dimanche 26 février 2012

D.S.K. , les pièges de l'instinct

Parler d'addiction au sexe, comme on l'a fait souvent pour caractériser les agissements de DSK, me paraît relever du brassage de vent et ne correspondre à rien de véritablement défini, mais plutôt répondre au besoin de jeter un voile pudique et effrayé sur une réalité que les humains évitent de regarder en face, tout autant que la mort,  à laquelle elle est  étroitement liée. Selon une habitude en progression dans nos sociétés, on médicalise un type de comportement qui fait peur, parce qu'on sait obscurément qu'on ne peut l'éradiquer, et pour cause.

Abandonnons donc le concept aussi vague qu' inutile d'addiction au sexe, et contentons-nous d'observer que DSK  aime baiser, ou plutôt qu'il a besoin de baiser. Observons aussi qu'il a besoin de changer souvent de partenaires. Pour lui, sans aucun doute, baiser est  un des plus grands plaisirs de la vie, et connaître (bibliquement ?) un  nombre aussi grand de femmes que possible augmente considérablement ce plaisir. Notons enfin qu'il adopte volontiers un comportement de prédateur.

Reconnaissons au passage qu'une des supériorités incontestables de la religion musulmane réside dans le fait qu'elle accorde aux hommes le droit d'avoir sept femmes à la fois. Cette religion reconnaît ainsi la force impérieuse d'un des besoins essentiels du mâle humain (comme des mâles de beaucoup d' autres espèces animales). Malheureusement, sur la question du contrôle des naissances, ses responsables se montrent aussi bouchés -- sinon plus -- que leurs confrères des deux autres grands monothéismes. Ce qu'a d'heureux la permission de la polygamie se trouve ainsi neutralisé par divers préceptes d'une religion aussi imbécile que ses concurrentes, et qui consacre la sujétion des femmes et le refus du contrôle des naissances exercé par les femmes elles-mêmes.

Il me suffit à présent de reconnaître que le mâle que je suis éprouve aussi impérieusement les mêmes besoins  que DSK et suis tenté par des comportements analogues, et qu'il en va de même pour l'immense majorité des mâles humains sur cette planète, pour que la catégorie pathologique d'addiction au sexe s'évanouisse en impalpable fumée.

DSK n'est pas plus bête que chacun d'entre nous (il l'est même plutôt moins que la moyenne) : il sait donc très bien que son besoin de baiser, attisé par le plaisir qu'il y trouve, recouvre en fait un instinct : l'instinct génésique, auquel  tous les humains, mâles et femelles, sont soumis. DSK est simplement un mâle sexagénaire chez qui l'instinct génésique reste fort.  Il est loin de faire exception, vu que de très nombreux et très verts octogénaires restent tout aussi  tourmentés que lui sur le chapitre. Simplement, DSK, à chaque fois qu' une puissante  envie de baiser le prend à la gorge, ne se dit pas qu'il cède à un instinct. Moi non plus. C'est pourtant la vérité toute nue. L'instinct génésique, le plus puissant de nos instincts avec l'instinct de survie (envers et endroit de la même médaille) est incontrôlable. L'appétit sexuel, son habillage conscient, est incontrôlable lui aussi. Tout ce qu'on peut faire, c'est essayer de ne pas passer à l'acte. D'aucuns recourent à la morale puérile et honnête, d'autres au bromure ou à diverses ruses, la branlette par exemple, dont l'éloge n'est plus à faire. Tout le cérémonial dont s'habillent nos conduites sexuelles  est d 'ailleurs là pour nous  faire oublier cette vérité, qui a le tort de nous rappeler notre condition animale. D'où toutes ces manigances, érotiques et sentimentales, qui visent à la masquer,  par exemple en ces temps de Carnaval (de Venise et d'ailleurs) aux approches du printemps. Métaphores, métaphores...

Que les hommes trouvent du plaisir à faire l'amour sert les desseins de la Nature : ils vont ainsi chercher à multiplier les occasions de céder à l'instinct génésique,  donc de se reproduire. Du point de vue de l'instinct génésique, multiplier les partenaires augmente encore les occasions de se reproduire.

DSK , qui saute sur tout ce qui bouge, de la femme de chambre à la journaliste, et qui, en plus, se tape des putes en veux-tu en voilà, et peut-être même, quelquefois sa femme, n'a rien d'un maniaque sexuel. Bien au contraire, il est l'homme selon la Nature. Il est le prédateur sexuel naturel car -- Jean-Jacques Annaud nous l'a  montré dans la Guerre du feu --, sauter sur toutes les femelles qui passent est le jeu favori du mâle dans l'Etat de nature (voir Jean-Jacques Rousseau). Dans l'Etat de Nature, ce type de comportement n'a rien d'un délit : au contraire, il est indispensable à la perpétuation de l'espèce. A l'évidence,  DSK est un attardé du paléolithique supérieur. C'est d'ailleurs le problème de tous les mâles occidentaux évolués : si les techniques modernes leur évitent de laisser des lardons à droite et à gauche, le cerveau reptilien, lui, est resté ce qu'il était aux bienheureux temps de la grotte Chauvet.

Nous l'avons déjà oublié -- pourtant cela ne remonte qu'à quelques générations, même dans nos sociétés --  il fut un temps où la nécessité de faire beaucoup d'enfants était la contrepartie d'une effrayante mortalité infantile. Dans beaucoup de familles  -- les pauvres en premier, bien entendu -- pour un enfant resté vivant, on comptait un, deux, voire trois enfants morts. Ma grand-mère maternelle, pieuse épouse d'un paysan aisé, eut dix enfants ; il va de soi que, si elle avait eu vraiment droit au chapitre, elle en aurait eu beaucoup moins; mais, en ces temps pas si reculés ( peu avant la Grande Guerre), la contraception n'existait pas et l'avortement restait une horreur. Les dix enfants survécurent,  grâce aux rapides progrès de l'hygiène et de la médecine; c'est à cela que je dois d'écrire ces lignes.

Dans des sociétés moins évoluées que la nôtre (sur ce point, du moins -- vade retro, Luc Ferry), de tels comportements restent quasiment la règle  : on y fait énormément d'enfants. Beaucoup trop. Car, depuis la jeunesse de ma grand-mère, on a trouvé des moyens beaucoup plus efficaces de faire moins d'enfants, et parallèlement la mortalité infantile a beaucoup régressé. On ne touche pas aux équilibres naturels sans que ça tire à conséquence. La puissance de l'instinct génésique, loin  d'assurer la survie de l'espèce, se retourne contre sa fin naturelle et menace cette survie.

On connaît en effet le résultat : les progrès de la contraception ne parvenant pas à contrebalancer ceux de l'hygiène et de la médecine, la population mondiale  dépasse les sept milliards, avec tous les problèmes que ça pose, et  ça ne va faire que croître et embellir. Ainsi, le "Croissez et multipliez" des religions monothéistes, qui se justifiait parfaitement au sortir du Néolithique, fait figure aujourd'hui de monstrueuse connerie (une de plus).

Si l'on souhaite que les équilibres naturels soient préservés, on admettra que tout ce qui freine une augmentation indéfinie des populations humaines au rythme actuel contribue au salut de l'espèce. Comme les progrès de la science et de la médecine semblent inéluctables, que la force de l'instinct génésique ne diminue pas, une  politique de prévention rigoureuse des naissances à l'échelle mondiale s'impose d'urgence. Mais ce serait verser dans un optimisme béat que de penser qu'elle sera mise en place dans un avenir proche. Pour donner une idée des difficultés, on rappellera que le nombre de catholiques dans le monde dépasse largement le milliard (soit plus d'un humain sur sept) ; or sur la question de la régulation des naissances, le Vatican remportant largement l'oscar de la bêtise, on  a de quoi se faire du souci.

En attendant, faudra-t-il nous résoudre à admettre que, pour le Bien futur de l'Humanité, la seule solution efficace, ce serait de favoriser dans le monde entier l'oeuvre de la Mort, à tout le moins de ne pas la freiner? Faudra-t-il en venir à considérer toutes les campagnes des ONG, si humaines et si émouvantes soient-elles,  comme contre-productives dans ce combat décisif pour l'avenir de l'espèce ?  Faudra-t-il laisser faire la Mort, la grande Régulatrice? La mort des autres, de préférence, on l'aura compris. C'est la Mort en effet qui, depuis la nuit des temps, rétablit l'équilibre incessamment mis en péril par un excès de naissances. Une natalité galopante devrait-elle donc trouver son remède dans une mortalité galopante ?

En viendrons-nous  à souhaiter que les Guerres se multiplient ? Par la Guerre en effet, l'espèce humaine régule de manière non négligeable les effets néfastes d'une excessive fécondité . L'homme en guerre est à lui-même son propre prédateur. Les deux Guerres mondiales ont démontré l'efficacité des folies destructrices collectives, en rayant de l'effectif des millions, des dizaines de millions de mâles en âge de procréer, et dont la Nature n'avait que faire, vu qu'un seul mâle peut suffire à couvrir des centaines de femelles. Les prochaines devraient, pour être vraiment à la hauteur du problème, précipiter dans l'Hadès des centaines de millions de géniteurs potentiels. Quelques épidémies d'ampleur planétaire (celle du Sida n'a pas tenu toutes ses promesses), de grandes famines, des catastrophes naturelles en série et, last but not least, le réchauffement climatique, dont on dit grand bien, pourraient aussi contribuer à rétablir un équilibre gravement compromis : mais n'est-il pas déjà trop tard ? De façon apparemment paradoxale mais logique, le "Croissez et multipliez" de la Bible et le zèle des  natalistes de toutes obédiences risquent de préparer une apothéose grandiose de la Mort.

Enfin, je n'y serai plus, ayant ainsi prouvé ma bonne volonté personnelle et m'étant épargné la peine de souffler aux décideurs les bonnes solutions. Ainsi aurait parlé Sarah Touchedoigt, certainement dans le désert.

Pour en  revenir à D.S.K., je souhaite qu'il soit sévèrement condamné. Non pas que je le trouve si coupable : au contraire, je le considère comme le Mâle Naturel Normal. Mais, en permettant aux gazettes de faire des gorges chaudes de ses coups de bite ( quel style, my God, temps que j'arrête, la surchauffe menace), il a donné à notre jeunesse, déjà bien trop encline à en rajouter sur l'article) un déplorable exemple.

La paix soit avec nous. Mais sûrement pas avec nos esprits animaux.


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