lundi 30 janvier 2012

L'Enchantement du Vendredi Saint


Calé dans son fauteuil roulant, marque "Cacochyme 1940", le vieillard Jean C. effectuait sa promenade quotidienne, sur le trottoir du boulevard Georges-Clémenceau. Il venait d'ailleurs de dépasser le buste du Père-la-Victoire, autre noble vieillard, représenté par le sculpteur avec toque et moustache, et un air teigneux, tout de suite après le monument aux génocidés arméniens, et juste avant celui aux poilus de 14. Il s'étonnait à chaque fois d'avoir survécu à tant de massacres, lui que valait certainement, du temps qu'il jouissait de la lumière du soleil et de la beauté des femmes, n'importe lequel de ces antiques cadavres, canés pour la plupart bien avant la trentaine, et sans qu'on leur demande vraiment leur avis. Mais quoi, on ne choisit pas son destin. Lui, il avait mené une existence globalement agréable et tranquille, était passé entre les gouttes, avait évité, par un hasard incompréhensible, quelques catastrophes où auraient dû le jeter son inconscience et sa témérité. " The right man in the right place", lui arrivait-il de marmonner entre ses chicots. Si un sort malheureux avait pourtant fini par lui échoir, il le devait, pour l'essentiel, à ses excès alcooliques et à ses addictions pâtissières. Amputé d'une jambe, diminué de quelques décimètres d'intestin et d 'un demi-foie, réduit à un tiers de poumon, il venait de subir l'ablation du pénis (voir notre  brochure : Comment gérer sa sexualité après l'ablation du pénis ) (1).  Il n'en suivait pas moins, là sur ce trottoir, avec une attention soutenue, le roulis moelleusement rythmé d'une des plus admirables croupes qu'il eût contemplées dans son existence (il faut dire qu'il commençait à être sujet à des pertes de mémoire). Au-dessus de bottes du bon faiseur, ma foi, montaient lentement (enfin,  c'était son regard à lui qui montait lentement) deux cuisses gainées dans un collant d'un  noir soyeux ; elles s'épaississaient doucement avant de disparaître sous une jupe grise d'un tissu épais et chaud (du moins il le supposait), moulante à souhait, et qui effectivement moulait un cul, mais un cul ! un cul !! un cul, enfin, dont l'image rémanente vous hante parfois des jours ! avant qu'un autre paraisse et l'efface. Au-dessus, c'était l'enchantement d'une taille serrée, d'épaules bien proportionnées et d 'une abondante chevelure brune tombant sur lesdites épaules.

En dépit du tuyau de caoutchouc amorphe et brunâtre qui, depuis trois semaines, lui tenait lieu de pénis, le vieillard Jean C. se sentit remué jusqu'aux tréfonds. Moralement  au moins, il bandait ! tout en s'évertuant à suivre l'allure de la divine en tournant les roues de son charreton (voir sur YouTube la vidéo de l'épreuve du 400m handisport aux J.O. de Pékin).

C'est alors que l'inconcevable se produisit ! Au plus intense de son effort et de son érection virtuelle, il leva les yeux. Et fut incontinent (j'adore cette épithète) foudroyé ! Majestueuse et souple dans sa burqa noire, une  exotique beauté venait à sa rencontre. Agile et noble, avec sa jambe de statue (qu'on ne voyait pas, mais qu'il était d'autant plus aisé d'imaginer) . Dans le rectangle du créneau prescrit s'offraient, impudiques, deux yeux noirs sublimes, d'un éclat velouté, d'une sérénité pimentée d'un brin de malice, surmontés d'une paire de sourcils en aile d 'albatros. Au moment de le croiser, elle les baissa (les yeux) sur lui. Le tuyau de caoutchouc frémit, vibra même. Et dans l'instant, il sut. C'était ELLE, et pas une autre.

Déjà elle s'éloignait. En un sursaut dément, il fit virevolter le charreton ("Tu peux pas faire attention, vieux con !") et lui emboîta le pas. Sous la noire soutane, on devinait l'amorce d'un déhanchement de houri. Un autre que lui aurait pu ne pas le percevoir, mais lui, vous pensez, avec son expérience. Il jouit (on passe au présent de narration) intensément.

On approche du carrefour. Elle ralentit un peu. Il se rapproche un peu . Et c'est alors  - non mais c'est pas croyab d'inventer des vannes à la con de ce calibre, quand j'y pense, faudrait que j'en parle à mon psy), et c'est alors, reprendé-je, c'est alors, c'est alors, merci Salvador (Henri)...

C'est alors qu'elle s'arrête, se penche prestement, empoigne le bas de la soutane, la remonte, la trousse, se penche et lui montre son... lui montre sa....  Le Sacré Pistil... l'origine du Monde... l'Enchantement du Vendredi Saint !

La Sainte Hostie s'offre aux regards des Fidèles dans une plénitude d'autant plus rayonnante que la Prêtresse porte pas de culotte. Même pas un fantôme de string ! (mais qu'est-ce qui me prend de me faire souffrir comme ça ? c'est du masosoufisme!)

Puis, avec un naturel parfait, elle rabasse -- elle rabaisse, pauvre truffe ! -- tout. La vision se dérobe. La belle s'engage, légère, sur le passage clouté (qui l'est d'ailleurs plus, clouté, depuis un bail).

D'un frénétique effort sur les roues du charreton, il s'y engage à sa suite, sans s'apercevoir que le feu vient de passer au rouge. C'est alors que surgit, vrombrissant et brinqueballant, l'inévitable camion de chantier (Entreprise Mohammed Kadhafi ). La suite surpasse en atrocité les messages les plus horrificques de la Prévention Routière.

Il fut décidément impossible de démêler les restes du vieillard Jean C. de ceux du charreton. On devinait, coincée entre le siège et le guidon, une masse rougeâtre qui avait dû être une cage thoracique. Un bout de tuyau de caoutchouc restait coincé dans les cale-pieds. Dans le fouillis des rayons  d'une roue explosée, on devinait le fantôme d'un visage, un oeil extatique, un rictus frénétique : dès avant son trépas, la victime avait dû atteindre un excès de souffrance, ou de bonheur, ou des deux à la fois.


L'ensemble, dûment plastinisé par un artiste local, fait aujourd'hui la fierté de notre Musée Municipal.


Note 1 - (voir la brochure : Comment gérer sa sexualité après l'ablation du pénis ) : on pourrait croire à une mauvaise blague de l'auteur de ces lignes (il en est malheureusement coutumier). Pas du  tout. Si vous n'y croyez pas, c'est que vous ne fréquentez pas  les bons endroits. Tant mieux pour vous.


La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animiaux.


( Posté par : J.-C. Azerty )

1 commentaire:

Jambrun a dit…

" J'adore cette épithète"
!!!! Cet adverbe, eh patate !