vendredi 3 février 2012

Frustration sexuelle et monothéisme

C'est évidemment de la monogamie que je veux parler. Imposée par le judaïsme et le christianisme à des peuples peu éclairés, cette obligation contre-nature se retrouve dans l'islam, à ceci près qu'elle est exigée des femmes mais pas des hommes ! On atteint là, on en conviendra, le comble de l'inconséquence et du burlesque. Quant à nos sociétés prétendument laïcisées, elles n'en maintiennent pas moins dans leur législation le mariage monogame, versant dans une bouffonnerie non moins pitoyable. Il n'y a guère encore, l'impayable fidélité était exigée des couples -- d'abord des femmes, bien entendu -- sous peine de sanctions au moment du divorce. Dans les dernières années du XIXe siècle, en France,  une femme adultère risquait encore la prison.

Il fallait s'y attendre : l'ineffable Sarkozy s'est mis en tête de revaloriser le  mariage monogame, cette institution ringarde aujourd'hui supplantée par le PACS. Il lui reste heureusement trop peu de temps pour que cette nouvelle lubie se traduise dans des actes. Bien placé pour faire la morale aux autres, le nain de jardin !

Faut-il le rappeler : rien dans la nature -- au contraire -- n'impose la monogamie ni sa scélérate compagne, la fidélité. L'exemple de la plupart des autres espèces animales est là pour le démontrer. Si quelques espèces d'oiseaux ou de mammifères semblent s'y conformer, c'est sans doute sous la pression de facteurs environnementaux encore mal connus.

La polygamie est donc la règle naturelle et saine. Polygamie : le mot est évidemment mal choisi, puisqu'il renvoie au mariage, foutaise des foutaises. On devrait parler de polygynie et de polyandrie. La pratique s'en répand d'ailleurs et tend à devenir la règle de fait dans les conduites sexuelles et amoureuses, dans les pays européens du moins. Le progrès est en marche, rien ne l'arrêtera ! Libertins de tous les pays, unissons-nous ! Préparons l'universel potlatch amoureux du XXIIe siècle ! D'ores et déjà, le sanctuaire, l'authentique lieu du sacré, n'est plus la  synagogue, l'église ou la mosquée, branlantes bicoques dédiées au Rien, mais bel et bien la Boîte échangiste !

L'amour   (mot fourre-tout, auberge espagnole, fantasmagorie affective et psychique) dérive lui aussi de l'amour du prochain, commandement que personne jamais n'a réussi à mettre en oeuvre, et pour cause.  Etre amoureux, rien de mieux, pourquoi se refuserait-on ce plaisir ? Mais aimer.... Et surtout rester fidèle ! Fidèle, c'est un nom de chien, et on n'est pas des chiens. Céline a d'ailleurs fort définitivement énoncé cette affinité de l'amour avec l'instinct canin : l'amour, c'est l'infini mis à la portée des caniches.

Monogamie, amour, fidélité : ces pratiques évoquent en effet irrésistiblement les chiens, qui pissent en rond pour marquer leur territoire.

Quand j'entends ces mots atroces -- monogamie, mariage, fidélité, amour -- je sors ma carabine à moustaches ! 

Personnellement, je tombe amoureux en moyenne trois fois par jour. C'est le minimum recommandé par la Faculté pour un homme de mon âge et je m'en trouve fort bien. Cela me rend joyeux et tout frétillant. Je ne dirai rien du reste car, après tout, ce blog peut être lu, et je tiens à ne pas être dérangé dans la gestion de mes petites affaires. J'ai actuellement en vue ma mignonne voisine, que son crétin de compagnon vient de plaquer, elle si moelleuse, si gironde, si authentiquement blonde ; j'écoute religieusement ses confidences et ses plaintes, je la sens émue de ma dévotion sincère, je saurai lui faire oublier la différence d'âge, j'envisage déjà des rencontres discrètes, des papouilles chaque fois un peu plus  zosées...ah!  je bande! je bande ! comme au temps de ma folle jeunesse, dans les ajoncs, à Pont-Aven... Ah! tiens, tant pis pour la rémission de mes péchés, je risque le coup, j'en risque même plusieurs, elle est trop belle, trop appétissante !
Je l'ai revue ce matin. "Comment votre Xavier (il s'appelle Xavier, quel prénom d'impuissant), comment votre Xavier, lui ai-je dit, peut-il ne pas voir  -- ou ne plus voir --  combien vous êtes jolie, émouvante, charmante, bandante ( en fait, je n'ai pas dit "bandante", j'ai dit "désirable", chaque chose en son temps), gentille ?" Elle a souri et m'a embrassé sur la joue. Eh eh !... eh eh eh ! Rentré chez moi, j'ai fait mes comptes : au lieu d'économiser bêtement, je pourrais, par exemple, lui payer le loyer de l'appartement qu'elle cherche, même on pourrait tous les deux filer aux îles Marquises (je rêve des îles Marquises depuis l'âge de douze ans), on écouterait Jacques Brel et le bruit des vagues, je lui lirais Proust, elle  m'accorderait le privilège de lui baiser les pieds, peut-être de goûter sa bouche, peut-être même de mordiller ses tétins, voire même de lui lécher sa.... Je suis très oral, dans plus  d'un sens.... Et ton demi-foie, pauvre égaré ? A défaut de honte, n'as-tu point de sens ? hépatite A, hépatite B, ça te dit quelque chose ? Tu l'attendras longtemps, la greffe, aux Marquises. C'est pas ta princesse qui  te le refilera, son foie...Oh et puis si on s'attend toujours au pire... Elle est saine, je la sens très saine. On peut toujours rêver.

Elle a choisi l'appartement. Je le savais. C'est une fille raisonnable. Saine et raisonnable.

Allons enfants --  allons, enfin , enfin, se restreindre à une seule femme (la mienne), n'est-ce pas exorbitant  (ex ! hors ! bite ! han !) ? Déjà qu'on n'est pas riche (pas vraiment riche), faudrait voir à pas désespérer Billancourt.

Et puis, un vagin de femme, parfum et nectar,  source et fleur, les tiédeurs d'une femme, tout le pays d'un corps de femme, plis et replis, vallées, collines, cheveux de femme et voix de femme, je ne peux vraiment pas me passer de ces émerveillements, de cette dérive violente à chaque fois : joie toujours renouvelée... Renouvelons. Découvrons et redécouvrons. Explorons inlassablement l'immense cité des femmes.

Du reste, quelqu'un que  j'admire et que j'ai depuis longtemps choisi pour modèle, a dit sur la question l'essentiel, avec force, lucidité, éclat :

Quoi ? tu veux qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu’on renonce au monde pour lui, et qu’on n’ait plus d’yeux pour personne ? La belle chose de vouloir se piquer d’un faux honneur d’être fidèle, de s’ensevelir pour toujours dans une passion, et d’être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux ! Non, non : la constance n’est bonne que pour des ridicules ; toutes les belles ont droit de nous charmer, et l’avantage d’être rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu’elles ont toutes sur nos cœurs. Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette douce violence dont elle nous entraîne. J’ai beau être engagé, l’amour que j’ai pour une belle n’engage point mon âme à faire injustice aux autres ; je conserve des yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les hommages et les tributs où la nature nous oblige. Quoi qu’il en soit, je ne puis refuser mon cœur à tout ce que je vois d’aimable ; et dès qu’un beau visage me le demande, si j’en avais dix mille, je les donnerais tous. Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l’amour est dans le changement. On goûte une douceur extrême à réduire, par cent hommages, le cœur d’une jeune beauté, à voir de jour en jour les petits progrès qu’on y fait, à combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l’innocente pudeur d’une âme qui a peine à rendre les armes, à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu’elle nous oppose, à vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir. Mais lorsqu’on en est maître une fois, il n’y a plus rien à dire ni rien à souhaiter ; tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d’un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs, et présenter à notre cœur les charmes attrayants d’une conquête à faire. Enfin il n’est rien de si doux que de triompher de la résistance d’une belle personne, et j’ai sur ce sujet l’ambition des conquérants, qui volent perpétuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits. Il n’est rien qui puisse arrêter l’impétuosité de mes désirs : je me sens un cœur à aimer toute la terre ; et comme Alexandre, je souhaiterais qu’il y eût d’autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses.

Que dire de plus ? Comment ne pas applaudir à cette enthousiasmante profession de foi. D'ailleurs, la dernière fois que je l'entendis au théâtre, je me levai de mon fauteuil, et j'applaudis à tout rompre, longuement et bruyamment. C'est dire si j'y souscris et la fais mienne sans aucune restriction. On pourrait d'ailleurs, au prix de menues modifications, en tirer une version au féminin, ce qui permettrait de la faire apprendre par coeur, au collège, à toutes les adolescentes et à tous les adolescents prépubères. Le combat contre la pollution psychique dont les religions monothéistes sont coupables doit en effet se mener dès l'enfance, car c'est dès l'enfance que les prêches moisis du rabbin , du curé ou de  l'imam exercent leur action délétère. A-t-on mesuré l'énormité des frustrations et des souffrances engendrées au fil des âges par les bobards et les menaces de tous ces tartuffes, de tous ces jean-foutre? « Vous êtes peut-être de grands pontifes, mais, pour moi, vous n'êtes que des jean-foutre! ", s'exclame un personnage des Thibault de Martin-du-Gard : comme c'est bien dit ! Pas seulement des jean-foutre, d'ailleurs, mais de véritables criminels contre l'humanité. Les crimes cumulés des religions monothéistes au cours de l'Histoire dépassent de loin ceux du nazisme. Et si vous en voulez une démonstration, tas de pignoufs(1), je suis prêt à vous la servir.

Si j'avais vécu pendant la Révolution, j'aurais voulu m'appeler Carrier. Je te les aurais envoyés au bain, moi, tous ces curetons. La folle journée, tiens, que je leur aurais mitonnée. Je leur aurais appris à faire glou-glou, moi, à tous ces empaffés.

Oh, on se calme ... ce que je suis teigneux tout de même... Calmos... calmos. Méditons Schopi-Schopo. De la douceur avant toute chose. Rêvons aux merveilles intimes de ma voisine.

La paix soit avec nous. Et avec nos femelles provisoirement favorites.

Note 1 - "tas de pignoufs" : désigne d'improbables partisans de la monogamie, sarkozystes attardés ou monothéistes égarés.

Marcel Aymé, Le Loup, mise en scène Eric Rulf, Elsa Lepoivre, Florence Viala, Michel Vuillermoz (Comédie Française). Photo (magnifique) : Brigitte Enguérand








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