samedi 18 février 2012

Se sentir inutile

Se sentir inutile

Affreux.  Pour l'immense majorité de nos congénères, affreux.

Le pied. Pour une poignée de sages formés à l'école de Diogène et de Laozi, le pied. L'ataraxie le pied dans le poing. Grâce à une pratique assidue du yoga, le pied dans le poing, je peux sucer mon gros orteil tout en méditant  mon inutilité.

Mais à la plupart (vulgue homme pécusse) il importe de NE PAS se sentir inutile. Mieux, de se sentir utile. Ce qui n'est pas tout-à-fait  la même chose que sentir qu'on est utile. Nuance.....

Je me disais ça en lisant sur la toile le compte-rendu du procès intenté par Catherine Breillat à un certain Christophe Rocancourt, escroc "autoproclamé".

Victime d'un AVC à 52 ans, Catherine Breillat est restée handicapée et dépendante. Pour des vacances de Noël, ses deux enfants adultes l'ont "expédiée"  (c'est son mot)  dans une maison de retraite. "  Elle en a été "ravagée de chagrin". On la croit sur parole. Christophe Rocancourt, rencontré sur un plateau de télévision, vient l'y récupérer, l'installe chez lui. Histoire de  gratitude, de son côté à elle, histoire de confiance, histoire d'amour. Il lui fait signer des chèques : 700 000 euros en un peu plus d 'un an. Elle comprend bientôt l'arnaque, a honte,  n'ose pas en parler (on croirait un scénario écrit exprès pour Clint Eastwood).

Inutile à ses propres enfants, elle n'a même pas éprouvé le bonheur de sentir qu'elle était utile à l'homme qu'elle aimait. L'enfer.

Les femmes sont souvent comme ça. La mienne est comme ça . Elles aiment  sentir qu'elles sont utiles. En plus, elles aiment sentir qu'on les aime. Que d 'exigences. Exorbitantes.

Quant à moi, je n'ai pas connu ces angoisses. Je me suis toujours senti utile. A moi, généralement : minimum vital, condition sine qua non du bonheur (pour moi, du moins). J'ai même parfois senti que j'étais utile aux autres. La cerise sur le gâteau. Cette certitude et cette impression (peut-être non fondée) m'ont valu de connaître, jusqu'à l'âge avancé qui est le mien, la bien connue sérénité du Sénégalais ( du Sénégalais d'antan, j'entends. Tan tan tan. Tan. Taon. Thon. Thontaine et Thon thon.

A l'huile. Pour un homme de mon âge, rien de tel, pour se sentir utile, que de pratiquer l'art de la transmission. On sait que le déficit de transmission creuse le fossé des générations. Par exemple, je peux transmettre l'art de tourner les pages d'un livre (art en voie de disparition), l'art de marcher à pied (art plus subtil qu'on ne pense), l'art de respirer (très difficile).

Pas plus tard qu'à matin, j'ai senti avec force mon utilité en transmettant à ma petite fille l'histoire inusable du plombier et du perroquet (aaah! qui c'est ?  -- C'est l'plombier!) et une chanson  d'Ouvrard qui dit (je sens que je ne vais pas la transmettre qu'à ma petite fille) :

Le lundi, je fais toujours comme ça :  psuah psuah
Le mardi, je fais aussi comme ça :      truah truah
L'mercredi, je fais encor'comme ça :  bluah bluah
Le jeudi, je fais toujours comme ça :  ptuah ptuah
L'vendredi, je fais aussi comme ça  :  chtrouah chtrouah
Le sam'di, je fais encor' comme ça :  beuah beuah

Et le dimanche, je les fais tous : psuah psuah truah truah  bluah  bluah ptuah ptuah chtrouah chtrouah beuah beauah ...  à la fois !     (1)

Succès garanti lundi matin à la récré.


La paix soit avec nous. Et avec nos esprits animiaou.


Note 1  - Musique et mimiques : contacter le Département de Musicologie de l'Université Libre du Haut-Verdon (www. Ulibhtvrdoon.com)

Chroniques judiciaires, blog de Pascale Robert Diardarticle  Rocancourt, Breillat et la confusion de (nos) sentiments

Additum :  Pour les dames exigeantes, je signale un homme utile : moi. Je sais (et j'aime) faire la  vaisselle, essuyer la vaisselle, repasser, mettre la table, passer l'aspirateur, faire l'amour (je viens de lire sur internet que les hommes qui aiment faire la vaisselle sont de meilleurs amants que les autres : qu'on n 'hésite pas à se le dire).



C'est pas moi mais c'est un bon aussi




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