mardi 17 janvier 2012

" Les lapins ", de La Fontaine

A Monsieur Authieu, expert en animaux et grand chasseur devant l'Eternel, en souvenir d'une rencontre qu'on n'aurait pas souhaitée, si on avait eu le choix, ni pour soi ni pour l'autre, du moins dans ces circonstances, mais qui ne nous en a pas moins rapprochés, le temps d'une matinée. Et à un de ces jours, j'espère, du côté de Notre-Dame-de-Liesse, la bien nommée, et dont l'évocation nous fit  les heures moins longues.

Ces exploits de mon oncle Auguste , fine gâchette et terreur des lapins et des lièvres (vide supra), me rappellent une histoire de chasse que me conta un jour un grand raconteur d'histoires s'il en fut jamais. Celle-ci n'est sans doute pas la plus connue de cet incomparable poète de la Nature , et pourtant, quelle merveille :


A l'heure de l'affût, soit lorsque la lumière
Précipite ses traits dans l'humide séjour,
Soit que le Soleil rentre dans sa carrière,
Et que, n'étant plus nuit, il n'est pas encor jour,
Au bord de quelque bois sur un arbre je grimpe  ;
Et nouveau Jupiter du haut de cet Olympe,
       Je foudroie, à discrétion,
       Un lapin qui n'y pensait guère.
Je vois fuir aussitôt toute la nation
       Des lapins qui sur la bruyère,
       L'oeil éveillé, l'oreille au guet,
S'égayaient, et de thym parfumaient leur banquet.
       Le bruit du coup fait que la bande
       S'en va chercher sa sûreté
       Dans la souterraine cité;
Mais le danger s'oublie, et cette peur si grande
S'évanouit bientôt. Je revois les lapins
Plus gais qu'auparavant revenir sous mes mains.
Ne reconnaît-on pas en cela les humains ?
       Dispersés par quelque orage,
       A peine ils touchent le port 
       Qu'ils vont hasarder encor
       Même vent, même naufrage.
                 
" Je vois fuir aussitôt toute la nation
         Des lapins qui sur la bruyère,
         L'oeil éveillé, l'oreille au guet,
S'égayaient , et de thym parfumaient leur banquet  [...]

Quelle justesse , quel délicat sentiment de la nature. Quelle drôlerie et quel humour aussi. Quel parti un  cartoonist poète aurait-il pu tirer de ces merveilleuses histoires. J'adore Tex Avery, mais franchement ses histoires d'animaux me paraissent bien lourdingues à côté d'un tel dessinateur et peintre.

Et puis, notre Verlaine, il a bonne mine avec son "De la musique avant toute chose / et pour cela préfère l'Impair / Sans rien en lui qui pèse ou qui pose" ,  face à une aussi étincelante virtuosité. Alexandrin, octosyllabe, alexandrin, heptasyllabe. Le mètre change à chaque fois qu'on change de tableau, d'ambiance, de rythme. Le passage de l'alexandrin à l'heptasyllabe pour la moralité est époustouflant de justesse, soufflant l'humour comme fleur de pissenlit pour laisser place à  la réflexion dans son austérité désabusée.

La leçon reste d'une adamantine actualité  : quel titre, animaux que nous sommes, pouvons-nous exhiber pour prétendre à une quelconque supériorité sur les autres animaux ?

La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animaux.











 
   

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