…

Ce que j'aime infiniment dans votre raisonnement c'est d'attribuer, à une invention de l'homme, la bonté. J'aime beaucoup votre intégrité.