vendredi 13 janvier 2012

Que de clarté

Au journal de France 2, hier, saisi au passage une phrase de Marine Le Pen :

" Je suis dans la clarté absolue ".

Mince. Elle m'impressionne, asteu fumelle .

Moi qui patouille dans mes contradictions et dans mes doutes, je n'aurais pas l'outrecuidance de proclamer urbi et orbi une telle certitude. Je me hasarde même à prétendre que l'immense majorité des humains ne l'auraient pas non plus.

Mais Marine Le Pen,  elle ose. Sans complexe. J'admire. Je m'incline.

Pour autant (j'adore "pour autant" ; on n'a rien fait tant qu'on n'a pas réussi à placer un "pour autant") -- pour autant donc, Marine Le Pen n'est pas la seule à oser. Ce privilège, elle le partage avec la totalité des leaders politiques, en France du moins. Citez m'en au moins un qui...bon) De Marine à Mélenchon, en passant par Hollande, Sarko et  les autres, il n'en est pas un qui ne donne à la moindre de ses assertions la solidité du béton. Cuirassés dans leurs certitudes, inébranlables dans leurs convictions, droits dans leurs bottes. Inaccessibles au doute, surtout méthodique.

On se prend à rêver à un responsable politique qui oserait nous faire part de ses incertitudes, nous avouer ses états d'âme. Mais faut pas rêver : comme on sait, la loi du genre ne le permet pas. Preux chevaliers, prêts à en découdre ? Pas de quartier ! Tous pour un, un pour tous. A vos ordres, mon général.

Marine m'est plus sympathique quand elle proteste contre la règle des cinq cent signatures d'élus nécessaires à la validation d'une candidature. Elle en est à moins de trois cents.

Aux dernières nouvelles, près d'un Français sur trois déclare s'apprêter à voter pour Marine. Il serait dommage, voire scandaleux, qu'une candidate aussi représentative soit écartée de l'élection.

La règle des cinq cent signatures permet de facto (j'adore de facto, ça fait instruit, il importe de le placer une fois, c'est fait) -- permet de facto (trois fois) aux appareils des partis fortement implantés (PS, UMP ) de contrôler partiellement l'élection, en écartant éventuellement une candidate qui leur déplaît au moins autant par sa capacité à brouiller les cartes que par ses idées et son programme.

On objectera que rien n'interdisait au FN de réaliser une percée aux précédentes municipales et législatives. Ils auraient ainsi facilement réuni les signatures nécessaires. Certes.

N'empêche que si, à cause de cette sombre histoire de signatures, Marine Le Pen était empêchée de se présenter, l'idéal démocratique dans ce pays en prendrait un sacré coup dans l'aile. Les candidats aux prochaines présidentielles devraient certainement renoncer à briguer les voix de plus d 'un citoyen, dont la mienne. Je pense même que je cesserais définitivement de participer à quelque élection que ce soit.

Surtout que Marine n'est pas seule concernée. Il y a Cantona. Il y eut, naguère, Coluche.

S'il s'agit d'écarter les candidatures vraiment fantaisistes, il urge de trouver un moyen moins contestable.

La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animaux.


 

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