samedi 11 février 2012

Le Midi de Papa ( 2 ) : honorables familles

Acheté ce matin mon quotidien favori. Enorme bandeau en première page : " Un nouveau meurtre frappe le clan Perletto ".

Merde ! Pourquoi, mais pourquoi le sort s'acharne-t-il sur cette honorable famille ? Je suis bouleversifié. Je compatis.  Je compatis avec tout le département, du moins je le suppose.

Sous ce titre énorme, une énorme photo en couleurs de Charles Pasqua, agitant les bras façon sémaphore ou agent de la circulation.  "Tu crois qu'ils l'ont fait exprès ? " me demande ma femme. Euh... Pure coïncidence, je pense. Quoi qu'il en soit, entre le faire-part Perletto et le portrait en pied de Pasqua, y a plus de place pour autre chose, même pas pour la neige et le verglas. Un comble ! Quand on pense que, depuis bien dix jours, les journaux télévisés en font leur ordinaire, de la neige et du verglas. Une minute sur la Grèce, trente secondes sur la Syrie, mais un quart d 'heure sur la pelle à neige, le dérapage sur la neige, la partie de boules de neige. A Limoges, à Perpignan, à Sablé-sur-Sarthe, aux Lucs-sur-Boulogne, au Luc-en- Provence, ils sont partout pour couvrir l'événement, enregistrer à froid  les confidences du quidam : "J'ai eu froid aux miches"... "J'ai eu chaud aux fesses "... Monotone, monotone... Là-haut, dans les salles de rédaction, c'est à croire qu'ils ont les neurones engourdis par les températures polaires. Jamais vu ça. A gla gla. Faut dire qu'ils n'ont pas à se mettre sous la dent, comme nous autres, un clan Perletto. Parigots... Têtes de veaux ! Tandis que nous, on est des vrais civilisés. C'est pas pour rien que Marius et Olive ont conduit leurs légions jusque chez nous. Comme l'a dit Guéant, la civilisation parisienne ne vaudra jamais la nôtre.

Le tragique destin de cette honorable famille Perletto me rappelle celui d 'une autre famille honorable : le clan Fargette. C'était dans les années 70. Ma femme et moi venions de nous installer dans une honorable cité balnéaire varoise. Fraîchement débarqués de notre lointaine Bourgogne, nous découvrions, un peu éberlués, les usages locaux. Un prometteur jeune loup du clan Fargette venait de se faire injustement dessouder sur la riviera italienne où il essayait de se faire oublier, on se demande pourquoi. Les obsèques eurent lieu en l'église de La Valette-du-Var. On refusa du monde (deux mille personnes !) dans le sanctuaire. Le curé se fendit d'un éloge dithyrambique du défunt, à vous tirer les larmes : bon fils, bon frère, bon époux, bon père, un  garçon charmant, si dévoué, si serviable, n'en jetez plus. Le gratin politique local s'était déplacé pour l'occasion. On remarquait dans l'assistance la présence de Maurice Arreckx, le maire de Toulon, celui qui déclara quelques années plus tard, sans rire : "Je suis un peu le parraing du Vareu". Un peu beaucoup même. A vrai dire, on n'en avait jamais douté.

Une couronne mortuaire portait cette inscription :  "Tu es le boss et tu le resteras toujours". Pronostic hasardeux pour le moins. On s'étonna de ne pas voir figurer sur le cercueil de gerbe proclamant : " A notre homme à tout faire chéri, les élus reconnaissants ". Un oubli, sans doute.

En bas, ma femme rit aux éclats en lisant notre quotidien favori. Elle n'a tout de même pas l'indécence de s'esclaffer aux détails affreux de la mort du dernier martyr du clan Perletto ! A moins que ce ne soient les propos de Pasqua qui la mettent en joie. Ou les deux.  Faut que je descende voir ça.

Effectivement, Pasqua confie : "Par rapport à un homme d'expérience, François Hollande fait figure d'apprenti ". Question expérience, en  effet, Charles, tu te poses là. Tout dépend du domaine de l'expérience, évidemment. Pour les mises en examen, par exemple, comparé à toi, Hollande est un poupon au berceau. Et puis, avec un patronyme pareil, comment veux-tu qu'il  réussisse chez nous autres, descendants des Romains ? nous dont les ancêtres tutoyaient Marius ?

Tout à l'heure, descendu au village chercher pain/journaux, je passe devant un porche sous lequel deux messieurs nourrissent de miettes de pain une vingtaine de pigeons affamés et frigorifiés. Une voisine s'arrête et s'enquiert. "Eh bé, dit l'un, on nourrit bien les Arabes, on peut bien nourrir les pigeons. "

J'aime bien ce pays mais, des fois, j'ai la nostalgie de la Bourgogne.

 (A suivre)


La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animaux.

Lire sur Wikipedia  l'article bien documenté sur Jean-Louis Fargette. Edifiant.


( Rédigé par : Babal )

Le clan Grazziani. Une autre époque.





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