jeudi 16 février 2012

Débranche tout !

J'adore France Gall. J'adore sa voix : quelque chose d'un tout petit peu fêlé, rauque, voilé, peut-être d'un peu nasal, mais alors un soupçon, une trace, le genre d'impondérable qui vous fait tomber amoureux fou, le détail qui signale le géniteur de génie, l'inventeur du  génitron génital, recette unique, inoubliable, cinq étoiles au Michelin.

Quand Michel Berger lui a écrit  Débranche, j'écoutais la chanson en boucle, je ne m'en lassais pas. Avec ma femme, on s'en remet un petit coup de temps en temps, comme maintenant.

Tout à l'heure, vers une heure de l'après-midi, une fille charmante, des yeux pervenche (j'ai vérifié sur Internet...  la botanique et moi, honte !), des yeux à faire péter ... (vide supra) -- enfin... -- des yeux, quoi... -- eh bien, cette fille charmante est venue m'ôter du dos de la  main le petit tuyau avec son bouchon bleu -- le truc idéal pour jouer au docteur --, et elle est repartie avec .

J'ai couru et l'ai rattrapée dans le couloir. "Qu'allez-vous en faire ?  --- Eh bien, le jeter à la poubelle  -- Vous n'y pensez pas, rendez-le moi.  -- C'est pour un cadeau ? -- Pour un anniversaire."

Oui, au même endroit, il y a un an et un mois, une fille charmante (quelle était la couleur de ses yeux déjà ? ingrat !) m'ôtait du dessus de la main le même petit tuyau à bouchon bleu. Mais cette fois, on dirait que c'est le dernier, le dernier d'une série bien fournie : des bouchons bleus, des bouchons blues, des bouchons jaunes, des bouchons rouges, des bouchons verts. J'aurais pu en constituer une collection.

Désormais, plus d'infirmière aux yeux pervenche. Plus d 'anesthésiste aux yeux mauves. Plus d'interne aux yeux noirs. Va falloir m'y faire.

Rentré chez moi, j'ai mis Débranche, de France Gall et Michel Berger. On s'est posés, elle et moi, sur le canapé, j'ai entouré ses épaules de mon bras, et on a  écouté "Débranche", en silence : 

      Débranche, débranche, débranche  /  Tout ! Revenons à nous...


La paix soit avec nous. Et avec son esprit à elle. Et avec le mien.

( Rédigé par : J.-C. Azerty )



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