jeudi 19 janvier 2012

Le syllogisme sans peine

A Eugène, incomparable maître de logique formelle, un disciple reconnaissant.


Voici un exemple de syllogisme, dans son impeccable rigueur logique et formelle :

Tous les hommes sont mortels.
Or je suis un homme.
Donc je suis mortel.  ...........................................................   .........................   .............   .........   .....   ...  .

Mmmmmoui. Bien sûr. Oui.....

Je ne le sens pas, ce syllogisme. D'abord, il ne m'apprend rien que je ne  sache. Et puis, quelque chose me gêne aux entournures, là-dedans. Quelque chose doit clocher. Un détail. Le syllogisme est une affaire de rigueur dans le détail. C'est la rigueur du détail qui fait goûter au vrai logicien, la satisfaction sereine qu'il est seul en droit de connaître.

Voyons le détail...

Tiens, par exemple, si j'appliquais ce syllogisme à mon jeune voisin, qui s'apprête à plaquer sa compagne (une fille adorable, ah! si j'avais trente ans, et comment que je me proposerais comme candidat consolateur !), après l'avoir cyniquement trompée et fait tourner en bourrique :

Tous les hommes sont mortels.
Or Ducon est un homme.
Donc Ducon est mortel.

Eh, mais voilà qui change tout ! Maintenant le raisonnement apparaît dans tout l'éclat  de son évidence ! 

Et en plus Ducon peut être changé quasiment à l'infini !

Voilà qui va bien.


Essayons d'autres combinaisons :

Version athée (petit sourire dédaigneux en coin de celui qui ne s'en laisse pas conter ) :

Tous les hommes sont mortels.
Or Jésus est un homme.
Donc Jésus est mortel.

Hi hi hi hi ! hu hu  hu hu ! ha ha ha ha ! Ouah !

Une fois posé dans  toute sa rigueur logique et formelle, le syllogisme peut s'adapter à d'innombrables situations. Les relations  conjugales par exemple :


Version époux nanti d'une maîtresse charmante mais affligé d'une épouse-virago :


Tous les hommes sont mortels.
Or ma femme est un homme.
Donc ma femme est mortelle.

On mesurera sans peine la vertu consolatrice du raisonnement. Mais le syllogisme réserve des surprises traîtresses :

Version époux à virago, mais désespéré :

Tous les hommes sont mortels.
Or ma femme n'est pas un homme.
Donc ma femme n'est pas mortelle.

Cette version est proche de la version Adolf Hitler :

Tous les hommes sont mortels.
Or les Juifs ne sont pas des hommes.
Donc les Juifs ne sont pas mortels.

Mein Gott ! Guéguéjoze gloje gravement tanz ze zyllochizmousse ! Zapotage ! Gond vaze fénir Josef Goebbels ! schnell !

Puisque j'en étais à la version conjugale, il serait injuste de ne pas envisager le syllogisme de la version virago.

Virago , éprouvant du bout du doigt l'effilé de son hachoir à viande (je ne sais pas pourquoi, je lui vois la tête de Ventura ou de Francis Blanche dans une scène inédite des Tontons flingueurs -- avec une perruque évidemment) :


Tous les hommes sont mortels.
Or mon homme est un homme.
Donc mon homme est mortadel.

Version "la croisière s'amuse" :

Tous les hommes sont mortels.
Or je ne suis pas un homme.
Donc mes passagers sont mortels.

Version Johnny :

Tue les hûms sont mûrtels.
Hure Jus suis un hûm.
Dunc jus suis mûrtel.

Version haute époque :

Un seul homme est Martel.
Or je suis Charles.
Donc je suis Martel.

Version faux suivre :

Tous les hommes sont marteau.
Or j'ai des faux cils.
Donc je suis marteau.


Incomparables délices du syllogisme. Mais, comme le paris-brest et la glace au caramel-nougat, il convient de ne pas en abuser.

La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animaux.


Eugène Ionesco,   La Cantatrice chauve ( Folio/Gallimard)
Eugène Ionesco,   Rhinocéros     (Folio/Gallimard)


Additum -

C'est à l'Eugène -- on s'en serait douté -- que l'on doit l'imparable réponse au fameux syllogisme envisagé au début de ces divagations :

" Encore ? Vous m'ennuyez ! Je mourrai, oui, je mourrai. Dans quarante ans, dans cinquante ans, dans trois cents ans. Plus tard. Quand je voudrai, quand j'aurai le temps, quand je le déciderai. "

                                                               ( Le Roi se meurt )


( Posté par : la grande Colette sur son pliant )
































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